DEUXIÈME PARTIE
prodiges; mais que cela est rare! « Ordinatione tua persévérât dies. quoniam omnia serviunt tibi (4). » Ainsi en est-il dans l'ordre de la grâce : Dieu manifeste sa volonté et opère dans les âmes de la manière ordinaire qu'il a établie, c'està-dire, ou par de secrètes inspirations, ou par l'ordre et les dispositions des supérieurs. Avant la venue de Jésus-Christ sur la terre, le démon avait un grand pouvoir sur les hommes; maintenant, d'après l'opinion de S. Augustin, il est attaché à la croix avec de fortes chaînes, de sorte que F Apôtre s'écrie : « J.-G. a effacé la cédulequi nous était contraire, l'arrêt de notre condamnation, en l'attachant à la croix; et ayant désarmé les principautés et les puissances, il les a menées hautement en triomphe à la face du monde après les avoir vaincues (2). » On ne doit pas s'étonner qu'il y ait eu, au commencement de l'Eglise, plus de révélations et de miracles qu'à présent; car S. Grégoire dit : « Ut enim ad fidem cresceret multitudo credentium, miraculis fuerat enutrienda. Quia et nos, cum arbusta plantamus, tamdiu eis aquam infundimus, quousque ea in terra coaluisse videamus, et si semel radicem fixerint, irrigatio cessabit (3). » Il n'y a également rien d'étonnant que Dieu ait honoré par des révélations, et dos faveurs extraordinaires, un Ignace da Loyola, un Jean de la Croix, une ïérèse de Jésus ; il voulait se servir d'eux pour des desseins sublimes, et pour des œuvres extraordinaires. Mais peu de personnes ressemblent à ces saints.
3° II y a un très-grand nombre de révélations et d'obsessions fausses. Oui, disait, avec l'autorité qu'on lui connaî-t, le Père Calatayud, il y a beaucoup de possédés, non de corps, mais d'âme. Quant à moi, j'ai prêché dans un grand nombre de pays, et j'ai entendu plus de trois cent mille confessions; or, je puis affirmer, messieurs, que je n'ai pas rencontré plus d'un ou deux cas, dans lesquels il m'ait semblé voir une véritable possession ou obsession du démou. Mais il s'est trouvé beaucoup de personnes qui, pour séduire et faire prévariquer les prêtres, feignaient d'avoir des visions, des révélations, et se disaient obsédées par l'ea-
(1) Ps. cxvin, 19. (2) Coloss II, 14. {3j Gkeg. P. hom. 2lJ in Ev.
nemi, etc. ; et je sais cela, vénérables frères, non par conjecture, ni par induction, ni pour l'avoir entendu dire, comme des saintes de Benavare, de Guença, de Lisbonne; je le sais, parce que, par un miracle extraordinaire de la grâce, ces personnes dévorées de remords, sont venues me raconter leurs impostures et leurs supercheries; et je ne crains pas de dire que, pour une véritable possession ou obsession, il y en a au moins trente ou quarante de fausses.
4° Elles sont en mêm? temps très-dangereuses. N'est-on pas étonné de voir que tout cela n'arrive pour ainsi dire qu'aux femmes? Oui. voilà une chose qui devrait donner à penser à un prêtre chaste, et le faire trembler. Ah ! nous dit le sage : « Brevis omnis malitia super rnaîitiam mulieris (4). » Toute espèce de malice et de perversité est petite en comparaison de celle de la femme! Hélas! sa perversité est telle, queSalomon, avec toute sa prodigieuse sagesse, n'a pu v résister. Combien y a-t-il de femmes qui ne fréquentent les sacrements que pour être vues et pour conver-er un peu avec le confesseur? Quelques-un :s pour mieux arriver a leur fin mauvaise « ûnxerunt se infirmas... violatas... hermaphroditas. » D'autres ont calomnié une personne innocente afin de détruire la bonn? id 3e que son confesseur av.iit d'elle. D'autres soupçonnant qu'une personne bur avait volé quelque objet, et voyant qu'elle se confessait, se sont présentées au confesseur aussitôt après elle, et feignant d'être cette personne, elles lui ont dit : Mon père, je n'ai pas bien entendu ce que vous m'avez prescrit de faire de ces pendants; etc.. Celles-ci ont feint de perdre entièrement la paroi 3 en se confessant ; d'autres ont dit qu'elles avaient reçu des coups ou qu'elles avaient été sollicitées par de saints prêtres, parce que ceux-ci n'avaient pas voulu donner un aliment à leurs infâmes passions $r Et combien ont simulé, non
(1) Eccii. xxv, 26.
(2) A cause de cela, je supplie les prélats d'être bien prudents pour croire toutes les dénonciations qui leur sont faites. Je loue la conduite de certains évêques qui, dès la première accusation qu'ils recevaient, veillaient sur le confesseur ou le curé qui était dénoncé, mais qui ne procédaient pas à l'application des peines avant la troisième dénonciation. J'ai trouvé en effet des personnes qui semblaient trèsbonnes, et même des religieuses, qui avaient faussement accusé des