DEUXIEME PARTIE. àôl
seulement des tristesses, des larmes, mais encore des maux, des accidents, des évanouissements, des vexations et des coups de la part du démon; jusqu'à prétendre que celui-ci flagellait leur corps, et jusqu'à montrer l'endroit qu'elles disaient faussement avoir été déchiré de sa griffe infernale, seulement pour le plaisir de voir ces prêtres s'occuper d'elles, les consoler, les soulager, les flatter dans leurs tribulations et dans leurs peines prétendues. Et une fois qu'elles ont conçu le diabolique projet de précipiter un prêtre dans le péché, que n'imaginent-elles pas, que ne fontelles pa<? Et cela, non pas toujours parce qu'elles trouvent du plaisir dans le pèche, mais pour se glorifier d'avoir fait tomber dans le mal un ministre du Seigneur.
Mais, dira quelqu'un, toutes les femmes> n'ont pas cette malice; il en existe de très-saintes, qui ont de véritables révélations. Bien que toutes n'aient pas la malice dont je parle, et qu'il y en ait de très-bonnes et très-saintes, il faut cependant avouer qu'elles ont toutes une imagination trèsvive, qui leur fait prendre des choses imaginaires pour des choses réelles et existantes. Et il y a de plus chez elles, ce tempérament nerveux, qui fait qu'elles sont extrêmement impressionnables, et qui produit en elles des douleurs, des convulsions et des effets si extraordinaires, que les médecins en sont surpris et épouvantés ; quelquefois, leur imagination s'exalte >ime si elles voyaient le démon en personne ; d'autres fois, .^urs facultés sensitives se paralysent à un tel point, que, sans douleur, sans mérite aucun, elles font des pénitences et supportent des coups extraordinaires. Combien il est facile qu'un prêtre, qui, d'un côté, a le malheur d'être in sexum prodivior, et de l'autre se trouve aveuglé par l'ennemi, qui, quasi leo rvgiens circuit quœrens quem devoret, prenne pour de la sainteté ce qui n'est que pure vanité, et pour des effets prodigieux et surnaturels, (U^ choses qui sont tout-à-fait naturelles mais qu'il ne peut expliquer!
5o Conduite du prêtre en semblables rencontres. Voir tout cela de haut et avec indifférence. Si la pénitente n'est pas dans l'illusion, elle aura assez d'humilité pour supporter
prêtres exemplaires de les avoir sollicitées au mal. Oui, «brevis omnis malitia super malitiam mulieris. » Fie IX fait la môme recommandation. Voyez page 297.
cette épreuve; et sa vertu se purifiera et se manifestera; si au contraire elle est le jouet de ses passions, comme tout en elle est orgueil, fiction et supercherie, il sera impossible de la mieux contrarier, et de lui appliquer un meilleur remède, qu'en la traitant avec mépris. Au contraire, en prenant de l'intérêt à ces choses extraordinaires, si on a affaire à une personne vertueuse, on l'expose au plus grand danger qui puisse exister, à l'orgueil ; et si on a devant soi une personne qui est dans l'illusion, on encourage, on fortifie son penchant à la vanité et à la supercherie; et on lui prépare de nouveaux triomphes.
Examiner avec le plus grand soin toutes les paroles et toutes les actions. Quand bien-même ces actions seraient réellement au-dessus de tout ce que la ruse d'uDe femme est capable de faire, comme de voler en l'air, de parler non pas seulement de dire quelques mots"; en des langues inconnues, ou autres choses semblables, même dans un pareil cas, le directeur devra suspendre son jugement. Il n'y aura rien de perdu pour cela ; car l'ennemi pourrait bien produire ces effets et faire semblant de dormir, comme le renard, pour avoir plus facilement deux proies à la fois. 3Iais si ce qu'il voit ne surpasse pas absolument les forces de la nature, il devra encore davantage se garder de l'approuver ou ûo faire des exorcismes. quelles que soient les craintes qu'il ait que ces cho-es extraordinaires ne viennent du démon. Plût à 5ieu, dit le docteur Diego Perez, qu'il n'y eût pas tant de personnes qui veulent exorciser les possédés; il n'y en aurait pas tant qui feignent de l'être! Et le Père Calatayud ajoute, avec sa grande expérience, que, de même que là où il y a beaucoup d'écrivains et d'avocats, il y a aussi beaucoup de procès, ainsi, là où il y a beaucoup d'hommes qui conjurent le démon, il y a aussi beaucoup de possédés. Sans donc recourir à ces moyens extrêmes qui sont le plus souvent accompagnés du dénigrement de la religion et du mépris public, il faut bien considérer le principe, le moyen et la fin dans toutes ces choses extraordi naires; si Dieu en est l'auteur, comme il est la pureté, la sa gesse et la sainteté infinie, il sera toujours conséquent avec lui-même ; si au contraire c'est le démon qui les suscite, on y verra des incohérences ; on y trouvera aes choses contraires à l'honnêteté et à la sainteté chrétienne, et on
pourra être sûr que cette merveille n'est qu'une fiction ou une œuvre du démon.
6° Admirable doctrine de Ste Térèse sur les révélations. Le Père Jérôme Gratien, provincial de la réforme, étant très-amateur de visions et de révélations, ordonnait facilement aux religieuses d'écrire celles qu'elles avaient, pour être conservées à la postérité. Sainte Térèse, qui voyait le grave préjudice que cela causerait à ses religieuses, descendit du ciel, et, par le moyen de la vénérable Marie Catherine de Jésus, fit savoir au Père ce qui suit : « Il ne faut, dit-elle, ni écrire les révélations, ni en faire cas; car, bien qu'il soit certain qu'il y en a beaucoup de vraies, on sait cependant qu'il y en a aussi beaucoup de fausses; il est donc trèsdangereux d'agir ainsi, pour un grand nombre de raisons. La première est que, plus nous nous y attachons, plus nous nous éloignons de la vraie foi, dont la lumière est plus certaine que toutes les révélations possibles. La seconde est que les hommes sont très-amateurs de ces sortes de visions, et qu'ils canonisent facilement l'âme qui en est favorisée ; et pourtant, c'est nier l'ordre établi par Dieu pour la justification de l'âme, qui a lieu par le moyen des vertus et de l'accomplissement de sa loi et de ses commandements. Elle m'a dit (c'est toujours Catherine qui parle par ordre de Ste Térèse), que votre paternité doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour détruire cet abus, car cela importe beaucoup. Nous autres femmes, nous avons pour la plupart une très-grande pente à nous laisser guider par l'imagination ; et comme, d'un autre côté, nous manquons de la prudence et de la science des hommes pour nous régler, il y a le plus grand danger à agir ainsi. Elle m'a dit encore, qu'elle verra toujours avec déplaisir ses filles s'affectionner aux révélations écrites par elle dans ses livres ; et si, croyant que la perfection consiste dans ces faveurs spirituelles, elles les désirent et les sollicitent, ayant la prétention de l'imiter en cela, rien ne pourra lui être plus aésagréable. Elle m'a manifesté beaucoup d'autres vérités, me déclarant qu'elle n'a pas acquis la gloire dont elle jouit, par ses visions; que votre Paternité détruit l'esprit de ses religieuses en croyant les aider par le moyen des révélations; qu'enfin, bien qu'il se trouve des personnes qui en aient de très-certaines et de très-vraies, il est nécessaire qu'on en fasse peu de
cas. comme de choses d'une très-médiocre utilité, et q;i parfois sont plus nuisibles que profitables. » Telles sont) s paroles de la sainte. Hist. PP. Carm. Disc, t. 2. 1. 7. c. 3.
Trait remarquable. Comme cette doctrine est de la pi \> grande importance pour le bien de la religion, et qu . arrive plus d'une fois que le prêtre est victime de ces mi sérables illusions, qu'on me permette de rapporter ici, parmi les faits nombreux que je pourrais citer, un trait qu • j'ai rarement raconté au clergé dans les exercices public- . sans qu'il ne se soit opéré quelque conversion remarquable Une jeune personne qui s'était éprise de son confesseur, désirant vivre et pécher avec lui, feignit de trouver dans la maison paternelle des dangers qui n'existaient pas. Le bon confesseur, ému de compassion, la croyant persécutée p3: ses propres parents, la retira et la plaça chez une dame fort honnête. Mais ce n'était pas cela que la fille cherchait. Elle feignit d'être de nouveau molestée par un locataire, et obtint à la fin que l'imprévoyant confesseur la reçût dans sa propre maison. Elle avait déjà gagné beaucoup; mais elle était embarrassée par la servante, et par-dessus tout, par l'admirable pureté de mœurs du confesseur. La servante mourut; et cette misérable demeura ainsi comme maîtresse du champ de bataille. 11 est impossible de dire tout ce qu'elle imagina et fit pour vaincre ce chaste Joseph. Tout fut inutile durant plusieurs années. Mais elle finit par voir que son maître, qui avait un 'bon cœur, n'était pas aussi bien doué du côté de l'esprit que sa perspicacité laissait un peu à désirer; et qu'il avait une grande pinte à croire !ps choses extraordinaires. Elle feignit donc d'un côté d'avoir des révélations, et de l'autre d'être sujette à des évanouissements et de subir les vexations de l'ennemi. Comme cela n'arrivait que la nuit, et jamais quand il y avait quoiqu'un a la maison, ce pauvre prêtre aurait bien dû ouvrir les yeux, et entrevoir le* pièges que Satan lui tendait ; mais on ne saurait dire combien l'homme s'aveugle dans de pareilles circonstances. — Cum bonus ille virviden l miseram a dasmone vexari. nec aliunde haberet in prompt:, qui puellu? succurreret. incœpit ei nunc vestes laxare, n penitus suifocaretur. nunc brachia. nunc pedes tenere, u; illam subjectaret, nunc manum cordi admovere, quod ul i ûeret, statim sedabatur vaferrïma mulier. Postea finsil
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morbum a quo ab uno confessario poterat sanari. Ita Christus, aiebat, ipsi revelaverat : tandem persuadet sacerdoti, ei, non aliter ac Oseae, potestatem a Deo factam, ut cum ipsa mœcharetur, nullum id fore peccatum. Bonus ille sacerdos a sua jam innocentia lapsus, hinc libidine actus, illinc innixus revelationi divinae, quam veram ei suadebant ficta ilîa miracula, nimirum, quantumvis morbo aut a daemons exagitaretur fœmina, repente sedari, ubi ab illo tangeretur : consentit cum ancilla quindecimannoscohabitare. Misera morte sacerdos extinctus est ; illa tamen conscientiae stimulis exagitata postquam per quadraginta et amplius annos haec sacrilegia reticuerat, fructus tandem dignos pœnitenticE egit. Et ubi jam conversa erat, attonita mini sœpe exclamabat : Estne possibile tam sanctum sacerdotem in imum peccatorum barathrum a me d^jectum fuisse ! Totos viginti annos impendi : saepe occulta remanseram in ejus cubiculo, si forte aliquid minus honestum, ubi solus esset, deprehenderem : et nihil unquam in eo nisi purum, nisi sanctum animadverteram!!! — Ils sont morts tous deux maintenant; mais j'ai voulu raconter ce fait, parce qu'on y trouve téunis les principaux pièges que l'ennemi tend aux ministres de Dieu, et que peut-être j'obtiendrai ainsi d'ouvrir les yeux à quelque prêtre imprudent, et de l'empêcher de se laisser prendre à ces supercheries infernales et à ces mensonges.
APPENDICE