DEUXIÈME PARTIE
à une famille chaste et pure. 2° Celles qui, jouissant à l'extérieur d'une bonne réputation, seraient sujettes, pour l'intérieur, à de graves rechutes. Qu'il est facile, après la première ferveur du noviciat passée, de revenir à son vomissement! 3° Celles qui seraient sorties de quelque couvent, car rarement elles persévèrent ; et s'il leur arrive de faire profession, elles sont ordinairement un germe de discorde, à cause du rapprochement qu'elles font de l'institut où elles se trouvent, avec celui qu'elles ont quitté et dont elles voudraient introduire les pratiques dans la communauté, si elles sont plus en harmonie avec leur esprit d'immortification. i° Les personnes d'un âge avancé; l'homme est comme l'arbre tendre, il se redresse facilement ; adulte et vieux, il se brisera plutôt. Ces personnes sont ordinairement entêtées; elles abandonnent ou modifient difficilement les idées qu'elles ont une fois conçues :
Quo semel est imbuta recens servabit odorem... testa diu.
5° Les personnes maladives ou de peu de santé. Ne pouvant suivre la communauté, elles seront plutôt un fardeau qu'une aide, et elles ne pourront donner le bon exemple. 6° Celles qui ont un caractère mélancolique et extrêmement nerveux ; et ct'la pour les raisons et les motifs nombreux qui viennent d'être allégués, il n'y a qu'un instant. 7° Moins que qui que ce soit on ne peut admettre celles qui prétendent aller au ciel par des voies extraordinaires. Qu'on fasse bien attention à ce que nous avons dit dans le paragraphe précédent, et on verra quel mal de telles personnes pourraient causer à une communauté, particulièrement a une communauté de femmes.
On devra éprouver encore deux classes de personnes : celles qui sont dans un âge encore tendre, et celles qui appartiennent à des familles riches. Car, si elles n'entrent pas au couvent avec la conviction intime qu'il s'agit pour elles d'obéir, d'être humble», d'être traitées comme les dernières de la communauté, elles ne tarderont pas à se fatiguer ; elles voudront des exemptions ; elles seront le tourment de la communauté et peut-être la ruine de l'observance religieuse, comme cela est arrivé plus d'une fois. Si les jeunes filles n'ont pas été solidement élevées et dirigées par un habile directeur, n'est-il pas très-possible quo durant le cours du noviciat, les passions se réveillent, ces passions
qui jusqu'ici s'étaient à peines montrées et dont îes saillies, quand elles apparaissaient, étaient si vite pardonnées, sous prétexte que la réflexion et l'âge en auraient plus tard facilement raison?
Quelles personnes doit-on donc admettre? Quelles sont celles qui sont faites pour l'état religieux? Ecoutons un auteur de grande expérience dont j'ai été autrefois le disciple, le Père Jean Gury. mort il a quelques années victime de son zèle ardent : « Âptitudo illa consistit prassertim in recto judicio, in indole bona, in animo jugo obedientiae submisso. in scientia relative sufficienti, et in carentia defectuum corporis- et animi qui hujus vitae rationi répugnant I).
ÎI° Quels couvents peut-on conseiller"! Si la jeun? fille est indécise relativement au lieu où elle doit se retirer, il ne faut pas la porter facilement à entrer dans une maison plutôt que dans une autre; car, outre qu'une affection particulière, l'amour-propre peut lui suggérer le conseil qu'il donnera, rarement le confesseur sait tout ce qui se passe au sein de la communauté, et tout ce qu'il y a au fond de l'âme de la pénitente elle-même. Si, dans quelque cas exceptionnel, il est obligé de donner son avis, il doit peser, examiner mûrement les qualités et les dispositions de la jeune aspirante; voir à quelle vie elle se sent le plus inclinée ; si elle a plus de dispositions pour l'instruction, pour le service des malades, etc.; ou si, éprouvant de la répugnance pour ces choses, elle aspire seulement à la solitude et à la pénitence. Alors, il pourra l'aider à entrer dans le couvent qui pratique une règle plus conforme à ses inclinations et à ses dispositions naturelles; mais qu'il ne lui conseille jamais de choisir un couvent, ou il y a une multitude de confesseurs, peu de silence, beaucoup de parloirs, et où il n'y a, ni règle fixe et approuvée, ni vie de communauté ; car l'observance fleurit rarement dans ces sortes de couvents.
Cependant, si, après avoir recommandé l'affaire à Dieu, il voit la jeune fille toujours décidée à entrer dans tel couvent, sans y être toutefois poussée par quelque motif moins droit, comme celui d'une amitié suspecte, de la compagnie d'une parente, etc. ; le directeur se gardera de l'en empô-
(i) Gury, de Statib. n. 152.