DEUXIÈME PARTIE
leur a donnés pour guides, comme fit Tobie en se voyant attaqué par un énorme poisson; « Domine, invadit me (1) », et dociles, se renonçant elles-mêmes, qu'elles leur obéissent en toutes choses. 11 faut avoir le plus grand soin d'inculquer aux novices l'esprit d'obéissance; car si, dès le principe, on ne les élève pas bien, elles seront plus tard un grand poids pour la communauté, surtout si quelqu'un plus autorisé les protège, comme cela arrive maintes fois.
La maîtresse des novices s'appliquera à éloigner la tristesse du cœur de ses disciples; « multos enim occidit tristitia (2), » mais elle veillera en même temps à ce que la modestie religieuse soit toujour> parfaitement gardée. Elle avertira ses filles spirituelles de leurs r&ajjguements, et fera en sorte qu'elles s'avertissent entre elles mutuellement, et qu'elles évitent de s'excuser, quand elles recevront une admonestation ou une correcuon. Elle étudiera le caractère et les défauts de chacune, afin de pouvoir appliquer le remède convenable ; elle fera comprendre à celles qui s'obstinent, quelle grande gloire on acquiert, devant Dieu et devant les hommes, quand on se tait, et qu'on se laisse dominer; et elle dira à celles qui sont entêtées et opiniâtres, combien il importe de briser leur volonté, car la ténacité est le propre des démons et des hérétiques. Elle aura soin de tenir toujours occupées, les paresseuses et les négligentes, car l'oisiveté en elles serait la source de maux incalculables; elle apprendra aux diligentes et aux laborieuses à tenir ieur cœur uni à Dieu en travaillant; elle inspirera de l'horreur, pour le manque de propreté et d'ordre, à celles qui n'en auront pas suffisamment, leur disant que l'extérieur est ordinairement l'image de l'intérieur, et que rien de souillé n'entrera dans le royaume des cieux (3). A celles qui sont trop recherchées dans leurs vêtements, elle dira avec S. Augustin, que celu» qui donne trop de soin à la propreté de son corps, a ordinairement une multitude de vices immondes dans l'âme (4). A celles qui sont trop sensibles, et que la moindre parole suffit pour troubler, elle répétera que celui qui ne sait pas souffrir ne sait pas vivre, et que celui-là ne sait rien, qui ne sait pas souffrir; et ainsi des autres.
J1J Tob. vi, 3. (2) Eccli. xxx, 24. (3) Apoc. xxi, 27. (4J AU3. in reg. c. 16.
4° Leur procurer en temps convenable un confesseur extraordinaire. L"Eglise qui se montre si dé-ireuse que les fidèles aient une pleine liberté de conscience au saint tribunal de la réconciliation, ne pouvait pas s'empêcher d'étendre sa maternelle sollicitude, sur les épouses de l'Agneau. Désirant éviter d'une part, les maux si graves qui résulteraient d'un nombre considérable de confesseurs, elle a voulu que toutes s'adressassent au seul qui a été désigné our toute la communauté. Car peu d'hommes comprennent a valeur et Les secrets de la vie intérieure. Peu d'ecclésia£ tiques font cas des fautes qui, rigoureusement parlant et en soi sont petites, mais qui, étant fréquentes et volontaires, causent des maux incalculables à une âme religieuse, ne il est facile, de la sorte, que le confiseur enlretienne la tiédeur, et introduise le relâchement dans une communauté! Ne peut-il pas arriver en outre, que les uns par une trop grande crédulité, les autres par défaut de discernement des esprits, donnent leur approbation à certaines âmes jouets de l'illusion, toujours disposées à se révolter contre le directeur de la maison, contre ia supérieure et enfin contre l'Evèque lui-même?
3Iais voici une autre chose qui n'échappe pas à la perspicacité de l'église: Nonnulla^ aliquando moniales esse, quae nulia ration • adduci possunt, ut aliquod peccatum suo ordinario confessario conûteantur 1). » Ces infortunées se trouveraient donc dans un état qui, tôt ou'tard, les conduirait au désespoir et à l'enfer éternel ; c'est pour cela qu'il a été si sagement prescrit : « Praeter ordinarium confessor iu. alius extraordinarius ab Episcopo aut ab aliis superioribus bis aut ter in anno ofîeratur; qui omnium confessiones audire debeat (2). » Et afin que les religieuses jouissent alors d'une plus complète liberté, Benoit XIV ordonne que le confesseur ordinaire s'éloigne du couvent, jusqu'à ce que le confesseur extraordinaire ait terminé sa mission. On verra combien cette di-sposition est importante, combien il est nécessaire d'être en cette matière plutôt indulgent que rigide, en lisant ce que la séraphique mère Ste Térèse de Jésus écrit sur ce sujet. « 0 mon Dieu ! quel ravage le démon ne peut-il pas faire par ce moyen! Que cette contrainte où
(1) Bened. xiv. Const. Pastoralii cura. (2) Trid. sess. 25. c. 10.