DEUXIEME PARTIE. à
sang et sa vie au milieu de tourments inouïs. « Convertir un pécheur par la prédication, et avec l'aide de la prière, est un plus grand prodige, ajoute saint Grégoire, que de ressusciter un mort. — t Majus est miraculum praedicationis verbo aut orationis solatio peccatorem convertere, quam carne mortuum suscitare (4). » Oui certainement, et Dieu met cette œuvre au-dessus de la création du ciel et de la terre, parce que, pour faire sortir les mondes du néant, une seule parole lui a suffi : « Ipse dixit, et facta'sunt; ipse mandavit et creata sunt (2). » Mais pour nous racheter, il a dû employer toute la puissance de son bras : « Fecit potentiam m brachio suo (3). » Et ce pouvoir, si merveilleux qu'il soit, Dieu nous le communique, à nous, viles et misérables créatures! Et avec quelle bonté! Apprenons-le de Dieu lui-même parlant par la bouche de saint Jean Chrysostôme : « Feci ego cœlum et terram ; tibi autem dono, ut terram facias cœlum. Accendi ego luminaria, accende et tu clariora illis. Hominem facere non vales ; at justum gratumque Deo efficere vales. Vide quam te diligam, quia majora tibi faciendi potestatem tribuo (4). » J'ai créé le ciel et la terre; mais je te donne à toi, ô prêtre, le pouvoir de transformer cette terre vile et misérable, en un ciel resplendissant de clarté; j'ai allumé les astres au firmament ; à toi il appartient d'en allumer de plus brillants au ciel de l'Eglise ; tu ne peux pas créer l'homme; mais tu as le pouvoir do le rendre juste et agréable à Dieu. Vois combien je t'estime, puisque je le donne la puissance de faire des œuvres supérieures à celles que j'ai accomplies dans la création. Cette considération faisait dire à Richard de Saint Victor : « Nescio, an majus beneficium possit homini à Deo conferri, quam ut per ejus obsequium alii consequantur salutem (5). » Etre appelé à coopérer avec Dieu au salut et à la conversion des âmes, est un bienfait tellement signalé, et il y a tant de grandeur dans cette fonction, que rien, à mon avis, ne peut-être accordé de plus sublime à un mortel.
■ Ministère très-utile à celui qui l'exerce. Voici une expression consolante et magnifique du grand Saint Augustin citée
(1) Greg. lib. o. Dialog. (2) Ps. xxxni, o. ^o; Luc. i, 51. (4) Chrys. hom. 5L-, ad. pop (5) Sup *ap. i, Cantic.
par Saint Alphonse de Liguori (1) : « Animam salvasti, animam tuam praedestinasti. » E^t-ce que le Saint Docteur rable pas donner ici comme assuré le salut de celui qui a le bonheur de convertir et de sauver une seule âme? « Animam salvasti. animam tuam praedestinasti. » Quel do ix motif de consolation et de confiance pour un Curé, un mnaire, un Prédicateur, un Confesseur, un Prêtre Effacer ses propres péchés, et assurer son salut éternel si facilement !
Et ce n'est pas là une phrase hasardée ; c'est une opinion foniée sur la "Sainte Ecriture elle-même : « Qui converti fecerit peccatorem ab errore viae suae. dit l'Apôtre saint salvabit animam ejus a mort", et operiet multitudinem peccatorum 2 . — La G;ose, Bede, Hugo, Denys et Tirinus, au lieu du mot ejus qui se trouve dans la Vulgate, lisent tuam; comme si on disait : « Suam animam salvabit, quiaiienam convertit 3 . » « M quelqu'un d'entre
-are du chemin de la vérité, et que quelqu'un l'y fasse rentrer, qu'il sache que celui qui convertira un pécheur, et le retirera de son égarement, sauvera son âme de la mort, et couvrira la multitude de ses res péchés, »
non en les cachant, comme le veui nt les hérétiques, mais en effaçant tous ses pêches, quel qu'en soit le nombre; et ceux du converti, d> la même manière que l'eau étein' le feu.
Et il n'y a pas lieu ici de s'étonner. C'est une conséquence naturelle de l'infinie libéralité de notre Rédempteur, et de la reconnaissance des âmes que nous aurons converties et sanctifiées. Supposons en effet un curé qui a le bonheur de bien remplir ses devoirs. Quand le ciel s'ouvre à tant de petits innocents qu'il a régénérés dans l'eau du saint bap- ; à tant d'enfants qu'il a instruits et préparés à la première communion avec une peine indicible; à tant de jeunes gens qu'il a préservés de la corruption du siècle; à tant d'adultes, de personnes mariées, qu'il a ou converties, ou soutenues avec un zèle infatigable dans la pratique [de la vertu; à tant d'infirmes et de mourants qu'il a visités et assistés avec une charité sans égale ; quand Dieu reçoit ces
M) Mater praedic. t. I. c. 9, § 3. (2) Jag. v, 20. (3) Tiriu. in hune locum.