DEUXIEME PARTIE
moment le plus favorable pour le faire est durant le saint sacrifice de la messe. 3<> Qu'ils sont obligés de prêcher par eux-mêmes, s'ils n'ont pas d'empêchement légitime; et le manque de capacité ne suffit pas pour les dispenser, car, en pareil cas, ils doivent étudier, dit Benoît XIV, pour se rendre capables de remplir cette obligation; et, pendant ce temps-là, ils sont tenus à se faire remplacer par un autre qu'ils paieront de leurs propres deniers. 4° 11 est nécessaire qu'ils se mettent à la portée des fidèles : de sorte que, d'après les théologiens, ils ne rempliraient pas leur devoir en donnant des sermons au-dessus de l'intelligence de leurs paroissiens, ou en disant, sans préparation, tout ce qui leur viendrait a la bouche. 5<> C'est un péché grave de manquer à cette obligation, car l'évêque doit punir par la censure, l'infraction à cette loi ; et une telle peine, d'après Benoît XIV, ne s'impose jamais que pour des péchés mortels.*6° Le silence des prélats ne peut servir d'excuse, car la prédication est de précepte divin pour le pasteur.
V° Tous les théologiens sont d'accord pour dire que le curé qui manque d'une manière notable a cette obligation pèche grièvement. Médina, entre autres, s'appuyant sur un grand nombre d'auteurs qu'il cite, s'exprime ainsi : « Advertant,quicumqueinChristi Ecclesia ad pastoris officii dignitatem assumpti sunt, ad hoc apostolicum praedicationis munus exercendum naturali, divino et ecclesiastico jure, ita esse constrictos, ut, nisi id diligenter expleverint, certumsubituri sint damnationis supplicium (1 )-. S. Liguori est d'avis qu'il y a péché grave pour iecuré qui, durant l'année, omet la prédication pendant un mois de suite, ou durant trois mois à différentes fois (2).
Et il y aurait des curés qui passeraient des mois, et presque des années entières, sans se donner la peine de remplir une obligation attachée par Jésus-Christ même à la charge pastorale, prescrite par les apôtres, sanctionnée par les Canons, renouvelée par tant de conciles, reconnue par les saints Docteurs, et constamment affirmée par tous les théologiens! « Dispensatio cœlestis seminis nobis crédita est, » dit le pape Symrnaque au sixième synode :
(1) Medin. diss. de rec. fide lib. 11, c. 2. (21 S, Lig. on. mor. 2ib. 3, n. 269.
a Malheur à nous, si nous ne répandons pas cette semence! Malheur à nous si, lorsque ce saint ministère nous est confié, nous négligeons d'annoncer la vérité du Seigneur que prêchèrent les Apôtres! » Qu'on lise avec attention les graves paroles dont se sert le zélé père Segneri, en terminant le3 considérations qu'il donne sur ce sujet, dans son ouvrage intitulé le Curé instruit, c. 5; on sait que le Synode de Pesero (47-1 6) disait de ce livre : « Aureus libellas, quem utinam omnes parochi legerent, ac centies et millies perlegerent, ut ad propria mimera obeunda plenissimo instruentur. » « Vénérables curés, s'écrie-t-il, ou renoncez à votre paroisse, ou bien remplissez le devoir de la prédication. Autrement comment pouvez-vous avoir l'espérance de vous sauver? Malheur à celui qui aime mieux faire l'expérience des effets de cet épouvantable vœ que d'y croire! »
Fausses excuses qu'on apporte pour ne pas prêcher.
Malgré l'extrême gravité de cette obligation, malgré Jçs ordonnances qui l'établissent, ordonnances si formelles que, d'après Benoît XIV, aucun appel, aucun recours ici, n'est admis en faveur des curés contre les prescriptions, les cen sures, les dispositions de l'évêque (I); et que, dans certains
(1) Bened. xiv. Const. Ad militantis Ecclesiœ, 8. — Les Belges, si ingénieux et si féconds pour trouver des moyens et des industries qui aident à la sanctification des âmes, prêchent, non-seulement tous les jours de fête, mais encore à toutes les messes, quand il n'y en a pas plus de trois. Et même dans les villes importantes où il y a un bon nombre de messes, ils font en sorte de surprendre le peuple en prêchant de temps en temps à celles où vont les moins dévots, avec l'espérance qu'il n'y aura pas de sermon. Et, pour mieux remplir cette grave obligation sans que leur santé ait à en souffrir, et sans que le confessional soit abandonné, ils prêchent à tour de rôle tous les dimanches. Aujourd'hui, par exemple, le curé donne un court sermon de vingt minutes aux trois messes, disant la première, afin d<^ ne pas prêcher à jeun; le dimanche suivant, c'est un des vicaires qui fait la prédication et ainsi de suite. Les jours les plus solennels, quand il y a foule au confessionnal, si on est sûr que le soir beau-