DEUXIÈME PARTIE
royaumes, en Be/gique, par exemple, la permission de dire deux messes n'est accordée au curé, qu'à la condition de prêcher à l'une et à l'autre ; combien de subterfuges ne cherche-t.-on pas, combien d'excuses et de prétextes n'a-t-on pas coutume d'apporter, pour s'exempter du ministère si grave de la prédication 1 Voici les trois raisons principales, qu'on met en avant :
I. Le peuple se fatigue et murmure, et ainsi il en résulte plus de mal que de bien. Je l'avoue : il est rare, le peuple dans lequel Dieu ne trouve pas des fils rebelles et déserteurs, dont le prophète Isaïe a fait le portrait, quand il a dit : « Ce sont des enfants infidèles, qui ne veulent point écouter la loi du Seigneur ; qui disent à ceux qui prêchent : Ne prêchez point; ou à leurs guides, aux ministres du Très-Haut . N'ayez point de visions pour nous dire ce qui est droit et juste : « loquimini nobis placentia (1). » Mais ne sont-ils pas nombreux aussi, ies fideies affamés du pain de la parole divine? Combien de fois j'en ai entendu se plaindre de ce que le curé ne prêchait presque pas? Et l'enthousiasme avec lequel iis -accourent aux missions et aux neuvaines, la patience au'ils ont de se tenir des neures entières à entendre la prédication, est-ce que tout cela ne prouve pas que l'Espagne a encore foi en la parole divine, et qu'elle en a faim aussi? Ce qui manque, ce sont d£s prêtres zélés pour rompre ce pain sacré ; car cette nourriture bien préparée n'engendre jamais la satiété ni le dégoût : « Qui edunt me adhucesurient ; et oui bibunt me adhuc sitient (2). » Elle ne cause de l'ennui qu'à ceux qui n'ont pas goûté sa saveur.
Mais si le peuple se fatigue et murmure, ne serait-ce pas par hasard ia laute du curé? S'il est lent dans tout ce qu'il fait, s'ii est toujours longtemps avant d'arriver à l'autel pour commencer la messe; s'il prêche sans préparation, sans agrément aucun ; s'ii est prolixe, fastidieux à force de redites ; s'il n'a que des invectives à faire, au lieu de sermons ; si, à la place de paroles édifiantes qu'il devrait dire, il n'a que des extravagances à débiter, est-il étonnant de voir
coup de monde assistera aux vêpres, on ne prêche pas le matin; le sermon est remis au soir, et il se fait avec plus de solennité et plus de développements.
(1) Isaie xxx, 10. (2) Eccli. xxiv, 29.
le peuple murmurer? Ah! il ne faut pas espérer en ce cas, que Dieu adresse au pasteur ces paroles de consolation qu'il disait autrefois à Èzéchiel : « Les enfants de la maison d'Israël ne veulent pas t'entendre, parce qu'ils ne veulent pas m'entend re 1 . »
Mais supposons que, malgré le zèle ardent et toutes les qualités d'un curé, une partie du peuple s'obstine à ne pas vouloir entendre sa voix, est-ce que ce sera une médiocre consolation pour un prêtre, de pouvoir dire un jour à Jésus- Christ : « Quos dedisti mihi. non perdidi ex eis quemquam, nisi fîlium perditionis (2)? » Et combien y aura-t-il de fidèles qui retireront le plus grand profit de ses instructions ! Combien d'âmes qui se seraient perdues, sans la prédication et qui auront été sauvées par elle! Car il est écrit : « Yerbum rae-um nonrevertetur ad me vacuum, sed faciet quaecumque volui, et prosperabitur in his ad quae misi iliud (3). » Et quand bien même peu de personnes en profiteraient ; quand elle n'aurait servi qu'à arrêter un seul péché, ne serait-ce pas déjà une belle récompense? On me chargea un jour de surprendre par une prédication; ces personnes qui, ne voulant jamais entendre de sermons, vont toujours aux messes où on n'annonce pas la parole divine. Je pensais n'avoir recueilli que des blâmes et des murmures. Mais voici qu'au milieu de la nuit suivante, on vint me demander; c'était pour aller voir un homme plonge dans le plus profond désespoir. Ce pauvre pécheur me dit : Mon père, je voulais me suicider, mais sur le point de le faire, je me suis rappelé le sermon que vous avez donné ce matin, et j'ai résolu de •vous confier mon projet avant de l'exécuter. J'obtins de lui qu'il se confessât, et la grâce divine opéra en lui une transformation si merveilleuse, que son affreux désespoir fut bientôt changé en la plus pure de toutes les joies. Quand bien même cett6 conversion aurait été l'unique fruit de ce sermon, est-ce que ce ne serait pas déjà une précieuse récompense ?
U Je ne yeux pas prêcher. Et pourquoi? Sont-ce vos occupations qui vous en empêchent? Et quelles occupations, pour pressantes qu'on puisse les supposer, peuvent donc vous exempter d'une obligation qui vous incombe de droit
(l) Ezech. m, 7. (2) Joan. xvin, 9. (3) Is. lv, 11.