‹ Le trésor du prêtreChapitre 223 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

des médecins qui, en artistes, jouent du luth devant eux. Ah ! combien d'âmes ont faim de la parole divine, et demandent du painl — « Et non erat qui frangeret eisl v»

Et que dirons-nous de ces orateurs présomptueux qui. croyant attirer un auditoire nouveau et choisi, ne montent en chaire que pour descendre sur le terrain glissant de la politique, ou pour combattre des erreurs plus imaginaires que réelles, au milieu des pieux auditeurs qui les écoutent? Athéisme, polythéisme, progrès social, nouvelles découvertes, systèmes philosophiques, civilisation moderne, despotisme des gouvernements, voilà le pivot sur lequel tourne continuellement cette stérile et vaine éloquence à grands effets, ou pour mieux dire cette phraséologie du jour. Et il se pourrait qu'un ministre du Très-Haut soit ainsi infidèle à sa mission sacrée? Quoi! Celui qui, comme un autre Paul, devrait dire : « Sermo meus et praedicatio mea non in persuasibilibus humanae sapientiae verbis, sed in ostensione spiritus et veritatis(l), pro Ghristo legatione fungimur tanquam Deo exhortante per nos (2) » ; celui-là convertirait la chaire.du Saint-Esprit en une misérable tribune, parlant de tout, et dédaignant uniquement d'exposer la très-pure doctrine de l'Evangile et la sainte morale de Jésus-Christ! Nous avons été appelés pour annoncer la parole de Dieu, et non celle d'un homme, d'un philosophe ou d'un politique. A d'autres prédicateurs beaucoup moins répréhensibles, le savant Cornélius à Lapide disait : « Mutent ergo modum praedicandi, si Deo, conscientiae, Ecclesiae, et auditoribus consulere satagunt, ut conscientias feriant, ex iisque omne malum semen stirpitus evellant. » Voilà une des grandes plaies de notre siècle; et c'est pour cela que notre admirable Pontife, l'immortel Pie IX, toujours plein de vigilance, signale ce point comme un des maux principaux auxquels les évoques doivent porter remède dans le nouveau Concile : « 5. Quomodo enitendum ut, if) praedicatione verbi Dei sacras conciones ea gravitate semper habeantur, ut ab omni vanitatis et novitatis spiritu praeserventur immunes, itemque ornnis doctrinae ratio quae traditur fidelibus in verbo Dei reipsa contineatur, ideoque ex scriptura et traditionibus, sicut deceî hauriatur. »

(1) 1 Cor. n, 4. (2) 2 Cor. v, 20.

Mais, dit quelqu'un, si on ne prêche pas ainsi, jamais le3 sages du jour ne se convertiront. Voici, sur ce sjjet, l'opinion d'un juge très-compétent, de S. François de Sales, dont le ciel se servit pour convertir un nombre prodigieux d'hérétiques : « Il ne m'a jamais réussi de traiter du haut de la chaire, les matières de controverse, d'une manière directe ou en forme de disputes. Les discours dans lesquels on combat de front la doctrine de nos frères séparés, les mettent en fureur au lieu de les adoucir. Il me semble que la chaire évangélique est faite pour construire l'édifice du salut, en persuadant les bonnes mœurs, et non en disputant. Dans le cours des trente-trois années que Dieu m'a donné d'exercer le saint ministère, et de distribuer le pain de sa parole, j'ai observé que les sermons de morale, traités avec piété et zèle, sont autant de charbons enflammés qu'on met sous les yeux des protestants quand ils viennent, qu'ils les prennent en bonne part, qu'ils demeurent édifiés, et deviennent plus dociles et plus traitables. Ce n'est pas seulement mon opinion, mais celle des prédicateurs les plus célèbres que j'ai connus, et ils s'accordent à dire que la chaire n'est pas un champ de bataille pour les controverses, et qu'on détruit plus qu'on n'édifie, si on veut traiter des disputes religieuses, à moins qu'on ne le fasse en passant. » Que n'aurait donc pas dit S. François de Sales, de tant de sujets profanes qu'on traite aujourd'hui dans la chaire, lui qui s'exprimait ainsi touchant les controverses religieuses? Et si, même pour convertir des protestants rebelles et opiniâtres, le saint ne trouvait pas de moyen plus efficace que les sermons de morale faits avec piété et avec zèle, combien ces sortes de discours devaient lui sembler plus propres encore à convertir les catholiques qui, bien qu'égarés, ont encore la foi, et veulent mourir dans la vraie religion?

3° Eviter tout ce qu'il peut y avoir de choquant dans le gesce, le ton de la voix, les paroles, dans tout l'extérieur et dans la composition même du discours. Il ne faut jamais faire de personnalités, ni réprimander les magistrats; car une telle manière d'agir n'est pas seulement inutile ; elle est nuisible; on les offense, on les aigrit, mais on ne les convertit pas. Il ne faut pas se porter à certains mouvements oratoires qui procèdent de la colère; on ne se livrera qu'à ceux dont on aura puisé l'inspiration aux pieds de

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