DE L'INVENTION
Premier devoir de l'orateur.
Le prédicateur qui veut bien s'acquitter de son ministère devra avant tout choisir : 4° le sujet; 2° le texte; 3° fixer la proposition et les parties qu'elle doit avoir ; 4<> voir la place de la narration ou de l'exposition de la matière qu'il traite; 5° chercher les arguments les plus capables de convaincre l'entendement; 6^» les sentiments les plus propres à émouvoir la volonté ; enfin, il s'occupera de l'exorde ; et, après avoir bien médité le sujet, il passera à la disposition.
Sujet. I. Il n'est pas toujours facile de trouver le sujet sur lequel il faut parler ; car : 4 o n doit être adapté à l'auditoire, et il faut toujours préférer ce qui est pratique à ce qui est spéculatif; ce qui est nécessaire à ce qui est utile; et ce qui est utile à ce qui est brillant et spécieux. 2° On doit encore avoir égard à la fête, et chercher à atteindre la fin pour laquelle la solennité du jour a été établie. 3<> On ne peut pas non plus faire abstraction de la personne de l'orateur, qui manquerait aux convenances s'il prenait un sujet au-dessus de ses forces, ou qui ne serait pas en rapport avec son âge et son caractère, etc.
II. Inculcmer fréquemment les vérités les plus nécessaires. — La justice et la miséricorde de Dieu, les vertus et les mérites de Jésus-Christ, sont des sujets très-utiles pour ranimer l'espérance et porter les hommes à la pénitence et à l'amendement de leur vie. Dans le siècle où nous sommes, il faut de temps en temps affermir la foi des fidèles en leur exposant les arguments invincibles sur lesquels s'appuie la vérité de la religion ; à moins que, par un rare privilège, les auditeurs ne soient pas exposés au danger d entendre les objections des impies. Il est surtout nécessaire de laisser de côté les questions embarrassées et inutiles, et de descendre aux choses pratiques.
III. S'efforcer de varier les sujets, ne parlant pas toujours
contre les vices, mais choisissant aussi des matières plus suaves : « semper tonare nullum cœlum amat. » Car, bien qu'avec la crainte, il soit plus facile de conduire les nommes à la vertu, cependant, si les auditeurs s'accoutument à entendre toujours des discours terribles, ils finissent par s'endurcir et par ne plus faire cas de rien. Prenez donc un juste milieu : ni toujours de la suavité, ni toujours de la rigueur; ni toujours des fleurs, ni toujours des foudres. D'autant plus que le prédicateur se propose le même but que Jésus-Christ : « Veni ut vitam haoeant, et abundantius babeant ; » et ainsi il doit, non-seulement retirer le pécheur tlu vice avec les sujets terribles, mais encore guiaer vera ia perfection les âmes pieuses par des instructions ascétiques. Telle est la pensée de S François de Sales.
IV. Quand un abus très-préjudiciable commence à s'introduire dans la paroisse, un zèle bien entendu veut qu'on laisse de côté tout autre sujet, peur l'attaquer avec ardeur; on profitera, si cela est nécessaire, d'une fête à laquelle assistent ceux qui causent le scandale. Ainsi voyons-nous que, quand dans une cité le feu prend à quelque édifice, quoiqu'il y ait beaucoup de maisons qui soient encore en construction et qu'un grand nombre d'autres menacent ruine, on oublie tout cela pour le moment, et les autorités se portent là où le danger est le plus grand, et s'efforcent d'éteindre l'incendie. Lorsqu'on doit -agir ainsi, il faut indiquer dans l'exorde la raison pour laquelle on a choisi ce sujet en un tel jour.
Texte du discows. 4° On peut le prendra dans un livre de l'Ecriture sainte et principalement .ans l'évangile, quelquefois dans l'épître du jour; on est encore libre de le choisir parmi les paroles dont 1 Église se sert pour la fête qu'on célèbre, comme, par exemple, « Haec dies quam fecit Dominus, etc., » le jour de Pâques; ou a Mémento homo quia pulvis; » le jour des cendres.
2° Faire en sorte que la principale proposition du sermon soit contenue dans le texte, ou au moins qu'elle en ressorte naturellement ; comme, Petite et accipietis} si vous voulez parler de l'efficacité de la prière. Le meilleur de tous les textes sera celui qui renfermera le mieux la division même du discours, par exemple : « Surrexit Dominus vere et apparuit. (Bourdaloue). — « Abnegaates saecularia desideria se-