DEUXIÈME PARTIE
brie, juste et pie vivamus in hoc saeculo. » II est permis de désirer les richesses, mais « sobrie » ; il est permis de les acquérir, mais « juste » ; il est permis d'en user, mais chrétiennement, « pie ».
Division. Les auteurs ont toujours coutume d'en faire une, à moins qu'il ne s'agisse d'une homélie ou d'une simple exposition de l'Evangile, dont on tire des avis salutaires et des enseignements. On pourra cependant l'omettre dans une allocution ou dans un discours bref et véhément, où il ne s'agit pas tant d'instruire que d'émouvoir. Car, si après avoir remué le cœur dans la première partie, l'orateur commençait à établir froidement la seconde, il éteindrait ou au moins attiédirait beaucoup la ferveur qu'il avait excitée. Il sera mieux, en ce cas, d'exposer d'abord Jes preuves, sans aucune division, et de faire, à la fin, appel à tous les sentiments généreux de l'âme. Supposé qu'il y ait une division, on la disposera de manière a ce que chaque partie ait ses mouvements, et on évitera avec soin que les derniers arguments soient arides et spéculatifs; car il faut que l'enthousiasme non-seulement se conserve, mais qu'il augmente de plus en plus avec l'intérêt et l'effet du sermon. — Nous parlerons plus tard de la division propre aux différentes classes de discours.
Preuves.
On les puise aux lieux communs oratoires, ainsi que cela est expliqué dans les traités de rhétorique, aux sources pro-
f>res à la prédication, comme la Sainte-Ecriture, les Pères, a Théologie, les écrivains et auteurs ascétiques les plus distingués, l'histoire ecclésiastique et les bibliothèques des prédicateurs.
Ecriture-Sainte. 4° Voilà la plus pure, la plus féconde la plus authentique de toutes ces sources. La première chose que fait un ambassadeur pour être admis à la cour d'un souverain, c'e.^t de lui présenter ses lettres de créance. Or, puisque nous sommes les ambassadeurs de Jésus-Christ, t pro Christo legatione fungimur (1) », exhibons notre titre
(1) 2 Cor. v, 20.
qui est ia Sainte-Ecriture. Les preuves qu'on en peut tirer ont une grande efficacité, non-seulement à cause de l'autorité et de l'onction du Saint-Esprit qui les accompagne, mai? encore à cause de la force irrésistible des arguments qui y sont apportés, surtout dans les livres moraux. Le prédicateur doit donc étudier cette science sacrée et se la rendre familière, s'il veut féconder et comme diviniser so< discours ; car, sans cette autorité, non-seulement il serait aride et stérile, mais ses réflexions sembleraient purement humaines. « Sapienter dicit homo tanto magis vel minus, quanto in Scripturis sanctis magis minusve profecit ». (S. Aug.) (1).
2° Le prédicateur fera en sorte que les paroles s'appliquent au sujet, naturellement et sans violence. Et pour cela, il est nécessaire d'examiner le contexte, c'est-à-dire ce qui précède et ce qui suit la sentence extraite de l'Ecriture. Si le texte était heureux, que de lumières nouvelles, que d'arguments, que d'images magnifiques on y découvrirait ! Cette sentence, par exemple : « Arcta via est quae ducit ad vitam », renferme une vérité capable de faire trembler des Pacôme et des Arsène ; mais si on considère les paroles emphatiques qui la précèdent et qui la suivent, combien elle est encore plus épouvantable!... Pour les passages obscurs, on pourra consulter les interprètes, surtout Tirinus, Menochius, et le grand Cornélius à Lapide.
3o Les auteurs distinguent quatre sens dans l'Ecriture : le sens littéral, l'allégorique, l'anagogique et le tropologique, selon que l'indiquent ces deux vers bien connus ;
Litiera facta docet : quid credas alîegoria Mo7*alis quid agas : quo tendas anagogia :
Mais il faut procéder ici avec un grand tact et beaucoup de discernement. On préférera toujours le sens littéral au sens mystique, et on n'en tirera jamais aucune preuve sans y être autorisé par l'interprétation des Pères ou des commentateurs sacres. — Les textes qui apportent des raisons à l'appui de la vérité sont préférables à ceux qui l'affirment
ty Voyez page 46 du tome 1«