DEUXIÈME PARTIE
simplement, comme : « Date et dabitur vobis; mensuram, etc. (1). Ne dixeris : peccavi, et quid mihi accidit triste? Altissimus enim est patiens redditor (2). » Les sentences moins communes sont préférables à celles qui ont été répétées et entendues déjà bien des fois, car elles font plus d'impression sur l'esprit des auditeurs. — Comme certaines autorités sont plus propres à prouver, et d'autres plus propres à émouvoir, il faut prendre celles qui s'adaptent le mieux à l'objet qu'on se propose.
4^> Concordances. Le meilleur moyen pour acquérir de la facilité et de l'habileté pour ces citations est l'étude de la sainte Bible. Mais tous n'ont pas le temps de s'y livrer; pour suppléer à cela, on se servira avec un grand profit de « UIndex biblicus; » d'une table biblique, comme celle de Demetz, ou d'une concordance. Supposons que je veuille prêcher sur la patience : je chercherai dans la concordance « patiens, patior, patientia », avec les mots qui y sont opposés et qui s'en rapprochent : « impatiens, impatientia, tolerare, fortitudo, eic; » et, choisissant les textes qui prouvent.le mieux ma proposition, je tirerai un admirable parti de cette source si riche.
oo Ne pas agglomérer un grand nombre de textes. Quelque passage de la Sainte-Ecriture bien développé donnera un plus grand crédit à l'orateur, et fera sur l'auditeur une plus forte impression, qu'une agglomération de textes faite sans ordre et sans aucun arrangement.
Saints Pères. \o La première place, après la Bible, appartient aux sentences des Pères de l'Eglise : S. Augustin, S. Léon, S. Grégoire-le-Grand et S. Bernard, voilà ceux que l'orateur Evangélique doit étudier de préférence. Il ne faut pas oublier S. Jean Chrysostôme le plus éloquent sans contredit, et le plus populaire de tous.
2° Quant à l'usage qu'on doit faire de leur autorité, je dirai Ja même chose que pour la Sainte-Ecriture : un discernement exquis est nécessaire ; il faut choisir les sentences qui cadrent le mieux avec l'objet qu'on se propose, et on tâchera toujours qu'elles soient brèves, concises, énergiques. Car si elles sont longues, elles fatigueront l'attention des auditeurs, s'échapperont facilement de la mémoire, et
(1) Luc vi, 38. (2) Eccli. v, 4.
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nuiront beaucoup à la chaleur du discours. On peut, dans ce cas, en exposer et en développer la substance.
3° On ne doit citer en latin que les paroles les plus notables des textes, comme : « Non pavisti, occidisti... Qui creavit te sine te, non salvabit te sine te ». (Aug). Et même, il suffira souvent d'indiquer l'auteur, à moins que la sentence ne soit si grave et si frappante qu'il convienne de la citer mot à mot.
Théologiens et écrivains remarquables. Nous rapportons à cette source : 4" les arguments de l'autorité universelle de l'Eglise, comme la tradition des Conciles et la doctrine des Théologiens. On doit y recourir afin de ne pas s'exposer à se tromper, soit dans l'explication des mystères, soit dans la prédication des vérités morales. Mais "il faut laisser de côté les subtilités peu pratiques et peu utiles, évitant tout ce qui, au lieu d'être un éloquent sermon, deviendrait une froide dissertation scolastique. 2° Les œuvres des grands théologiens sur les vices et les vertus ; par exemple, celles de S. Thomas, de S. Bonaventure, de Suarez, de Bellarmin, etc. 3^ Les auteurs ascétiques, comme Louis du Pont, Grenade, Rodriguez, Segneri, particulièrement son Chrétien instruit, S. Liguori, Nieremberg, etc. 4<> Les sermons des prédicateurs distingués, comme Bourdaloue, Massillon, La Colombière, Cheminais, Giroust, La Rue, etc. Santander, Barda, Equileta, Pantaléon Garcia, en Espagnol ; et Segneri, Bordoni, etc., en Italien. Mais il faut les lire avec précaution et modération ; car tout ce qu'on y trouve ne doit pas être imité, et souvent nous convertirions peu d'âmes, si nous prêchions ces sermons tels qu'ils ont été écrits. C'est pour cela que le Père Roothan, général de la Compagnie de Jésus, juge si compétent en cette matière, a écrit avec sa sagesse ordinaire ces mots pleins de sens « Huic lectioni omnino se tradere multis nominibus periculosum est, ac multi hac lectione magis imoediuntur, quam juvantur. »
Histoire ecclésiastique. Voilà encore une mine très-ricb* gui offre des preuves et des ressources inépuisables pour démontrer et relever les mystères de la foi, et pour inspirer à tout le monde l'horreur "du vice et l'amour de la vertu. Elle charme les auditeurs, et elle est un ornement précieus, pour le discours, si on s'en sert toujours avec à-propos
Mais il ne faut pas raconter des fables comme étant de véritables histoires; en outre, les faits qu'on cite, doivent être appuyés sur l'autorité d'auteurs graves ; et si l'on est obligé de rapporter quelque chose qui paraisse invraisemblable, on ne manquera jamais d'indiquer la source où on a puisé ce qu'on avance.
Bibliothèques des Prédicateurs. Ces répertoires que des hommes savants ont disposés par ordre alphabétique, ne laissent pas que de fournir au jeune orateur une collection plus ou moins parfaite de textes de l'Ecriture, de témoignages des Pères de l'Eglise ; des idées, des fragments de sermons, môme des plans de discours sur un grand nombre de mystères, sur les vices et les vertus. Telles sont les bibliothèques de Lohner, Spaner, Mansi, Montargon et celle de Houdry (1), la plus riche et la plus complète de toutes. Mais il faut choisir avec tact, et ne pas trop compter sur cette ressource ; car le Père Roothan le dit avec grande raison : « Praestat plerumque rem tractandam primum bene meditari, concionis formam ac distributionem mente concipere, anteqifam ad bibliothecae adjumenta recurras. »
Ce qui est d'une souveraine utilité, et je le sais par expérience, c'est de se former à soi-même son répertoire, où on a soin de noter par ordre alphabétique, tout ce qu'on trouve, soit en lisant, soit en entendant des discours, ainsi que nous l'avons dit à la page 68 du premier volume.
Lieux communs oratoires.
Parmi les sources générales ou lieux oratoires communs à tout prédicateur, voici ceux dont on pourra se servir de préférence.
La définition, soit logique, soit oratoire : logique, lorsqu'elle expose avec clarté et précision la nature d'une chose ; oratoire lorsqu'elle explique cette chose avec plus de variété, d'abondance, et d'ornement. Cette dernière offre parfois une telle quantité d'idées et d'arguments,
!\) Paris, librairie P. Lethiclleux, 4 rue Cassette. 18 vol. grand to->, 108 fr.
qu'elle peut fournir la matière de tout un discours. La plus féconde de toutes est celle qui procède d'abord par négation, disant ce que la chose n'est pas, et ensuite par affirmation, expliquant ce qu'elle est.
Vcnumèration des parties est d'une grande utilité, tant pour instruire que pour émouvoir, vu l'ignorance du peuple. Même quand nous traitons des sujets moraux, l'auditeur comprendrait peu ce que nous voulons dire, si, parlant d'une manière vague et générale, nous ne descendions pas aux cas particuliers dans lesquels ces vérités, ces préceptes, ces vices, ces vertus ont leur application immédiate, selon les différentes classes et les diverses conditions de la société. Et quel vaste champ s'ouvre ici à l'orateur sacré, pourvu qu'il sache toujours se tenir dans les justes limites de la prudence, afin de ne pas fatiguer l'auditeur?
L'étymologie ou l'explication du nom pourrait facilement dégénérer en développements puérils. On s'en servira seulement pour certains noms de vertus et de vices... ou pour des noms propres révélés et imposés par Dieu, comme Jésus, Raphaël, Michel, etc., ou pour les noms de différents ministères comme « sacerdos, sacra dans, sacra ferens, etc. »
Le genre et X espèce servent admirablement pour le panégyrique; on commence par un éloge général de la vertu, et on passe ensuite à la vertu du saint en particulier. Mais il ne faut pas, ainsi que le font d'ordinaire les commençants, s'arrêter trop sur le genre.
Les comparaisons et les exemples ont une force admirable; celles-ci pour expliquer, ceux-là pour persuader la vertu. Ces deux ressources précieuses embellissent beaucoup le sermon ; non-seulement elles l'ornent, mais encore elles le mettent à la portée des auditeurs ies plus ignorants et les plus illettrés. Toutefois, pour cela, il faut que la comparaison soit claire, naturelle, prise de choses toujours nobles, mais connues des auditeurs et propres à éclairer le sujet. Les exemples doivent être vrais, comme nous le disions plus haut au sujet de l'histoire ecclésiastique. Si on a soin de les proposer clairement, brièvement, avec les circonstances nécessaires ; si on met dans son récit une certaine vivacité et de la chaleur, ils font une grande impression sur les esprits. Les circonstances terribles au milieu desquelles on s'est trouvé, émeuvent plus que celles