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qui sont racontées dans des livres. Mais il ne faut jamais l'oublier : parfois ce qui est bien dans la bouche d'un vieux missionnaire, sera de la pédanterie dans celle d'un jeune homme inexpérimenté, qui n'est pas revêtu du même caractère ni de la même autorité. — Selon que l'instruction des auditeurs sera plus ou moins grande, on devra développer aussi plus ou moins la comparaison.
Les contraires produisent le même effet que l'ombre dans .m tableau ; on les emploie avec succès, et pour éclaircir ce qui est obscur, et pour faire ressortir la laideur du vice en lui opposant la beauté de la vertu ; enfin pour indiquer les moyens d'atteindre celle-ci, et les remèdes efficaces à l'aide desquels on fera disparaître les maux produits par celui-là.
Les circonstances de la chose, de la personne, du lieu, de la manière et du temps, servent tellement bien pour développer un fait ou un mystère, qu'elles sont souvent suffisantes pour remplir un discours entier.
Les antécédents et les conséquents, les causes et les effets offrent également une matière qui s'adapte facilement à chaque classe d'auditeurs, et qui est très-abondante pour chacun des trois genres, soit démonstratif, soit moral, soit didactique : et ainsi, que de vives descriptions on peut faire de la mort, du jugement dernier, etc!
La comparaison soit a majori ad minus, soit a minori ad majus a une force extraordinaire pour aiguillonner les âmes et les exciter à la pratique de la vertu : « Non poteris tu, quod isti et istae potuerunt? » (S. Aug). « Hli quidem ut corruptibilem coronam accipiant, nos autem incorruptam. » « Si donc Dieu a soin de vêtir de cette sorte une herbe des champs qui est aujourd'hui, et qui sera demain jetée dans le four; combien aura-t-il plus de soin de vous vêtir, ô hommes de peu de foi (4 ) ? »
§ *• Passions.
4o L'orateur sacré nu doit, en aucun discours, oublier de faire appel aux nobles passions de l'âme humaine; et cela
(1) Cor. îx, 25. (2) Matth. vi, 30.
est surtout nécessaire quand il s'agit de sujets moraux; car quel fruit produira un discours froid et dépourvu de sentiment ?
2o Bien que la péroraison soit le principal endroit où il faille enflammer les âmes, cependant on peut répandre les mouvements dans toute l'étendue du discours; et l'exorde lui-même devra en contenir la semence.
3o Avant de composer le sermon, l'orateur pensera attentivement à la fin qu'il se propose d'atteindre dans son discours ; au fruit spécial que les auditeurs en doivent retirer; à la conviction, à la résolution qu'il désire leur inspirer ; il verra alors facilement quels sont les mouvements principaux qui devront dominer dans le sermon, et quels sont ceux dont il pourra se servir secondairement, afin de mieux atteindre son but. — Il considérera également les preuves qu'il pense apporter, pour savoir quelles sont celles qui conviendront mieux aux auditeurs, et il verra comment il pourra les présenter de manière à ce qu'elles produisent une impression plus vive et plus salutaire sur les âmes; enfin il mettra le plus grand soin dans la manière de les traiter, adoptant les figures qui lui sembleront devoir donner plus de force et d'efficacité à ses arguments.
4-» Le moyen principal pour émouvoir les âmes, c'est de se tenir uni à Dieu, sans la grâce duquel le prédicateur pourra bien écrire, parler, mais jamais conquérir les cœurs : « Sine me nihil potestis facere ; » combien moins pourronsnous obtenir le plus difficile de tous les triomphes! Avant tout, méditez donc, et soyez pénétré de la vérité que vous voulez exposer ; car Horace a dit à ce sujet : « Si vis me flere, doltmdum est primum ipsi tibi \). »
00 Je ne veux point dire par là que les moyens humains n'aident pas le prédicateur a atteindre le but qu'il se propose. Assurément je regarde comme une ressource précieuse une éloquence animée, énergique, pathétique, qui va toujours crescendo, qui n'est pas fondée sur des paroles vides et sonores, mais sur des raisons solides, des expressions vives, des images saisissantes. Que d'exemples ne trouvons-nous pas de cela dans les prophètes et les autres livres de la Sainte-Ecriture?
(1) Horat. aïs. poeL
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60 On comprend sans peine que ce genre d'éloquence n'a pas sa place dans tous les sujets ; car quelle folie ce serait de vouloir tonner et lancer des foudres dans un sujet doux et suave?
7o Pour déterminer les affections et les mouvements qu'il veut produire dans les âmes, l'orateur ne doit pas non plus faire abstraction de lui-même ; la prudence et la raison lui conseillent de bien consulter auparavant ses forces, sa voix, ses poumons, son action et ses talents. Tous ne sont pas aptes à tout faire ; et il n'y aurait rien de plus ridicule que de vouloir exciter dans les autres de vives émotions, quand on n'a dans le cœur aucune chaleur naturelle, et quand le feu dont on se montre animé est purement factice.