ARTICLE IL DE LA DISPOSITION
io De même qu'avec des bataillons aussi nombreux, aussi valeureux et aussi aguerris que vous les supposiez, un général ne remportera jamais la victoire, si les soldats sont dispersés et placés sans ordre, de telles troupes ne méritant pas le nom d'armée ; de même que les parties qui composent une maison, si chacune d'elles n'est pas à sa place, ne ressembleront jamais qu'à un monceau informe de pierres, loin de former un édifice ; ainsi, en est-il pour un discours, quelle que soit la valeur des arguments qui l'appuient, si on n'a pas soin de mettre chaque preuve à l'endroit qui lui convient ; ce n'est pas un sermon qu'on obtient, mais une agglomération confuse d'idées et de paroles, un véritable chaos. 2° Il est donc nécessaire d'avoir toujours devant les yeux le but qu'on veut atteindre, et de placer chaque chose avre ordre et dans la place qui semble être le plus favorable pour arriver au résultat désiré. 3<> Surtout lorsqu'on veut dire aux auditeurs quelque chose pour les porter à amender leur vie, il faut le faire avec tant de naturel, que cela paraisse venir de soi, et avoir été placé là sans aucune étude, ni artifice. 4° On comprend facilement que ce but ne peut être atteint sans une méditation attentive.
Après ces avertissements préliminaires, voyons, dans une
exquisse rapide, les différentes parties du discours, et examinons ce que le prédicateur doit observer en chacune d'elles. Ces parties sont : l'Exorde, la Proposition, la Division, la Narration, la Confirmation, la Réfutation, la Péroraison.
Exorde.
4o Dans F exorde, l'orateur se propose de rendre ses auditeurs attentifs, bienveillants et dociles; et d'ordinaire les fidèles apportent ces dispositions en venant entendre la parole divine. La principale chose dont l'orateur doit s'occuper ici, c'est d'entrer insensiblement dans le sujet qu'il va traiter, et d'en insinuer l'importance, l'utilité, ou la nécessité.
S'il a choisi un sujet qui est étranger à la solennité du jour, ou qui, sous certains rapports, pourrait sembler étrange ou inopportun, le prédicateur détruira cette mauvaise Impression, en exposant le motif qu'il a eu pour agir ainsi.
2° Ceci supposé, un bon exorde a trois qualités dans le genre de l'éloquence sacrée. Il doit être propre: c'est-a-dire avoir tant d'analogie avec le sujet, qu'il y conduise insensiblement ; autrement, il devient vain et inutile. — Court; rien n'épouvante tant les auditeurs qu'un long exorde; il faut toutefois qu'il soit en proportion avec les autres parties du discours. Il doit être orné d'une grave' modestie; que le prédicateur parle avec une certaine humilité, mais de manière cependant à ce qu'on voie qu'il sait parfaitement quelle place il occupe, et quel rôle il remplit. Un exorde préparé avec trop de recherche, indiquerait un prédicateur qui vient se prêcher lui-même; commun et peu orné, il donnerait à entendre que le prédicateur fait peu de cas de ses auditeurs, et ceux-ci ne tarderaient pas à perdre la bonne idée qu'ils avaient de lui. L'orateur fera donc un exorde facile et cou )ant, de façon à ce que les auditeurs attendent de lui un bon discours, et soient persuadés qu'il attache le plus grand prix à leur salut, et qu'il désire sincèrement leur bonheur éternel.
3o On peut tirer l'exorde, suit de la dignité, de l'utilité, ou de la nécessité du sujet dont on doit parler, soit même