‹ Le trésor du prêtreChapitre 231 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

de l'exposition du texte, s'arrangeant de façon à ce que la proposition en découle pour ainsi dire naturellement. Je veux exposer, par exemple, les degrés de l'humilité, ou les moyens d'acquérir cette vertu. Un exorde sur l'excellence de cette vertu conviendra parfaitement. — On peut tirer aussi Texorde des circonstances, du lieu, du temps, et quelquefois, rarement cependant, de la personne de l'orateur et des auditeurs. — L'exposition de l'histoire de l'Evangile du jour, ou d'un autre fait, a lieu sous forme de narration, et l'exposition d'une sentence se fait par manière de paraphrase. — On peut aussi commencer le discours par une exclamation, ou par l'expression des sentiments qu'inspirent naturellement les paroles du texte, la vue de l'appareil imposant qu'on a devanjt soi, ou quelqu'autre circonstance. — Une histoire grave et digne de la chaire ouvrira également très- Lien un discours.

Proposition.

On peut réduire à cinq les qualités d'une bonne proposition. Elle doit être, d'après les principes de la rhétorique, \o Unique et simple, de manière que tout le discours n'ait nu'un seul et même objet : « Denique sit quodvis simplex auntaxat et unum (1). » Aussi quelques-uns vont-ils jusqu'à critiquer le sermon dans la première partie duquel on expose la mort du juste, et dans la seconde celle du pécheur. 2° Claire, c'est pour cela que je n'approuve pas qu'on dise : François Borgia fut un corps sans âme, et une âme sans corps. 3° Féconde, fournissant à l'orateur une matière abondante, mais qui ne soit pas cependant infinie. 4° Utiley c'est-à-dire plutôt pratique que spéculative. 5° Présentant une certaine nouveauté. Iffaut cependant le faire remarquer : pour vouloir être neuf, ce qui d'ailleurs n'est pas essentiel, on s'expose à dire beaucoup de sottises ; et toute prétention, toute vaine ostentation est déplacée en chaire. Il suffit donc que la proposition ne soit pas trop vulgaire; qu'elle soit intéressante et capable d'offrir aux auditeurs une matière digne de leur attention.

Il ne sera pas toujours nécessaire d'annoncer la proposi-

(1) Horat. aïs. poet.

tion; souvent la division elle-même l'indiquera soffi^m ment, comme nous l'avons dit plus haut.

Division.

Pour être heureuse, la division doit avoir les qualités suivantes :

1o Elle doit être pleine, c'est-à-dire que ses membres unis doivent embrasser tout le sujet. Je veux parler, par exemple, de la prière : si, prenant le texte de S. Jean (î), je dis « petite », nécessité de la prière : « accipietis », efficacité de la prière, cette division semblera bonne. Mais si on y fait attention, on verra qu'il manque ici une des qualités qui sont le plus capables de nous exciter à embrasser une chose, je veux dire sa facilité. En divisant donc ainsi, comme le fait le Père Beauregard: nécessité, efficacité et facilité de la prière, j'ai tout ce qu'on peut dire sur ce sujet.

2° Les divisions ne doivent pas rentrer les unes dans les autres; il faut qu'elles s'excluent réciproquement; c'est, pour cela que l'orateur aura toujours grand soin de les bien méditer, afin de ne pas se trouver ensuite embarrassé, et de ne point tomber dans des redites.

3° Un discours ne doit pas être divisé en plus de deux ou trois membres ou parties.

4o II faut que la division soit simple et s'offre d'elle-même: par exemple, folie et péché de celui qui se laisse vaincre par le respect humain.

5o Les parties doivent croître en force et en intérêt, de façon à ce que le dernier argument soit le plus convainquant et le plus victorieux.

6° Bien qu'une règle générale ne puisse pas être établie ici, il faut cependant faire en sorte que les subdivisions n'embrassent pas plus de trois, quatre ou cinq membres. Assurément, on paraîtra affecté, si on veut partager toujours ses discours en un nombre symétrique de subdivisions, mettant invariablement trois subdivisions en chaque partie; comme si toutes les vérités ne contenaient ni plus ni moins que trois membres. C'a qu'il faut enfin éviter, c'est la vaine ostentation de l'art et 'de l'esprit; ces choses, loin de

(lj Joan. xvi, 24.

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