‹ Le trésor du prêtreChapitre 238 sur 311 · DE L'ÉLOCUTION · texte numérisé non relu

DE L'ÉLOCUTION

Elle comprend l'amplification, le bon emploi des figures ti le style.

De l'Amplification.

L'amplification sert de deux manières : 1° pour instruire, en présentant les arguments de manière à ce que, faisant une impression plus vive, ils acquièrent une plus grande force ; 2° pour émouvoir, et exciter les passions.

Amplification des arguments. \° Si ces arguments" sont tirés de la Sainte Ecriture, on pourra les amplifier, soit en pesant la force et l'énergie de chaque parole du texte, par exemple, « Juda osculo Filium hominis tradis (1)1 » soit en exposant l'explication donnée par quelque Père ; soit enfin en opposant à cette sentence, une autre maxime dont le sens est contraire, par exemple; « Beati qui in Domino moriuntur... Mors peccatorum pessima ». Tantôt on peut considérer les circonstances: « Quis, quid, cui, quando, qua occasionc, quo loco, quare, quomodo, » comme nous avons fait page 205 du premier volume ; tantôt on peut apporter les textes et bs exemples qui confirment ce qui a été dit; et une concordance sert beaucoup à cet effet. S'il se ren-

(1) Luc. xxji, 48.

re que-que passage obscur, on expose le doute, peur er l'attention des auditeurs ; puis on donne ensuite

contre

piquer l'attention des auditeurs ; puis on donne ensuite clairement le sens. Quelquefois on amplifiera une sentence en cherchant les motifs pour lesquels Jésus-Christ l'a proférée ; d*autres fois on la traitera avec plus d'étendue et de liberté, lui donnant certains développements, comme font les rhéteurs au moyen de la chrie.

2o On peut, de là même manière, amplifier les textes des saints Pères, les pesant, les expliquant et insistant sur les paroles qui ont le plus de poids.

3° On ne doit pas amplifier les arguments tirés de l'histoire, s'ils sont nombreux ; mais il faut les agglomérer : louant, par exemple, la force de S. Vincent au milieu des flammes, de S. Laurent sur le gril, de S. André sur la croix, de S. Etienne sous la grêle de pierres dont on l'accable, etc. S'il n'y a qu'un seul fait et qu'on veuille l'amplifier un peu, on observera les règles de la narration; on attribuera à chaque personnage Je caractère, les habitudes et les sentiments qui lui conviennent, et on ornera la narration de figures et de tous les embellissements dont elle est susceptible; on insistera sur les points qui paraîtront les plus importants, rendant cette amplification plus ou moins courte et élégante, selon que l'exigent l'instruction des auditeurs et la culture de leur esprit. Cependant on devra éviter un écueil très-dangereux, celui de rappe4er le théâtre ; et cela arriverait, si on ornait le fait et si on le décrivait avec des couleurs trop vives, notre narration devenant ainsi plutôt poétique qu'oratoire.

4° Il sera souverainement utile, dans les amplifications, de se servir des lieux communs oratoires dont nous avons parlé en traitant de l'invention.

Amplification des passions. \o Toutes les fois que l'oratbar doit traiter un grand sujet digne d'admiration, d'horreur ou de compassion, etc., il faut qu'il fasse appel aux plus nobles sentiments de l'âme humaine; il insistera donc sur ces mouvements; il mettra tout le feu nécessaire pour les exciter, et il ne les interrompra pas avant que le cœur ne soit rassassié. Il y a cependant ici deux choses à observer : la première, c'est que le prédicateur ne doit pas éclater en mouvements oratoires, s'ils n'ont été précédés de grandes choses qui les préparent et les excitent ;lasecondec'est qu'il

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