DEUXIEME PARTIE
ne doit pas les continuer de façon à engendrer l'ennui, et à faire -que le discours dégénère en une puérile et ridicule déclamation.
2° Ce qui aidera beaucoup à émouvoir les âmes et à exciter dans les cœurs les sentiments les plus généreux, c'est de faire l'application de ce qui a été dit aux différentes classes, et aux diverses sortes de personnes dont se compose l'auditoire; car de même que les choses vagues, vulgaires et générales font peu d'effet, ainsi tout ce qui nous touche de près, produit ordinairement sur nous une impression dont la vivacité est infiniment plus grande. Mais il faut éviter toute allusion personnelle, quelque indirecte et éloignée qu'on la suppose.
Une fois que la conviction a pénétré dans l'intelligence, il faut plutôt s'adresser à l'imagination qu'à la raison. A cet effet, on trouvera un grand secours dans les métaphores, les locutions et les figures qui dépeignent les choses plus au vif, et qui enflamment davantage les âmes, comme l'hy-
fjotypose, l'apostrophe, la prosopopée, etc. Peu importe que 'orateur, en quelque sorte hors de lui-même, aille d'un sentiment à un autre, pourvu que tous ses mouvements soient dirigés vers une même fin.
Supposons qu'on veuille peser le crime énorme de la communion sacrilège. On peut commencer comme si on ne savait pas quel nom donner à une semblable trahison : on examine les uns après les autres, les péchés les plus afroces, et on trouve que celui-ci les surpasse tous. C'est ici qu'une définition oratoire par le moyen de la synonymie, fera trèsbien. On conclut en disant que la communion indigne est le plus grand de tous les sacrilèges ; une impiété telle qu'elle doit couvrir de honte le ciel et la terre, et jusqu'à l'enfer lui-même. — Pour faire sentir davantage l'énormité de ce péché, on peut passer en revue les circonstances quis, quidi uki, etc., se servant principalement de l'hypotvpose, afin dw dépeindre avec plus de vivacité. — On comparera encore ia communion sacrilège, si l'on veut, à la trahison de Judas, aux insuites que les Juifs firent à Jésus-Christ, aux profanations des païens et des hérétiques; quelque énormes que soient toutes ces indignités, elles seront toujours au-dessous delà communion sacrilège. — C'est ici que viendront bien * propos des mouvements véhéments, tantôt d'indignation
contre le misérable qui se rend coupable de sacrilège; tantôt d'admiration etd'étonnement, en voyant que les créatures ne s'arment pas pour venger une tefre injure; que la terre ne s'ouvre pas, pour engloutir tout vivant et plonger dans l'enfer un monstre aussi horrible. On pourra aussi s'adresser aux Anges de la paix et à la Très-Sainte Vierge, les suppliant de pleurer amèrement; on interpellera Jésus- Christ, en lui demandant si c'est pour cela qu'il a opéré tant de prodiges étonnants d'amour; ou bien encore on se tournera vers le Père éternel; on se plaindra de ce qu'il permette que son divin fils, soit traité d'une manière si vile, etc. Il ne sera pas mal à propos de faire une application de ces mots : « Numquid ego sum, Domine? »
4« Il faut cependant, faire attention à ne pas ressembler à un vain d clamateur en voulant trop amplifier; nous ne devons jamais ni aller au-delà de ce que nous permettent nos forces et notre caractère naturel, ni nous efforcer de manifester par des paroles exagérées, une émotion qui n'est pas dans notre âme.
Usage des figures.
Les figures ne sont pas moins utiles pour un sermon, que pour tout autre espèce de discours,* bien employées, elles donnent beaucoup de relief à ce que l'on dit ; elles rehaussent les sujets les plus communs, elles empêchent la monotonie, tempèrent l'austère sévérité des vérités qu'on annonce^ et en imprimant plus vivement ce qu'on dit dans les esprits, elles contribuant puissamment à ia fin que l'orateur se propose, c'est-à-dire : « Ut veritas pateat, ut veritas placeat, ut veritas moveat. » De là, trois sortes de figures à considérer.
\o Les figures qui s'adressent à l'intelligence. Comme s'il ,?e trouvait à un véritable combat, l'orateur dégainant l'épée de la raison, attaque son adversaire, ou esquive et élude ses coups. Tantôt il le cerne avec des objections et des suppositions, tantôt par des concessions il semble retourner en arrière, soit pour lui montrer la confiance qu'il a dans sa cause, soit afin de s'élancer sur lui d'une position