‹ Le trésor du prêtreChapitre 240 sur 311 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

plus avantageuse; tantôt par une correction il feint de s'être trompé et d'avoir mal manœuvré, afin de décharger ensuite des coups plus forts sur son adversaire ; tantôt au moyen de la prètérition, il semble passer sous silence la chose même qu'il dit, et pour donner une plus grande force à ce qu'il traite, il agglomère et grossit par Yènumèration, les arguments qui, présentés séparément, semblaient faibles; il s'ouvre le chemin de la victoire par la gradation, soit de mots, soit de sentences; et au moyen de Y antithèse et des comparaisons il éclaire ce qui est obscur, et orne les passages arides; au moyen de Y atténuation et de Yeuphémisme, il fait en sorte de diminuer l'impression désagréable que causeraient certaines paroles hardies, et certaines vérités un peu dures; par la suspension il- tient les esprits captifs, pour tomber ensuite sur eux à l'improviste; et avec la confiance qu'inspire la communication, il met dans ses intérêts ses auditeurs eux-mêmes et ses adversaires, et les porte à lui donner le conseil qui convient le mieux.

2° Figures d'imagination. En même temps que l'orateur lutte avec l'intelligence, il doit s'eiTorcer de revêtir, d'orner, de fortifier avec des images ses pensées et ses preuves, pour mieux vaincre son adversaire. De là, les similitudes, les tropes, les allégories, avec lesquelles il met sous les yeux les idées les plus abstraites, donnant à ses conceptions àela clarté aussi bien que de l'éclat; de là, Yhypotypose avec laquelle il présente l'objet sous des couleurs si vives, qu'il semble réellement qu'on le voit; de là, la prosopopée figure encore plus hardie, car elle personnifie jusqu'aux êtres inanimés, les faisant parler, écouter, etc., comme si réellement ils avaient la vie.

3° Figures que suggère la passion. L'âme fortement impressionée, désireuse de communiquer aux autres le sentiment dont elle est dominée, insiste quelquefois par des interrogations ; d'autres fois elle s'humilie par des prières, épuisant tout ce qui est capable d'émouvoir le cœur; et, supposant que même de cette manière elle n'obtienne pas le triomphe, elle abandonne le pécheur rebelle par la permission, et l'excite à se précipiter davantage encore dans l'abîme, afin que, pénétré d'horreur, il rentre en lui-même et s'amende. Le prédicateur, encore plus hors de lui-même, augmente les dangers par les hyperboles, éclate en excla-

mations, en imprécations et en ironies sanglantes; et si une chose inopinée l'émeut fortement, il interrompt subitement l'ordre de ses idées par les apostrophes ; enfin, au moyen du doute et de la réticence, il rend sa pensée avec plus de passion que s'il l'exprimait par des paroles.

Ce qu'on doit éviter dans V usage des figures. Trois choses : 4 o il ne doit pas y avoir de paroles creuses, sans aucun sens; ce qui serait puéril et ridicule. 2° Il ne faut pas introduire les figures violemment, mais elles doivent venir naturellement.. Si l'orateur sait s'émouvoir, si le ciel l'a fait tel, il trouvera dans son propre cœur, dans son imagination, toutes les figures désirables, sans avoir besoin de les chercher. Procéder autrement serait de l'affectation, défaut répréhensible dans tous les genres de discours, mais intolérable dans un sermon. 3o II ne faut pas que les figures soient en désaccord avec le sujet; et il serait ridicule quNîD orateur divertit par des jeux de mots et des plaisanteries, dans un sujet grave, ou répandit à pleines mains des fleurs, là où il faudrait lancer la foudre.

Du Style.

4o Quelle que soit la composition et à quelque classe

Qu'elle appartienne, le style le meilleur sera celui qui s'aaptera le mieux à la capacité des auditeurs et à la nature du sujet.

2° Le sermon admet comme les autres discours des périodes, des membres, des incises, et on les emploie dans îe lieu et de la manière qu'exige le but de l'orateur.

3o Sans doute il faut que tout ce que dit le prédicateur soit intéressant ; toutefois on ne doit pas donner à tout le même degré d'importance ; c'est pour cela que, quand on veut instruire, on se sert du style uni et simple; on emploie le style tempéré ou fleuri quand on se propose ou de louer quelqu'un, ou de causer de l'agrément à l'auditoire; enfin on prend le style sublime quand on veut émouvoir et soumettre les esprits opiniâtres et obstinés.

4° Le langage, une des parties principales du style, doit être pur et châtié, c'est-à-dire conforma aux règles de la

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