DEUXIÈME PARTIE
vont le plus les cœurs. Tout le monde ne sait pas apprécier la solide vertu, les grands talents, la vaste érudition, et l'instruction d'un prêtre ; mais tout le monde voit s'il est bien élevé ou grossier, poli ou incivil. Quelque belles qualités intérieures qu'un ecclésiastique puisse avoir, ce sera toujours une grande tache qui éclipsera ou diminuera son mérite, si la bonne éducation extérieure lui manque. Combien de lois entendons-nous dire : Ce prêtre est un saint, un excellent ecclésiastique, mais quel dommage qu'il n'ait pas de meilleures manières! Gela suffit pour lui enlever toute influence sur la société, et le rendre méprisable aux yeux du monde; car, dans le siècle où nous vivons, on confond facilement les choses avec les personnes ; et la majeure partie des hommes juge plutôt par les sens que par la raison.
Avec quel soin il faudrait donc, dans les séminaires, enseigner aux jeunes gens ces bonnes manières, et leur donner cette éducation choisie, devenue maintenant d'autant plus nécessaire, que !a richesse des prébendes n'attire plus, comme dans les siècles passés, à l'état ecclésiastique, des personnes d'un rang élevé, ou appartenant à des familles riches, et par conséquent bien élevées! Les ecclésiastiques, pour la plupart, ont des parents peu aisés; et, si le dédain que la pauvreté et l'obscurité de la naissance inspire à la haute société ne se trouve pas compensé par de bonnes formes, et par une politesse noble et exquise, que peut-on attendre d'un ecclésiastique grossier dans ses manières, sinon qu'il sera un déshonneur pour l'Eglise et un objet de moquerie pour les séculiers.
Et, en effet, quel respect inspirerait un prêtre qui, même dans l'église, ne saurait parler qu'en criant ; qui, assis ou debout, ressemblerait plutôt à un paysan qu'à un ecclésiastique, par sa posture peu convenable; qui serait toujours à fumer, et dont les doigts, les vêtements et les livres donneraient trop à faire connaître son malheureux penchant? Un prêtre malpropre, vêtu d'une manière ridicule, qui aurait la Darbe longue, les cheveux en désordre, ne serait-il pas quelque chose de répugnant pour tout le monde? Est-ce
3u'il n'éloignerait pas de sa personne ceux-là même qu'il evrait attirer à lui pour les gagner à Dieu? Sans affectation. Cependant l'urbanité du prêtre ne doit
pas- consister dans un extérieur affecté ; la politesse ne doit rien avoir d'exagéré, d'étudié, rien qni sente le faste. Ici, comme lorsqu'il Vagit du vêtement, il faut éviter les deu? extrêmes dont nous" avons parlé, la négligence et le soin trop recherché dans la composition de son extérieur et dans la manière de se présenter. La politesse du prêtre doit consister dans une certaine soumission intérieure aux autres hommes, effet naturel de la charité ; de la sorte, elle sera toujours simple et digne, affectueuse et réservée; et elle fera éclater, soit dans la conversation, soit dans les manières, je ne sais quoi de noble, je ne sais quoi de grave, de pieux, d'élevé, une dignité enfin d'un genre à part qui convient si bien à l'ecclésiastique.
J'ajouterai, avec le P. Benoit Valuy. que le prêtre doit aussi se prémunir contre les défauts inhérents à la vieillesse. Ils consistent ordinairement dans la mauvaise humeur, la malpropreté, l'apathie, la méfiance, les maladies imaginaires, les précautions minutieuses, la répétition insipide des mêmes histoires, la censure de tout ce qui est moderne, la louange du temps passé, la manie de donner à haute voix l'absolution, ou de dire ainsi toutes les paroles de la messe, les cris et les exclamations dévotes dans l'église et à la sacristie, etc.
Si quelqu'un désirait -avoir comment on peut acquérir ces manières distinguées, je lui dirai : 4° Observez-vous dans vos relations privée- et dans l'intérieur de votre maison. 2° Observez bien les autres ecclésiastiques; si vous voyez en eux une chose qui vous répugne, évitez-la avec soin; et si quelqu'un se distingue par son excellent genre et son éducation parfaite, soyez diligent à l'imiter.
L'avarice,
Bonheur du prêtre charitable. — Malheur du prêtre avare.
4° Bonheur du prêtre charitable. — Rien ne V élève tant
aux yeux des hommes. Quelle parole consolante : « Tibi de-