DEUXIÈME PARTIE
du monde, tout entier aux pompes et aux vanités, il n'entend pas la douce voix de la religion ; et c'est pour cela que tant d'âmes sont loin du chemin du ciel! Aujourd'hui môme quand le prêtre déploie un zèle extraordinaire; quand il crie : « Laboravi damans, raucœ factœ sunt fauces mese (1); » la conversion du pécheur ne laisse pas que d'être très-difficile; que sera-ce donc si on n'emploie pas des moyens efficaces, si on craint toute démonstration extraordinaire? Elève donc la voix, comme une trompette sonore : « Exalta in fortitudine vocem tuam (2) ; » et cela, non-seulement quelquefois, mais sans cesser : « Ne cesses; » car le besoin et le danger étant continuels, le zèle et la vigilance du prêtre ne doit pas se démentir un seul instant.
Précautions nécessaires.- Je suis loin de prétendre que le curé doive adopter toute espèce de moyen extraordinaire qui se présente, indistinctement, et les yeux fermés. Non, certainement. Ce que nous avons dit plus haut, page 90 et suivantes de ce volume, sur le moyen d'extirper les abus qui se sont glissés dans une paroisse, doit s'appliquer aussi à la manière d'introduire des réformes, des dévotions et des moyens nouveaux de sanctification.
Étudier le caractère des paroissiens. Telle dévotion ira bien a un peuple sérieux et sage qui ne sera pas acceptée d'une population légère ; la pratique de l'oraison mentale sera très-utile aux âmes initiées à la vie intérieure et inclinées vers la piété, tandis qu'elle n'offrira que peu ou iioint d'avantages aux personnes dissipées et engagées dans les plaisirs. La même nourriture ne convient pas à tous les estomacs, et le même médicament n'a pas Ut vertu de profiter à tous les tempéraments et de guérir toutes les maladies.
Favoriser avant tout les dévotions anciennes. Si les confréries des Ames du Purgatoire, du saint Rosaire, du Saint- Sacrement, ont déjà l'approbation universelle; si on voit que les premiers et les troisièmes dimanches de chaque mois attirent assez de monde au confessionnal, ce serait une témérité de supprimer ou de laisser tomber des associations si anciennes et si respectables, pour en établir d'auires dont le succès est incertain. Ne sera-t-il pas pré-
(1) Is. Lxvm, 4. (2) Is. xl, 9.
férable d'expliquer au peuple les grands avantages et les indulgences de ces confréries, de ranimer ces dévotions, en donnant un plus grand relief et plus d'importance aux cérémonies ordinaires qu'on fait à leur occasion? Ces pratiques ne flatteront pas autant l'amour-propre, je l'avoue, mais elles auront l'avantage de ne pas exciter ces contradictions que font naître facilement les dévotions et les pratiques nouvelles.
Etablir quelque dévotion nouvelle si les anciennes pratiqua ne suffisent plus pour ranimer la ferveur. Si, après avoir étudié le caractère du- peuple et s'être assuré de la bonne volonté des paroissiens, on voit que les anciennes dévotions sont dans une telle décadence, qu'il est impossible de ranimer avec elles la ferveur dans la paroisse, on pourra alors introduire quelque dévotion nouvelle, qui amène cet heureux résultat ; comme, par exemple, un office les jours de fête dans la soirée, le chemin de Croix, ou la pratique qui sera la plus populaire dans la contrée; et s'il y en a plusieurs de ce genre, on choisira celle qui a jusqu'ici produit le plus de fruit.
N'en pas embrasser trop à la fois. Il y a des gens qui n'ont pas seulement le défaut de procéder avec précipitation pour établir des choses nouvelles, agissant sans prendre le temps de connaître à fond l'esprit du peuple, sans consulter aucun supérieur, sans examiner auparavant quelle dévotion sera le mieux agréée, et pourra produire de plus grands fruits, enfin sans attendre le moment favorable : ils ont un autre défaut non moins préjudiciable, celui d'entreprendre beaucoup de choses à la fois : pour le matériel, ils voudraient en même temps faire de nouveaux autels, agrandir la sacristie, construire un hôpital, ou une maison de religieuses; pour le spirituel, ils voudraient avoir les vêpres, le rosaire, l'oraison mentale, le chemin de Croix, etc. ; et leur pensée «était d'établir tout cela à la fois. Mais un sage et prudent curé n'agit pas ainsi. Après avoir examiné les maux qui dominent dar.s la paroisse, et reconnu les bons éléments que la divine Providence met à sa disposition, il a soin de tracer son pian de conduite, et il met son dessein en avant; mais il le fait peu à peu, jusqu'à ce qu'il ait atteint le but qu'il se propose. On ne le voit point voltiger d'idée en idée, ni entre- rendre aucune chose qu'il ne pourra pas mener à
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bonne fin, car il ne craint rien tant que de s'entendre dire à juste titre : « Hic homo cœpit aediûcare, et non potuit consummare (1). »
Ne pas se décourager. Tout étant bien pesé, après avoir obtenu l'approbation de l'évoque et des personnes qui, par leur piété et leur position élevée, attirent les autres à leur suite, le curé n'a plus qu'à procéder à la réalisation du religieux projet qu'il a conçu. Pour mieux assurer l'heureux succès de l'entreprise, il a soin de faire venir quelque prédicateur renommé qui prépare les fidèles par aifférents sermons, et leur montre les avantages et l'excellence de cette nouvelle institution ; car l'estime du peuple pour cette dévotion sera en rapport avec l'importance qu'on lui donnera, et avec les cérémonies qu'on fera pour l'établir. Si quelques murmures viennent à se faire entendre, ne craignez rien; l'approbation générale les étouffera; et toutes ces récriminations retomberont en mépris plutôt qu'en faveur sur la tète de ceux qui se prendraient à critiquer une conduite si prudente.
Cette Uèvotion établie, il faut la soutenir; car à quoi servirait d'avoir inauguré des dévotions excellentes, si on les laissait ensuite tomber? Par cela môme que la population n'y était pas accoutumée, il sera nécessaire de faire au commencement plus d'efforts pour en assurer l'existence. Voici un curé qui veut implanter dans sa paroisse la dévotion à la Sainte Vierge. Une belle statue lui a été donnée ; il s'agit de porter les fidèles à entourer de leur vénération la sainte
tous les mois il y ait i n bel office à cet autel, et qu'un autre office plus splendide y soit célébré le jour de la fête principale, et on verra combici cette statue sera un puissaat moyen de sanctification pour la paroisse.
(1) Luc xiv, 30.