‹ Le trésor du prêtreChapitre 246 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

dans sa maison et s'insinuer dans son cœur. Comme les dames sont ordinairement plus pieuses, elles peuvent merveilleusement aider dans cette œuvre de salut. Quelquefois donc, la femme avertie d'avance pourra, de concert avec le prêtre, entamer la conversation, parler des fatigues du ministère, et appuyer surtout sur cette pensée, que toutes les peines qu'on prend sont bien payées, quand on arrive à convertir un grand pécheur. A la suite d'une de ces entrevues privées, j'ai eu un jour la consolation de voir communier le lendemain, deux messieurs ; le fils qui, à l'âge de vingtdeux ans recevait son Dieu pour la première lois, et le père qui, arrivé à l'âge de cinquante-sept ans, accomplissait cette grande action seulement pour la seconde fois. Et, à partir de ce moment, celui qui, depuis quarante ans et plus, n'avait pas assisté à la messe, non-seulement fréquenta fidèlement les offices aux jours de fête, mais encore se délit généreusement d'une grande quantité de mauvais livres, richement reliés, qu'il possédait, et, converti en apôtre, il attira un nombre considérable de messieurs a la pratique de la religion. On ne sera «pas toujours aussi heureux; mais la semence évangéliquo ne tombe jamais en vain dans ces cœurs-là; remplis comme ils le sont, par les amertumes et les dégoûts, dont le monde sait faire aux siens une large part, ils ne pourront du moins s'empêcher de gémir. Et, supposé qu'ils n'aient pas la force de rompre les liens du péché, si, en se retirant, le prêtre peut obtenir d'eux qu'ils acceptent et portent une médaille de la Sainte Vierge, récitant tous les soirs trois Ave Maria, il n'y a pas à douter que cette tendre mère ne couronne un jour l'œuvre commencée.

Classe moyenne. Cette classe est sans aucun doute la plus facile à convertir. Elle n'a pas en effet, la grossièreté et l'ignorance de la basse classe, et elle n'a pas non plus l'orgueil, les prétentions et la susceptibilité de la classe élevée, qui dédaigne souvent les avis du prêtre, le regardant comme étant bien au-dessous d'elle. Cependant, on ne doit pas mettre de côté la politesse ni le tact, quand il s'agit de choisir une occasion favorable, ou d'entamer la conversation sur le sujet qui excite le plus l'intérêt du pécîieur qu'on veut ramener; il est toujours bon d'entrer par sa porte, pour le faire sortir par la nôtre, selon la maxime de S. Ignace. Toutefois, il n'est pas nécessaire de chercher une Trésor h. ta

occasion, ni de prendre des précautions avec !e goin et la circonspection qu'on est obligé d'avoir quand il s'agit des riches. Un air noble et franc, un caractère ouvert et qui ne se laisse pas déconcerter par quelque parole peu mesurée qui échappe; un cœur pour ainsi dire impassible, qui, loin de se formaliser de quelque injure, sait parfaitement la dissimule.-, et tout interpréter avec bienveillance, voilà des qualités qui conquièrent facilement des âmes, au premier abord intraitables. On peut, sans tant de préambules, montrer le bonheur incomparable de celui qui se confesse bien, aplanir les difficultés, dissiper les vaines appréhensions dont l'ennemi se sert pour éloigner du sacrement de Pénitence, raconter quelque conversion remarquable; ceci suffira parfois pour adoucir le cœur et le convertir. Les excuses et les promesses aimables ne manqueront pas : « Gras, cras, » dira-t-on comme S. Augustin; mais « si cras, cur non hodie? » Il est nécessaire de savoir mettre un terme aux irrésolutions de la personne dont il s'agit, de lui faire, s'il est besoin, une douce violence, et de profiter du moment de la grâce. Tandis qu'on le peut encore, ne perdons pas de temps.

Classe inférieure. Avec les pécheurs de la troisième classe, on peut procéder avec une plus grande franchise encore. Que de fois, pour les attirer en nombre considérable dans l'église, il suffira de leur dire simplement : « Il y aura ce soir un sermon qui vous plaira ; ne manquez pas d'y assister... Si vous connaissez quelque grand pécheur, quand bien même il y aurait vingt, trente années et plus qu'il ne s'est pas confessé, peu importe; dites-lui de venir en toute confiance. » Combien de fois une invitation de ce genre a suffi pour ramener à Dieu de nombreux et de grands pécheurs! Les pauvres, les ouvriers et les autres gens de la basse classe, loin de prendre mal de semblables invitations, les reçoivent avec plaisir, et se fent une gloire de ce qu'un prêtre les visite et leur adresse une parole amicale. D'autres que ces procédés n'auront pas gagnés, se rendront en recevant une aumône un peu généreuse, ou quelque service important. Ah! combien d'âmes pourrait gagner à Dieu un prêtre poli et industrieux autant que zélé, s'il savait Drohter des occasions sans nombre que Dieu lui offre pour faire le bien ! Soit qu'il aille à pied, soit qu'il voyage en

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