‹ Le trésor du prêtreChapitre 247 sur 311 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

voiture, que de rencontres ménagées par la divine Providence qui, bien utilisées, décideraient du salut de beaucoup d'âmes! Que de prêtres en s'introduisant ainsi dans les fabriques, dans les ateliers, dans les casernes, sont parvenus à arracher d'innombrables victimes à l'enfer !

Malgré tout cela, je crains que quelques-uns, en lisant ces lignes, ne disent : Pourquoi m'exposer à des mortifications, en allant à la recherche des pécheurs 1 S'ils veulent venir, qu'ils viennent ; l'église leur est ouverte, comme aux autres; les instructions ne manquent pas, qu'ils les écoutent, ils sont libres de le faire; les jours de grandes fêtes ils me trouveront au confessionnal ; je suis disposé à les entendre à quelque moment qu'ils m'appellent; mais aller à leur recherche, ce serait avilir et presque exposer mon caractère et mon autorité. Et le prêtre qui tiendrait ce langage, pourrait prononcer ces mots : « Ego sum pastor bonus ! ... » Est-ce qu'il ne trouverait passa condamnation dans ces paroles :« Conus pastoranimamsuamdat proovibussuis(l)? »Ne se verrait-il pas dépeint dans celles qui suivent : a Mercenarius, et qui non est pastor... dimittit oves? » Oui, il laisse ses brebis; l'évangile ne dit pas ici qu'il les empêche de retourner à la bergerie, mais seulement qu'il n'a pas souci d'elles : « fugit : » Use trouve partout, excepté là où il y a quelque brebis à sauver : voyages de plaisir, jeux, entretiens frivoles, lectures et conversations insipides, tout l'occupe, excepté le salut de ses brebis. Et pourquoi? « Quia mercenarius est, et non pertinet ad eum de ovibus. » Faut-il alors s'étonner si le loup vient et disperse le troupeau 1 Ohl que la conduite du Sauveur Jésus est différente ! « Et alias oves habeo, quae non sunt ex hoc ovili, et illas oportet me adducere, et vocem. meam audient. » Pesons avec soin ces admirables paroles : « Il faut que je les appelle et que je les porte à la bergerie. » Gela veut-il dire que je n'ai qu'à les attendre; et qu'elles viennent, si elles feulent venir? Et quand une seule brebis quelle qu'elle soit vient à s'égarer, que fait ce divin Pasteur? « Nonne dimittit nonaginla novem in deserto, et vadit ad Uani quae perierat (2). » Il n'attend pas qu'elle vienne, luimême court après eiie; et il ne se repose, et il n'a de paix que quand il l'a trouvée : « Yadit ad illam... donec inve-

(1J Jcmn. x. (2) Matth. xvin, 12.

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Ti'at eam. » Et quelle joie il éprouve, quelles félicitations il désire qu'on lui adresse, quand il parvient à la trouver! Est-ce que par hasard cela est exposer, avilir son autorité, «on caractère divin?

Mais admettons qu'il y ait des curés assez timides, des prêtres assez pusillanimes pour n'avoir pas le courage d'aller a la recherche du pécheur. Alors, au moins en ce cas, pourquoi n'excitent-ils point le zèle des séculiers, et ne les emploient-ils pas à un si saint apostolat? Quelsfruits, quelles conversions admirables ils obtiendraient, s'ils se servaient ■de ce moyen aussi simple qu'efficace! Il y a eu des misdont le succès était tr-ès-douteux parce que ceux-là précisément qui avaient besoin de sermons taisaient la sourde oreille. Mais heureusement de grands pécheurs convertis et changés en apôtre- produisaient les fruits les plus abondants, en allant, sous l'inspiration du missionnaire dans les réunions, en faisant partout l'éloge des cérémonies, en publiant le bonheur qu'ils éprouvaient de s'être bien confessés 1 . J'ai connu des servantes dont les maîtres, au lit de mort, ne voulaient pas entendre parler de confession ; s'insinuant peu à peu dans le cœur de ces infortunés, elles arrivaient a faire évanouir en eux la vaine appréhension qu ils avaient de ce sacrement si consolant; et elles préparaient si bien leur esprit, qu'ils mouraient dans les plus pieux sentiments, après avoir reçu tous les secours de la sainte Eglise. Deux enfants qui n'avaient pas encore dix ans, amenèrent un jour à mes pieds leurs pères, dont l'un ne s'était pas confessé depuis vingt ans. et l'autre depuis vingt-cinq. Et que de conquêtes ne font pas chaque jour, sous nos yeux, les associés de S. Vincent de Paul, et même des hommes qui avaient été durant de longues années des pierres de scandale et des pièges très-funestes pour un nombre infini d'âmes!

Ô vénérables prêtres, quel changement prodigieux s'opérerait dans le monde, si nous savions sagement profiter de l'ascendant qu'une mère a sur ses fils, une sœur sur ses frères, une femme sur son mari, un ami sur son ami ! Que d'ateliers, de familles, et de paroisses entières pourraient être réformées par ce moyen ! Quelle puissante ressource il y aurait là, pour enraciner dans l'âme des pénitents que

(1) Voir du exemple frappant. L VIII, ch. n: § 3, de ce volume.

nous dirigeons, la patience, l'humilité, la charité et les plus héroïques vertus, par la simple raison qu'il est impossible d'obtenir la conversion des autres, tant qu'op trouve en soi des vices à reprendre! a Ignem veni miitere in terram, et quid volo nisi ut accendatur (4) ? » Voilà de? paroles que chacun devrait se dire à soi-même. Mais hélasque de confesseurs ont dirigé des personnes capables d'entreprendre de grandes choses et qui, perdant avec elles chaque semaine des heures entières, n'ont pas peut-être, dans le cours de tant d'années, consacré une seule minute à les associer à la plus utile et à la plus divine de toutes les œuvres, le salut des âmes!

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