DEUXIÈME PARTIE
désirable. Si Jn avait soin de lire quelque explication des mystères, de réciter les prières doucement, respectueusement, clairement et distinctement, et de répandre un peu d'agrément sur cet exercice par le chant des litanies ou d'un couplet en l'honneur de la sainte Vierge, le Rosaire offrirait alors un tout autre attrait; si enfin on y joignait une autre petite dévotion, il pourrait fournir les éléments d'une cérémonie intéressante pour le premier dimanche de chaque mois.
Nous faisons déjà l'oraison mentale. Je crains, vénérables prêtres, que l'oraison ne soit un aliment trop substantiel. Notre société est bien malade, et tous les malades ne peuvent pas digérer le pain des forts. Tout ce. que vous obtiendrez par l'oraison mentale, ce sera d'édifier an petit nombre de personnes pieuses. Et assurément, là où se trouve une quantité considérable dames intérieures, comme dans certaines villes ou villages importants, cette pratique sera très-salutaire, môme tous les jours; mais, comme dans la cérémonie du soir des jours de fête, le curé doit se proposer, non pas tant de nourrir la piété des personnes dévotes, que d'éloigner du péché tant de chrétiens qui se jettent témérairement dans les plus grands dangers, on devra, je crois, se servir de moyens plus attrayants, et s'efforcer d'attirer le peuple par des cérémonies plus intéressantes.
Quelles cérémonies conviendra-t-il de faire? Il est difficile de donner ici une réponse catégorique, car le caractère, les besoins, les goûts et les usages des populations varient singulièrement. Cependant, on peut dire en général qu'il sera presque toujours bon de commencer par la récitation du saint Rosaire ; ensuite on pourra l'aire le chemin de la Croix ou une instruction précédée et suivie du chant d'un can-^ tique. Ainsi, en ayant soin de célébrer un dimanche quelque office en l'honneur de la sainte Vierge; d'exposer un autre dimanche le Saint-Sacren.ent; de joindre à cela les exercices marquées plus haut, on attirera beaucoup de monde à l'église. L'Ancre du salut ou la Rèyle de la vie chrétienne, offre aux curés une multitude et une grande variété de dévotions, comme le trisagion, la cour de Marie, et le chemin de Croix; j'ai ajouté différents couplets et cantiques dans le but de rendre plus agréable ces pieuses pratiques. Il y en a qui savent également attirer beaucoup de monde-
en faisant lecture de la vie d'un saint, ou en expliquant d'une manière gracieuse et intéressante les simples matières du catéchisme.
Que les offices ne soient pas longs. En général, ils ne devraient pas durer plus d'une heure et un quart. Combien de curés s'étaient concilié la vénération et l'estime universelle de la population, en obtenant que non-seulement les personnes pieuses, mais encore les pères de famille et la jeunesse elle-même assistassent, aux cérémonies qui avaient lieu dans l'après-midi les jours de dimanche et de fête! Tout annonçait une salutaire réaction, et une réforme dans les mœurs. Mais entraînés par un zèle exagéré, ils sont devenus si longs, si prolixes dans leurs exercices, que la fatigue et l'ennui ont fini par s'emparer du peuple déjà si inconstant; ils ont embrassé tant de dévotions, ils ont retenu si longtemps le monde à l'église, que bientôt les flatteuses espérances qu'on avait conçues se sont évanouies, et ils ont fini par ne plus avoir auprès d'eux qu'un petit nombre de femmes pieuses.
Chant religieux. 11 faut former de bons chantres. On ne saurait dire combien cela contribue à la splendeur du culte, et à l'assistance du peuple aux offices. C'est par ce moyen
Suc la religion s'est conservée en France, en Belgique et en autres pays. Quel malheur que cette puissante res-ource soit négligée dans certains séminaires qui, en ne prenant pas soin d'enseigner le plain-chant aux jeunes gens, privent les
Farcisses d'un des meilleurs moyens d'attraction que possède Eglise! Comment le curé enseignerait-il ce qu'il ignore? Le peuple attiré par la beauté du chant suit volontiers les offices; il répète ensuite les cantiques religieux qu'il a appris, et laisse de côté les chansons profanes; les chantres, qui peut-être n'y assisteraient pas, piqués par L'amourpropre y viennent et en amènent d'autres avec eux. De temps en temps, il est vrai, il faudra leur donner un dîner, ou gagner leurs bonnes grâces par quelque présent; mais comme ces petits sacrifices se trouvent payés, ici-bas, par les fruits abondants qu'on recueille, et plus tard par l'immense récompense de la félicité éternelle 1