‹ Le trésor du prêtreChapitre 26 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

est quod effunditis, nobis crudeliter subtrahitur, quod inaniter expenditis : nostris necessitatibus detrahitur quidquid accedit vanitatibus vestris(l). » Et ailleurs : « Quidquid praeter necessarium victum et simplicem vestitum le al tari rétines, tuum non est, rapina est, sacrilegium Kst (2). » Ah ! que répond rez-vous au souverain Juge, père :1e l'orphelin et de la veuve, quand il vous reprochera sévèrement votre conduite ? Faites-donc l'aumône ; ne renvoyez jamais les pauvres, ne les traitez jamais avec mépris, surtout si ce sont des pauvres honteux. Faites en sorte que : aumône spirituelle accompagne l'aumône corporelle, en exhortant ces infortunés à la patience, à la fréquentation des sacrements, à l'assistance au catéchisme et au sermon. Oue! prêtre zélé ne sera pas ému en voyant, toute une classe lie personnes, qui pouvaient acquérir de si nombreux mentes pour le ciel, passer leur vie dans l'ignorance et la corruption la plus profonde? Ces malheureux, apportant pour excuse leur pauvreté, ne communient pas, ne vont pas à la messe; ils vivent des années entières en concubinage: l<:s personnes de différent sexe couchent ensemble ;et, parmi eux, on n'entend que paroles indécentes, et que blasphèmes horribles. Et ce serait un bon pasteur, le prêtre qui, voyant ces maux, ne ferait rien pour y remédier?... Pourquoi donc n'irait-il pas quelquefois visiter les pauvres dans leurs demeures? Pourquoi, sous prétexte de leur faire l'aumône, ne chercherait-il pas à les instruire? Comme il serait bon que rfans les villes et dans les gros villages, on donnât une petite mission, on prêchât les exercices à cette classe qui e'n a si gi and besoin, et qui est si oubliée ! D'autant plus que ces mal« h.'ureux n'auront pas d'autre instruction civile et religieuse, que celle que peut leur donner leur propre pasteur animé du zèle des âmes.

Malheur du prêtre avare. « Ceux qui veulent devenir riches, tombent dan^ la tentation et le piège du diable, et en divers désirs inutiles et pernicieux, qui précipitent les hommes dans l'abîme de la perdition et de la damnation (3). » L'apôtre appliquait avec raison ces paroles à tout le monde. Avec combien plus de vérité, doivent-elles donc s'entendre

(1) Ep. 42. (2) Ep. ad Henric. Senon. (3) I Tim. vi, 9.

de l'ecclésiastique, appelé par sa vocation à un détachement plus absolu des biens périssables de ce monde et à une sainteté plus élevée"? C'est pour cela que l'apostolique père Pierre Calatayud disait : Parmi tous les vices qui nuisent à l'ecclésiastique, il non est aucun qui porte une empreinte plus profonde de réprobation que l'avarice, d Le Saint-Esprit n'a-t-il pas dit lui-même : « Avaro nihil est scelestius; nihil est iniquius, quam amare.pecuniam (■!',. » L'avarice n'est pas seulement un mal ; elle est la source et la racine de tous les maux. « Radix omnium malorum est cupiditas 2). » Comparaison souverainement juste ei philosophique! Car, de même que la racine est cachée dans la terre, et qu'elle est aussi féconde que difficile à extirper, ainsi ce vice, tout en ayant une extrême fécondité, se cache et se couvre sous le manteau des plus spécieux prétexte.-, et jette dans le cœur du prêtre des racines si profondes, qu'elles ne peuvent être extirpées sans la plus grande difficulté. A mesure que l'homme approche du déclin de la vie, ses passions quelque fortes et violentes qu'elles aient été, s'apaisent et perdent leur vigueur : seule l'avarice, dit Senèque, acquiert avec la vieillesse de la force, de !a puissance. C'est une fatale hydropisie de l'âme, car plus l'avare accumule, plus il désire : « Crescit amor nummi. quantum ipsa pecunia crescit 3). » Ce qui lui manque lui cause plus de chagrin, que ce qu'il possède ne lui donne de contentement ; et il vit ainsi dans un perpétuel tourment, désirant, cherchant toujours davantage, et soupirant sans cesse après de nouveaux trésors.

Et cependant, ces biens sont si misérables que « por onerant, amata inquinant, amissa cruciant i . » Une fois que cette soif insatiable du gain s'est emparée du cœur d'un

Êrôtre, quel souci voulez-vous qu'il puisse avoir des âmes? t qujl amour de la gloire de Dieu? Et quel zèle pour le salut du prochain? Il pourra bien donner à sa cupidité un aspect honnête, la couvrant du voile de la prudence, de l'économie, de la nécessité ; il pourra bien excuser ses scandaleux trafics, ses procès, ses fraudes, ses violentes exactions, ses usures, ses oppressions, en apportant de

1 Eccli. i, 9,10. (2' I Tira. -vi, 11. (3) Ovid. (4) Bern. cp. 103.

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