DEUXIEME PARTIE
beaux prétextes, comme celui d'aider le prochain, de soutenir les droits de l'Eglise, la dignité de son état, et parfois la splendeur de la maison de Dieu ; tout le monde dira : « Non quia de egenis pertinebat ad eum, sed quia fur erat et loculos habens ea quae mittebantur portabat (1). » Fasse le ciel que, au jugement dernier, il ne soit pas constaté que tel a été l'unique mobile qui a poussé un grand nombre de prêtres à déployer tant de zèle pour le bien de telle confrérie, de telle église, de telle œuvre si hautement recommandée! Et Dieu veuille qu'à l'heure de la mort, pour beaucoup de prêtres, le fruit de tant de sermons, de tant d'offices récités, de tant de messes, de solennités, ne vienne pas à s'évanouir! Ah ! la triste récompense... que celle d'un misérable lucre pécuniaire!
Maux causés par ïavarice. Mais plût à Dieu que les maux causés par l'avarice s'arrêtassent là! Plût à Dieu que cette funeste passion n'introduisît pas dans le Sanctuaire d'autres Ananies et d'autres Saphires pour mentir à l'Esprit— Saint (2); de nouveaux Simon le Magicien qui aient la présomption d'acheter à prix d'argent les biens spirituels de la grâce (3) ; surtout de nouveaux Judas qui, pour un vil gain, trahissent indignement leur divin Maître! Mais non; le mal arrive jusqu'aux proportions les plus désastreuses : témoin tant de fondations pieuses et de Messes non acquittées ; tant de personnes riches non averties ou indu ment absoutes, afin de ne pas perdre certaines aumônes ; tant de procès injustes, tant de trafics usuriers, tant de pauvres opprimés, et qui sait combien de scandales donnés ou causés. Et, pour que personne ne croie que nous exagérons ici, voici le portrait fidèle d'un tel prêtre tracé par S. Charles Borromée :
« Avaritia omnia quibus miscetur, coinquinat ; haec Missas, haec choros, haec praedicationes, haec funeralia maculât, cum propter cupiditatem et avaritiam fiunt. Quam multi Sacerdotes sunt, alias boni, modesti, integrae vitae, studiosi, exemplares; sed haec maledicta tenacitas et avaritia eos Deo et populis reddit exosos, ac eorum vitae et praedicationibus omnem adimit fidem ! Non est quod dicat quis-
(1) Joan. Mi, 6. (2) Act. v, 3. (3) Act. vin, 18,
piam : ego avarus non sum, quia aliéna uou rapio, quia ioenera non exerceo, quia contractus illicitos non facio : Mais combien hélas! ne pourraient pas même dire ceia)î n^que in bis solis avaritia consistit, sed plurimas habet radiées, et ad alia multa se extendit. Alii Missarum obligationibus plurimis se onerant, quas nec postea persolvunt; alii chorum lucri tantum gratia fréquentant ; alii sordidiss.mi funeralium mercatores videntur. 0 si Ecclesise et aitaria loquerentur, quara multas audiremus querelas !
Il ee avaritice pestis omnia contaminât hoc solo fine sa-
cerdotium miser suscipit, ut ditetur, ut parentes ex inopia sublevet et nepotes (4). »
Remèdes. Vénérable prêtre, qui voyagez au milieu de ce monde séducteur, si, comme Tobie. un monstre vous attaque, i avarice, « exentera hune piscem », vousdirai-je avec fange Raphaël, i et cor ejus, et tel, et jecur repone tibi (2). » Ouvrez ce monstre, considérez-le, et faites comme l'anatomie de son intérieur et de tout son corps; et, loin de vous dévorer, il vous fournira un remède très-utile. Vous trouverez en lui, dit Hugues. inEzèchiel IV, « cordis sollicitudinem in custodiendo divitias. » Quelle sollicitude, quels soins, quelles peines pour conserver les richesses! « Invenies fel, id est amaritudinem et dolorem in amittendo. » Quelle amertume. quel dégoût pour un ecclésiastique, qui, mettant tout son b( nheur à acquérir telle prébende, telle paroisse, tel avantage temporel, se le voit enlever des mains par la disposition des supérieurs ou de la divine Providence! « Considéra jecur, id est ardentem cupiditatem in acquirendo : per ista, si bene considerentur, illuminatur homo. » Oui. quand bien même le fumier de ces biens périssables, c'est ainsi que parle l'Apôtre : « omnia arbitror ut stercora (3) », vous aurait entièrement aveuglé, la considération attentive d ; ces trois choses suffira pour vous rendre la vue, pour vous faire mépriser généreusement les richesses, ou au moins pour vous porter a en user sobrement, justement et sagement.
\\) Eccl. mediol. part. 2. conc. 6, syn. % (2) Tob. v. (3) Philip, in, S.