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MOIS DE MARIE

Importance de ce mois. Yoilà une des plus belles et des plus séduisantes dévotions, que l'ingénieuse piété des fidèles a inventée, dans ces derniers temps. L'heureuse pensée que celle de consacrer à la mère du bel amour, le plus beau des

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mois de l'année! Le mois de mai, le mois des fleurs, le mois de la mollesse et de la sensualité, si funeste à tant d'âmes, le mois de la dissipation, converti par le magique pouvoir de la Vierge, en un mois délicieux de pures et odorantes vertus, en un mois de ferveur et de sainteté, en un mois de Marie!... Où trouver un spectacle aussi enchanleur! Tandis que la nature plus riche et plus ornée qu'en aucun autre temps de l'année, chante un cantique à Dieu avec les couleurs inGniment variées et l'arôme embaumé de ses fleurs, avec le suave murmure de ses eaux limpides comme le cristal, avec le mélodieux gazouillement aes oiseaux, avec le souffle si suave du zéphir et le torrent de lumière et d'allégresse que le roi des astres répand à flots de toutes parts; tandis qu'avec des accents muets, mais pleins d'éloquence, cette nature splendide, s'en va répétant : *« Gloire au souverain Créateur », les fils bien-aimés de Marie rivalisent avec elle; et, par la profusion des lumières, la magnificence des autels, la richesse des ornements, la variété des fleurs, l'harmonie des cantiques, la sublime inspiration des artistes et l'éloquence séduisante des prédicateurs les plus distingués, ils lui prêtent de nouveaux accents, interprètent ses harmonies silencieuses et s'écrient . « Gloire à Dieu, gloire à Marie I » Et quel bonheur pour un pasteur, si, grâce à sa vigilante sollicitude, il obtient de voir son petit troupeau s'unir à cet admirable concert de voix et de cœurs enflammés d'amour pour la Sainte Vierge, qui, célébrant le mois de Marie, répètent dans tout l'univers catholique : « Gloire à Dieu, gloire à sa très-sainte Mère, gloire à Marie notre reine et aussi notre mère à nousl » Quel bonheur d'unir nos louanges et nos hommages aux hommages et aux louanges que rend le monde entier à la mère de Dieu! ■

Le mois de Marie a une très-grande importance, non-seu- Jement parco qu'il confirme dans les cœurs la dévotion à la Reine des Anges, considérée par les saints comme un gage assuré de prédestination, mais encore parce qu'éloignant les fidèles des dangers multipliés que présente la saison de l'année la plus séJuisante, il soutient en eux et développe les bonnes résolutions prises au Carême. Aussi, Pie VJ1 a accordé trois cents jours d'indulgence pour chaque jour où on offre durant ce mois, un tributde louanges à Marie, outre l'indulgence piénière qu'on gagne eo se confessant et en

communiant une fois en ce mois (4). Le ciel, d'un autre coté, se plaît à répandre de grandes bénédictions sur cette dévotion si fructueuse : pendant le mois de Marie, j'ai vu de trèsnombreuses conversions, tant de malheureuses personnes qui, depuis vingt jusqu'à trente, quarante ans et plus, cachaient'par honte des péchés à leur confesseur, que d'autres qui, durant un temps aussi long et même plus considérablej n'avaient reçu aucun sacrement.

Moyen de le faire avec fruit. On peut considérer trois classes de paroisses : les unes sont considérables et situées dans des cités ou des petites villes; les autres ont une population moyenne; beaucoup d'autres enfin sont très-petites, ne formant que des villages insignifiants, soit à cause du nombre fort restreint des familles, soit à cause de la grande distance qui sépare les habitants de l'église.

Dans les premières, on peut faire le mois de Marie avec la plus grande magnificence ; soit le matin, en y consacrant seulement trois quarts d'heure, partagés entre la messe et le mois de Marie ; soit le soir. Mais alors ces exercices ne dépasseront pas l'espace d'une heure les jours de travail ; et on emploiera ce temps à chanter des cantiques, à réciter le Rosaire et à entendre la parole de Dieu. Les Belges déploient en ce mois beaucoup de pompe et de splendeur. Dans le sanctuaire ou dans la principale nef de l'église, ils élèvent un autel magnifique orné de riches lauriers, de tentures, de guirlandes de buis et de fleurs qui* s'entrelacent avec un goût exquis, et qui embellissent l'église tout entière, ou au moins la partie correspondant à l'autel de la sainte Vierge. Souvent, le dernier jour du mois d'avril, ils font une procession qui appelle l'attention des fidèles, et ils portent en triomphe la Vierge sacrée pour la déposer sur sou trône. A quatre heures et demie ou à cinq heures du matin, un prêtre dit la messe, durant laquelle on chante les litanies de la

[t) Des faveurs semblables ont été récemment accordées pour le mois de Mars consacré à S. Joseph, par Pie IX (7 avril 1865]. Mais il faut s'arranger de façon à ce que cette solennité ne nuise pas au fruit spécial du carême. Il ne conviendrait donc pas de déployer durant le mois entier une splendeur qui serait contraire à l'esprit de recueillement et de componction que l'Eglise veut nous inspirer en ce temps consacré à la pénitence.

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