DES AUTRES CHOSES QUI SONT DEFENDUES AU PRETRE
Comme certains ecclésiastiques ignorent ou oublient facilement que beaucoup de choses, permises jusqu'à un certain point, ou tolérées pour les séculiers, sont cependant interdites aux prêtres par les saints Canons, nous ferons ici un résumé des principales, afin qu'ils les aient toujours présentes à l'esprit, et qu'ils les évitent avec un soin religieux.
Le théâtre. Si l'on considère, avec toute l'attention que mérite un tel sujet, la sainteté exigée par la dignité sacerdotale, et ce que nous avons dit au chap. iv, § 3 de ce volume, on comprendra combien un ecclésiastique au théâtre est déplacé et répréhensible. Quand bien même il n'y aurait pas ici une défense formelle de l'Eglise, on devrait avoir un motif plus que suffisant de se tenir éloigné de tout spectacle profane, dans l'engagement pris devant Dieu, au baptême, de renoncer aux pompes et aux vanités du siècle, et dans la promesse solennelle faite au Seigneur d'embrasser une vie sainte, pure et mortifiée. Un prêtre, dont le devoir est de porter les fidèles à une souveraine pureté de cœur et à une exacte mortification des sens, plus par ses exemples encore, que par ses paroles; un homme qui doit s'opposer avec tant de vigueur a la rébellion de la chair, à la fougue des passions, à la fourberie du tentateur, toujours si ingénieux, si infatigable quand il s'agit de causer notre ruine et de nous perdre éternellement ; un homme qui prêche aux'autres avec tant d'éloquence, l'importance du salut, la nécessité des bonnes œuvres pour l'obtenir, et le danger imminent de le perdre où se trouvent tous ceux qui s'exposent volontairement aux occasions. « Qui amat periculum, in illo peribit(/l ) »; un ii mme, choisi par Dieu pour faire la guerre aux vices, détruire la puissance de l'enfer, renverser les maximes du. siècle, un tel homme oserait apparaître au milieu des assemblées les plus profanes qu'il y ait au monde! Celui qui agi-
(i) Eccl. m, 17.
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rait de la sorte, montrerait-il qu'il a un grand empire sur ses passions ? Quel respect, quelle dévotion pourrait-il inspirer au peuple ."quand ensuite. sou> ses yeux, il exercerait l-vs fonctions du ministère sacré? Est-ce qu'il n'infligerait p? an déshonneur suprême, une souveraine injure au ministt sacré dont il est revêtu . à la sainte Eglise, et à tout ie peuple chrétien?
Un prêtre au théâtre! Dans un lieu où tout ce qu'on voit, tout ce qu'on entend est fait pour exalter les sens, et allumer la flamme de la concupiscence; dans un lieu où le luxe, les décors, les chants, la musique, le monde, tout tente tout captive l'esprit par les objets les plus séduisants, endort la raison, tout conspire contre la délicate vertu de pureté! Un prêtre au théâtre! Un docteur, un médecin, un maitre des âmes qui écoute, autorise et sanctionna, par sa présence, les plus honteuses 1 çons de tromp rie, de vengeance, d'intrigues amoureuses, d'ambition, et de tout ce qu'il v a de plus dégradant dans les passion- du cœur humain] Celui qui ferait cela pourrait-il se dire un arbre fertile dans l'héritage du Seigneur, le sel de la terre, la lumière du monde, le représentant de Jésus-Christ : "l'homme chargé de soutenir ses intérêts, de dispenser ses grâce-, d'étendre son règne, et d'appliquer le mérite de son sang divin? Ne serait-il pas plutôt un ministre de ténèbres, un sarment ariée qui. séparé de la Vigne suprême, n'est bon qu'au feu, selon l'expression du Sauveur 1 ?
Je ne m'étonne plus de voir les ^Conciles, les Synodes, les Pères de l'Eglise, usant de toute la puis-ance de leur autorité, frapper d'anathème un tel abus. Le Concile ne Laodicée en 375, s'exprime ainsi : « Les ministres de l'autel et les autres clercs, à quelque rang de la hiérarchie qu'ils appartiennent, ne doivent pas assister aux spectacles qui ont lieu, soit aux noces, soit sur la scène. » D'autres Conciles font la même défense, particulièrement celui de Venise, d'Agde, celui de Bordeaux, celui de Bourges, celui d'Aix, et d'autres encore. Au premier Concile de Milan, qui n'a pas moins d'autorité que ceux dont nous venons de parler, Saint Charles Borromée renouvelle ces saintes lois
(\) Joan. XV, 6,