‹ Le trésor du prêtreChapitre 282 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

tions, les théâtres, etc.; il suffirait qu'il signalât, d'une manière quelconque, la faiblesse qu'a l'autorité de permettre à la jeunesse des promenades nocturnes, le peu de droiture des juges, les fraudes de certaines classes de personnes, et surtout celles d'un certain parti, pour rendre stérile la mission dans le pays et en beaucoup d'autres endroits encore. Ou il ne faut pas traiter de pareils sujets, ou il faut le faire avec une grande circonspection, avec délicatesse, vers la fin de la mission; et on ne doit jamais aborder le terrain de la politique.

Il ne faut pas non plus épuiser dès les commencements toute la série des sermons véhéments; ce serait fatiguer les bons, et les tenir trop longtemps sous le poids d'une crainte qui pourrait facilement dégénérer en défiance et en désespoir. Et puis il ne resterait aucune ressource pour ébranler les pécheurs opiniâtres qui n'ont pas voulu venir au commencement de la mission, ou qui n'ont pas pu encore s'y rendre à cause de la distance du lieu. Ayez donc égard à la disposition, à la classe, aux besoins des auditeurs, et, comme un sage médecin, appliquez le remède convenable. Vous voyez que l'auditoire est dissipé: il importe alors de l'abattre avec une vérité qui produise en lui une profonde sensation. Vous le voyez au contraire découragé, accablé d'émotions pénibles": c'est alors que vous devez le ranimer en lui inspirant de la confiance en la bonté divine ; et, même au milieu des sujets les plus terribles, l'expérience enseigne qu'il 'est toujours bon d'encourager l'auditoire par la pensée de la miséricorde, à l'imitation de Jésus-Christ qui connaissait si bien le cœur humain.

Confessions.

Voilà le point le plus important de la mission. C'est en vain que le missionnaire so sacrifierait, en vain que, la sueur au front, il sèmerait la parole divine, si de bons confesseurs n'étaient pas là en nombre suffisant pour recueillir de lignes fruits de pénitence.

Missionnaires. Il faut donc que les missionnaires se consacrent à ce ministère si pénible et si important, dans la mesure que le permettent leurs forces et le temps nécessaire pour repasser ou préparer leurs sermons. C'est là qu'ils

apprendront les véritables besoin ^ du pays; c'eft là qu'ils verront les vraies dispositions des pénitents et qu'ils sauront jusqu'à quel point la mission produit des fruits. Combien de pécheurs sont venus près de moi recommencer leurs confessions mal faites, en me disant : « Mon père, je voulais me confesser à un missionnaire et je n'ai pas pu ; et ainsi, je n'ai pas eu le courage de déclarer mes péchés. »

Que personne n'occupe donc les confessionnaux des missionnaires ; et il serait même convenable qu'au moins les confesseurs les plus assidus eussent leur confessionnal fixe, portant leur nom, pour éviter des erreurs et des contretemps désagréables qui ont plus d'une fois donné lieu à des sacrilèges.

Nombre des confesseurs. Il n'est pas possible que tous se confessent aux missionnaires ; il faut donc appeler un bon nombre de confesseurs : plus ils seront expérimentés, patients, inconnus, mieux ce sera ; car alors les pénitents leur ouvriront leur cœur en toute liberté et avec un immense profit. Il y en avait plus de quarante dans la mission de Boltagna ; et, bien que la paroisse ne contînt pas plus de neuf cents personnes capables de communier, que les confessions eussent lieu le matin et le soir, et qu'elles eussent duré tous les jours de la retraite, excepté le premier, nous avons pu à peine les terminer, et il nous a fallu plusieurs fois donner ia communion à une heure fort avancée (1). Il n'y a en cela rien d'étonnant, car les communions ont dépassé quatre mille.

Confessions générales. Tous s'efforceront d'amener le pé~ nitent à faire une confession générale, à moins qu'il ne soit scrupuleux ou qu'il en ait déjà fait dans d'autres occasions.

(1) Deux messes : il conviendra parfois que les vénérables prélats accordent à quelques-uns des prêtres qui restent dans les paroisses la permission de dire deux messes un jour de fête, si cela est nécessaire, soit dans une église différente, soit dans la même. Sans doute Benoit XIV met la condition que ces messes soient célébrées dans deux paroisses ou dans deux localités séparées, comme nous l'avons dit plus haut page 398 du premier .volume; mais il ne laisse pas cependant de regarder comme un motif légitime celui qui est allégué par le concile de Nîmes célébré en 1284, où il est dit : « sive uns tantum sit ecclesia, in qua missa celebratur, et ad quam iu^iiiiul universus populus convenire non potest. » Bull. Declarasti.

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