‹ Le trésor du prêtreChapitre 286 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

nécessaire d'examiner d'abord si le zèle est « secundum scientiam », c'est-à-dire selon la véritable prudence qui a pour règle l'esprit de Dieu. En un mot, on ne doit faire aucun essai dont on n'est pas sûr à l'avance d'obtenir d'heureux résultats. Car, à quoi servirait d'exciter un certain enthousiasme momentané parmi le bas peuple, si la réflexion amenait ensuite sur les lèvres le sourire du mépris? Une seule excentricité, un seul sourire de ce genre, suffirait pour rendre stérile la plus importante mission, et à quoi serviraient alors les sanglots et les cris de quelque femme simple? Prédication sw la place publique. On pourrait aussi, dans certaines localités, prêcher sur les places publiques (1 ) ; mais il ne faut pas le faire sans une absolue nécessité, et sans le consentement de l'autorité civile. Et alors'les femmes doivent être séparées des hommes, et il ne faut permettre ni de monter sur les murs, ou sur les toits, ni de se mettre aux balcons et aux fenêtres, à cause des accidents fâcheux ou du moins des distractions qui en pourraient résulter. On établit un autel convenable dans un enfoncement qui forme une espèce de sanctuaire, et on y place des bancs pour le clergé et les autorités; puis, afin de rendre cette multitude silencieuse, on peut la faire sortir processionnellement de l'église, ayant à sa tête un crucifix ou toute autre image pieuse ; le missionnaire, du haut d'un balcon-, ou de la chaire qu'on a eu soin d'ériger, dominera cette foule et la maintiendra facilement dans le silence et le respect convenable, surtout si tout le monde s'agenouille pour réciter ou achever le saint rosaire avant la prédication, et si, tandis qu'elle a lieu, les gardes civils ou municipaux ont soin de veiller au maintien de Tordre, à l'extrémité de l'auditoire. Quand le succès de la prédication sur la place semble devoir être douteux, soit parce que l'endroit n'est pas bien adapté à ce but, soit parce qu'il fait mauvais temps, soit parceque le peuple est trop dissipé, il est mieux de se sacrifier et de prêcher en même temps dans deux églises différentes, comme nous avons fait à Lerida, Palma, Castellon de la Plana, Tortosa, Argel, Calatayud,la Corogna; et, supposé qu'il ne soit pas possible de faire entendre la parole de Dieu dans les deux églises en

(1) L'auteur cite ici plusieurs endroits où cela a été pratiqué avec fruit.

même temps, on pourra alors réunir les hommes le soir, et les femmes dans fe courant du jour.

Les populations doiient venir en procession. Il faut que les populations viennent et retournent processionnellement en chantant le saint rosaire, quand bien même elles se rendraient à la mission tous les jours; cette pratique est trèsédiûante, et elle empêche quelquefois les inconvénients qui pourraient résulter de l'agglomération trop considérable a' ev trangers; elle excite en outre un tel enthousiasme, que l'homme le plus impie n'en pourrait être témoin sans verser des larmes. Aussi les hommes de cette sorte sont réduits à l'alternative ou de s'absenter ou de se rendre à la crâce.

Communions générales. Si on les fait avec la pompe et la dévotion dont nous avons parlé plus haut, cinquième moyen, elles contribuent puissamment à ramener à Dieu les pécheurs les plus obstinés. Quand ceux-ci voient s'approcher de la table sainte les autorités, les membres du tribunal, le commandant de place, les personnes les plus notables, et d'autres qui, depuis vingt ans et plus, ne l'avaient pas fait ; quand, dans la contrée, ils entendent dire qu'il y avait Bes milliers de personnes à la communion générale, comment faire pour résister? Mais souvent on commet ici une très-grave faute, c'est celle de ne faire qu'une communion générale un jour de fête, ou le dernier jour de la mission. Il faudrait faire comme à Barbastro, par exemple, où, un vendredi, jour de travail, plus de deux mille deux cents personnes s'approchèrent de la table eucharistique; et, comme il y avait encore deux jours de mission, nous pûmes facilement laisser pour l'après-midi du vendredi et les jours suivants les confessions générales qui se présentèrent, nous faisant une loi de n'entendre que les réconciliations dans la matinée de la communion. Cette cérémonie ayant attiré, outre les personnes pieuses et beaucoup de gens de la classe aisée, tous les autres qui étaient animés de bonne volonté, on vit tout ce monde communier; les quarante confesseurs que nous avions débarrassés de cette multitude, entendirent les confessions des gens en retard et des ouvriers qui, les uns par indifférence, les autres par défaut de temps, n'avaient pas encore communié; et, ce qui est l'essentiel, tous purent faire une bonne confession, et le nombre des hvsties qu'on distribua en cette mission, monta à plus de

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