DEUXIÈME PARTIE
confesseur et le pénitent, ou entre le missionnaire et l'incrédule. Cela me semble préférable. Une seule fois je me suis servi d • ce moyen dans une paroisse; il est vrai que sur deux mille quatre cents personnes capables de communier, le curé n'était pas sûr qu'il y eût quarante hommes lidèles au devoir pascal; mais je n'ai pa- vu que cette méthode eût produit. des résultats extraordinaires. Je l'adopterais plutôt dans ie cours de l'année pour des cités populeuses, comme on fait en lialie, afin d'attirer du monde à l'instruction; et encore, en ce cas, il ne faut pas oublier que le peuple Italien est moins grave que le peuple Espagnol.
Prêcher aux hommes séparément. Voilà une chose qui a produit un grand résultat en France, et également en Espagne, soit à Madrid, dans les exercices que donna Monseigneur l'Archevêque Antoine Claret, soit dans les autres essais de ce genre que nous avons faits en plusieurs endroits. C'est en effet un résultat assez satisfaisant que d'avoir chaque jour autour de sa chaire trois ou quatre mille hommes, et plus de deux mille à la sainte table, parmi lesquels se trouvent plusieurs centaines d'indifférents -et de pécheurs qui, depuis bien des années ne se sont pas approchés des sacrements, ou les ont reçus dans de mauvaises dispositions. Le public comptait entre autres, à Olot, six hommes qui ne s'étaient pas confessés depuis plus de trente ans, et qui, après avoir résisté au prestige et au zèle infatigable de l'apôtre de la Catalogne, se virent forcés de céder au magique enthousiasme qu'une si grande réunion d'hommes excitait.
Les Belges, dans leurs missions, ont adopté un autre moyen: c'est celui de sonner la grosse cloche au milieu du silence de la nuit, par exemple, une heure après que la cérémonie est terminée, afin d'exciter les fidèles à prier pouj la conversion des pécheurs. En l'entendant, on se met* genoux et la personne la plus recommandable, ou un entant comme étant le plus digne d'être entendu de Dieu), récite le Pater noster, et les autres répondent. Cette pensée : « voilà que tout le monde prie pour moi en ce moment, » ne laisse pas de faire impression sur le pauvre pécheur.
Combien de temps doit durer la mission*
Il est difficile de répondre catégoriquement à cette question. Il y a des populations faciles et peu considérables ; il y en a d'autres qui sont nombreuses et extrêmement opiniâtres ; il y a des contrées où il est possible d'avoir beaucoup de bons confesseurs ; d'autres où on n'en trouve qu'un trèspetit nombre, et encore l'expérience leur manque; et il y a des missionnaires qui ne font que commencer et dont "les discours n'ont pas une grande efficacité ; d'autres revêtus d'un certain prestige et remplis de l'esprit du Soigneur, triomphent de tout convertissent les pécheurs avec les raisons les plus simples, les plus courtes ; tandis que d'autres ne les toucheraient pas avec des discours nombreux et bien soignés. Et de plus, « Spirilus spirat ubi vult; » et il sait, quand il le veut, transformer en un instant un Saul
fiersécuteur, en un S. Paul, en un apôtre, en une solide coonne de son Eglise. Mais, généralement parlant, dans les pays de foi où l'instruction est suffisante comme en Espagne, je conseillerai de ne pas faire durer la mission moins ae huit jours, ni plus de quinze ou vingt jours.
File ne doit pas être trop courte. En moins de huit jours, quelque habile que soit le missionnaire, et quelque grand que soit l'empressement du peuple pour accourir dès le commencement de la mission, on pourra difficilement donner la série des instructions indispensables, afin que, le pécheur connaissant le mal qu'il a fait, se décide à le détester, à le réparer par une bonne confession générale, et à mettre en pratique les moyens nécessaires pour ne plus retomber; d'ailleurs les confesseurs pourront difficilement entendre les confessions avec le calme et la satisfaction désirables. En huit jours seulement, si on a soin de prêcher et de confesser le matin et le soir, d'avoir un bon nombre de confesseurs habiles et assidus, de commencer le troisième jour à confesser ceux qui ont entendu au moins trois sermons, et qui sont disposés à faire une bonne confession générale, on peut obtenir une mission très-consolante. Pour ma part, je puis le dire : après celle de Parbastro, les trois missions qui m'ont le plus consolé, n'ont pas duré plus de huit jours. Et que peut-on demander davantage d'une mis"