DEUXIÈME PARTIE
sion, dans laquelle on trouve, au troisième jour, quaranteet une et quarante cinq confessions générales nécessaires, et qui malgré la pluie incessante, l'absence du clair de lune, et la prédication dans un désert, amène cependant autour de la chaire plus de mille auditeurs, et à la sainte table, ici dix- neuf cents, là trois et quatre mille fidèles? — Même dans une mission de huit jours, on ne laisse pas de faire, en suivant la méthode que nous avons donnée, seize sermons, sept conférences doctrinales, sans compter les avis, la lecture de la messe, et les catéchismes de la petite mission. Que de matières on peut ainsi toucher, que d'instructions on peut donner, en tant de catéchismes et de sermons faits avec une certaine habileté, où on a eu soin d'élaguer toute parole inutile, tout mot creux et retentissant, afin que la force et l'action de l'Esprit-Saint y apparaisse dans toute sa plénitude? Oui, quand l'auditoire pénétré de douleur éprouve un vif besoin de se réconcilier avec Dieu, si on a soin de fournir aux fidèles un nombre de confesseurs proportionné à leur affluence, le fruit de la mission se trouve assuré, en même temps que la sanctification d'un très-grand nombre d'âmes.
Il ne faut pas qu'elle soit trop longue. Une mission de plus de quinze ou de vingt jours est sujette à de grands inconvénients. Car malheureusement nous n'avons plus la foi et fa ferveur de nos pères ; le peuple est endormi et plongé dans la léthargie du péché, et il faut des efforts extraordinaires pour le réveiller de ce sommeil profond. Or, dans une longue mission, ce grand enthousiasme, qui est le moyen 16 plus puissant pour convertir les pécheurs endurcis, est, sinon impossible, au moins difficile à obtenir : 4<> Du côté des missionnaires; quelle nature, quelque robuste qu'on la suppose, pourra résister à des travaux si excessifs, prolongés trois, quatre, cinq ou six semaines? Ils devront donc se reposer un jour par semaine, ou omettre les offices du matin, ou prendre un certain nombre d'heures de délassement ; et ainsi ils ne confesseront que quatre ou cinq heures dans la matinée, et point le soir ; ou s'ils le font, ce sera tout au
f)lus une ou deux heures ; en ce cas, qui ne voit combien a mission languira, et combien les pénitents éprouveront d'ennui, en voyant qu'après avcir perdu une journée entière à attendre, ils n'ont pas pu parvenir à se confesser? Trésor II 31
2° Du côté des populations : pourquoi perdre notre purnée et nous gêner ainsi, disent-ils, si les missionnaires doivent rester quatre ou cinq semaines? Nous irons dimanche; nous nous confesserons plus tard. Et de la mên» manière que, au carême, trois ou quatre semaines se passent sans confessions ; ainsi, dans une si longue mission, des semaines entières s'écoulent, et les confesseurs n'ont encore vu que très-peu de pénitents. 3° Relativement aux -ses : où se trouve-t-il des populations, des curés, et même des évèques capables, avec les faibles ressou dont ils disposent, de vouloir et de pouvoir supporter ies dépenses nécessaires pour une longue mission? 4° Comment obtenir qu'on suspende, durant un temps si considérable, les divertissements publics, qu'on ferme les théâtres, lea maisons de jeu. qu'on déserte les tavernes, les cafés, les casinos, etc? Si on y arrive, quelle guerre feront à la mission les entrepreneurs et les maîtres de ces sortes d'établissements? Et, protégés comme ils le sont par l'autorité, qui ne veut pas ies indisposer, quel mal ne pourrontils pas faire? Si on n'obtient pas que ces établissements soient fermés ou au moins cessent d'être fréquentés, quel fruit produira une mission, dans laquelle tant d'émissaires de Lucifer prêcheront en même temps, en plusieurs endroits à la fois, et souvent avec plus de force que les ministre, de Dieu? Mais si la mission ne dépasse pas quinze jours, et que ce temps soit bien employé, on arrivera à ce résultat, savoir : que si on ne les ferme pas, ces temples de Satan demeureront au moins déserts ; et comim cela devra durer peu de temps, quelque terrible que soil l'orage, les intéressés le supporteront avec une certaine résignation, dans l'espérance qu'il passera bientôt; et parfoii ils5 se trouveront bientôt déçus, car la pluie céleste pourra tomber dans les cœurs avec plus d'abondance qu'ils ne s'j attendaient, et leur enlever ainsi plus d'un client.
Méthode suivie par les Belges. Les missionnaires Belges de la Compagnie de Jésus, même dans les paroisses où il j a deux mille personnes capables de communier, n'emploient pas plus de neuf jours pour une retraite. Ils la commencenl Te mercredi, pour la terminer le jeudi de l'autre semaine. Et pourquoi ne pas commencer et finir un dimanche? Il est bon d'en donner ici la raison. Si on commence le dimanche,
il ne reste plus aucun jour pour livrer un dernier assaut aux cœurs endurcis, et pour parler contre les vices qui dominent dans la paroisse ; on ne peut faire cela le premier dimanche, parce que le missionnaire adressant la parole aux auditeurs pour la première fois, doit gagner leur cœur par un langage plein de douceur, plutôt que de se l'aliéner par d'amers reproches; on ne peut non plus le faire l'autre dimanche qui est le jour de la clôture, car les efforts du missionnaire seraient sans résultats, puisqu'il ne reste plus de temps pour en recueillir les fruits; et, d'un autre côté, on ne doit pas terminer en laissant dans les âmes une impression désagréable. Mais, en commençant la mission le mercredi, il est possible d'avoir pour le dernier jour un nombre considérable de confesseurs, puisque ce n'est pas un jour de fête ; de plus, les préjugés qu'auront conçu certaines gens, au commencement, contre la mission, ont eu le temps d" dis-
fiaraître dans les trois jours qui ont précédé le dimanche ; et, es cœurs se trouvant déjà gagnés par les instructions faites aux enfants, le missionnaire peut parler avec une pleine liberté contre les vices, prêcher si cela est nécessaire, trois ou quatre fois, et assurer ainsi le fruit de la mission. Mais comme ce jour manque dans l'autre combinaison, l'heureux succès qu'on était en droit d'attendre, peut facilement se trouver sérieusement compromis.