DEUXIÈME PARTIE
ou de l'insuccès des travaux apostoliques du missionnaire. Une mission médiocre produit des fruits immenses, si lo curé sait les conserver et les augmenter, en rappelant continuellement les avis qui ont été donnés, et les généreuses résolutions qu'on a prises; mais la plus fructueuse mission demeure sans résultat, si dans la suite le curé négligent, loin de mettre en pratique les moyens de persévérance donnés par le missionnaire, vient à déprécier la mission et à discréditer ceux qui étaient, chargés de la prêcher.
Quels seront ces moyens. Une congrégation, une école dominicale, une conférence de S. Vincent de Paul qu'on établirait, seraient d'excellents moyens pour conserver defl fruits si précieux; mais il ne se trouve pas partout du zèle, ou des éléments suffisants pour soutenir ces œuvres, et dk, plus ce sont des moyens partiels. Ce que je trouve de plus facile à maintenir, et de plus avantageux à toutes les classes de populations, c'est l'usage d'une cérémonie dans l'église, l'après-midi ; c'est la pratique du chemin de la Croix, du saint Rosaire, soit au sein des familles, soit publiquement (41. Mais le meilleur, le grand moyen par excellence, sera d'établir et de célébrer quatre communions générales dans le cours de l'année. Quelque difficile que cela puisse sembler aux curés, il leur est facile d'introduire cet usage à la suite d'une mission, appuyés comme ils le sont par les vives recommandations des missionnaires, et par la docilité des paroissiens qui ont à cœur leur salut éternel. Qugi de plus consolant que de voir comme à Alcolea de Cinca, par exemple, et dans d'autres endroits encore, ou le curé avait eu la sagesse d'adopter ce moyen, quatre communions annuelles de deux cents, trois cents, quatre cents personnes, selon que l'époque où elles ont lieu est plus favorable, et cela après dix-neuf ans écoulés depuis la mission.
Le missionnaire ne doit pas non plus abandonner entièrement les populations auxquelles il a donné la mission. IL tâchera donc de raviver de temps en temps, avec le souffle vivifiant de la parole divine, le feu sacré qui va s'éteignant dans leur cœur. Il apparaîtra quelquefois dans la contrée, il y donnera un triduum, confirmant ainsi dans le bien ceux
(1) Le vénérable auteur ajoute : « Là où c'est la coutume de le chauler dans les rues. »
qui persévèrent; il animera les inconstants qui sont déjà retombés, et parfois il convertira ceux qui n'auraient pas eu le courage de revenir à Dieu, durant la mission. Ces triduum nous ont donné neuf cent une communions à Boltana et à Gasbas," treize cents à Maella, et trois mille à Caspr-. Dans une certaine localité, un haut employé du fisc qui avait été profondément ébranlé par la mission, se rendit ainsi à la grâce, durant un triduum qui eut lieu un an et demi après; il quitta sa charge, prit l'habit d'un ordre religieux très-illustre, consola beaucoup l'Eglise, et fut l'ornement de son ordre : tant l'action des missionnaires a. avec la grâce de Dieu, d'efficacité, même quand ils ne sont que de passage I
APPENDICE
MOYENS QUE LE PREDICATEUR DEVRA EMPLOYER POUR CONSERVER SA VOIX ET SES FORCES.
Cédant ici aux instances qui m'ont été faites par plusieurs vénérables ecclésiastiques, je vais indiquer les soins et 1 36 moyens qui, selon que me l'a appris l'expérience, peuvent contribuer puissamment à la conservation et à l'augmentation de la santé. Peut-être obtiendrai-je par là, d'empêcher que de jeunes missionnaires, sur lesquels on avait justement fondé les plus belles espérances, ne se ruinent, faute d'avoir pris les précautions nécessaires.
\o Pour se conserver robuste et avoir toujours la voix claire, pénétrante et sonore, il est nécessaire d'être chaste. Des soldats musulmans que le sultan avait chargés de porter un message à Godefroy de Bouillon, s'étonnaient de la vigueur et de'ia force de ce héros chrétien : « Que cela ne vous surprenne pas, leur dit-il ; je suis robuste, parce que je suis chaste. » Il faut dire la même chose de la voix.
2° A la chasteté, le prêtre doit joindre une grande sobriété, s'abstenant de liqueurs et de nourritures trop fortes, de mets piquants, salés, où le vinaigre abonde, et surtout de choses frites. Tout cela en provoquant la toux, pourrait compromettre la poitrine et les poumons, et même produire des érésipèles. Le souper surtout doit être léger; on s'absr-