DEUXIÈME PARTIE
tit une récréation honnête, en une occupation prolongée et dissipante ; si l'on s'y livre trop fréquemment ; si Ton se permet des jeux de hasard, ou des jeux défendus par les saints Canons, on commet un péché, plus ou moins grave, selon, la quantité, la perte du temps, le scandale, la négligence des devoirs, et les autres conséquences funestes qui pro^ viennent du jeu.
Et qui donc pourrait jamais apprécier justement ces conséquences désastreuses? Ministres du Seigneur, est-ce que vous consacrez la plus grande partie du jour au jeu, sans vous occuper de l'étude? Alors, combien d'erreurs commises à cause de cela! Que de solutions fausses et hasardées, au confessionnal, en ont résulté! Que de conversions manquées, faute d'instruction, ou parce que vous n'aurez pas préparé suffisamment vos sermons !
Vous passez des heures, des soirées, des nuits entières à jouer; et, pendant ce temps, il y a tant d'infortunés qui gémissent dans les prisons, sans que personne les console, tant de malades qui souffrent sur leur lit, sans que personne les encourage dans leurs maux; tant de malheureux qui meurent, sans que personne les assiste à leur dernière heure ; tant d'âmes qui brûlent dans l'enfer, et qui s'écrient : si vous aviez employé à m'instruire un seul de ces jours nombreux que vous donniez au jeu, nous ne serions pas la proie des flammes! Ah! une seule de ces heures que vous dépensez inutilement au jeu, eût suffi, si vous l'eussiez employée à notre salut, pour nous délivrer de ce feu dévorant, et pour nous rendre les heureux habitants du ciel !
Vous perdez peut-être, en jouant, des sommes considérables, dissipant de la sorte les revenus ecclésiastiques ; et hélas ! les pauvres, les orphelins, ceux qui n'ont ni vêtement, ni pain, s'écrient avec S. Bernard : C'est notre argent que vous risquez; tout ce que vous perdez au jeu, vous le •soustrayez au soulagement de nos besoins (1).
Et quand bien même vous ne joueriez pas d'argent, est-ce que la perte d'un temps si précieux, vous semble peu de chose? Malheureux prêtre! vous n'avez qu'un jour pour laver votre âme des taches qui la souillent, et vous i'em-
(1) S. Bern. ep, 42.
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ployez à la maculer davantage! Tombé de votre trône, voua n'avez qu'un jour, pour reconquérir le sceptre de gloire que vous avez perdu, et vous avez la folie de donner au jeu un jour si précieux! Devenu esclave du démon, vous n'avez qu'un jour pour briser ce jougd'ignominie, et, en jouant, vous emplovez ce jour pour r*ér de nouveau vos chaines. Et vous ne voyez pas que la nuit ténébreuse de l'éternité approche, cette nuit dans laquelle personne n^ peut travailler? Vous n'entendez pas les cris déchirants de tant de prêtres, qui font monter, du fond de l'abime, l'expression navrante de leurs inutiles regrets : « Oh! si daretur hora ! » Mais l'Ange répond : « Juravit in saecula saeculorum, quia tempus non erit amplius T. » Si cela ne vous touche pas, écoutez le prophète Isaïe qui vous crie : « Le luth et la harpe, les flûtes et les tambours, et les vins les plus délicieux se trouvent dans vos festins : vous n'avez aucun égard à l'œuvre <iu Seigneur. » qui est sa sainte loi, « et vous ne considérez point les ouvrages de ses mains... C'est pour cela que l'enfer a étendu ses entrailles, et qu'il a ouvert sa gueule jusqu'à l'infini : et tout ce qu'il y a de puissant, d'illustre, de glorieux y descendra en foule (2). »
Est-il donc étonnant que les conciles de Latran et de Trente, ainsi qu'un grand nombre de conciles œcuméniques et provinciaux, et presqu i tous les synodes de l'univers cr— tholique défendent absolument à l'ecclésiastique tous les jeux de hasard : ceux dans lesquels, on s'expose à perdre beaucoup d'argent, et tous ceux qui sont interdits par les lois civiles ? Nous avons déjà vu, chap. iv, § 3 de ce volume comment parle le concile de Trente; et voici les expressions du concile de Latran : « Clerici ad aléas et ad taxillos non ludant, nec hujusmodi ludis intersint (3). » Et il est dit dans le premier concile de Milan : « Nous défendons aux Clercs, non seulement de jouer, mais encore d'être spectateurs des jeux. — Nec solum clericos ludere vetamus, sed eos ludorum spectatores esse nolumus (4). »
La chasse. Pris avec modération, ce divertissement est permis aux séculiers; il est une des récréations les plus
1) Apoc, x, 6. (2) L-.u. v, 12-14. (3) Conc. Lat. iv, Cau. 10. 4) Conc. Mediol. 1, p. 2.