CHAPITRE II
ENTRÉE DU CURE DaNS SA PAROISSE.
Qme doit faire le prêtre avant d'être chargé du soin d'une Paroisse.
1o Etre indiffèrent pour la paroisse qne Dieu lui destine, quelle qu'elle puisse être.
2° Ne pas se servir du crédit des personnes influentes pour l'obtenir.
3° Supposé qu'il faille la demander, ne pas le faire sans un mûr examen.
\o La Paroisse peut être considérée comme une épouse mystique que Dieu confie au curé. De même que Jésus- Christ, le Souverain pasteur des âmes, a daigné prendre la sainte Eglise pour épouse. « sponsabo te mihi in sempiter num [4] », ainsi, le curé, image de Jésus-Christ, en acceptant une paroisse, contracte un mariage mystique mais véritable; et plaise à Dieu qu'il l'aime comme Jésus-Christ aime son épouse : « Sicut et ChrisUis dilexit Ecclesiam, et seipsum tradidit pro ea : » c'est-à-dire en la sanctifiant, en la conservant pure et sans tache, comme Jésus-Christ conserve la sienne! « Ut illam sanctificaret mundans lavacro aquae in verbo vitae, ut exhiberet ipse sibi gioriosam Ecclesiam. non habentem maculam aut rugam, aut aliquid hujus* modi, sed ut sit sancta et immaculata 2). »
Cette entreprise étant d'une importance infinie, qui ne voit combien il est nécessaire nue le prêtre soit absolument indifférent relativement à la Paroisse où il est susceptible d'être envoyé? Quelles prières ferventes ne doit-il pas adresser au ciefaûn que l'évèque, éclairé par Dieu même, lui confie le poste qui lui convient le mieux, et que le Seigneur lui a assigné? Quand un jeune homme est sur le point de se
(1) Os. n, 19 (2J Ephes v, 25, 27.
marier, est-ce que nous ne lui disons pas : Vous ne serez heureux qu'à la condition que vous trouverez l'épouse que Dieu vous a destinée ab œierno? A combien plus forte raison devons-nous tenir ce langage au curé dont la mission, d'un ordre infiniment supérieur, exige pour l'accomplissement de tous les devoirs qui y sont attachés, des grâces plus abondantes?
2° Que celui donc qui désire les obtenir, et ne pas se tromper dans une affaire si difficile et si importante, ne prenne jamais sur lui de demander telle ou telle paroisse, car « nemo judex in propria causa. » Qui donc est capable de prévoir les dangers qu'il rencontrera, les pièges que l'ennemi lui tendra, les secours extraordinaires que Dieu lui accordera ou lui refusera. Qui saurait dire s'il sortira victorieux ou blessé du combat? Quelque perçante que puisse être notre vue, elle est toujours très-courte et même presque nulle quand il s'agit de notre avenir. Ainsi donc : « Jacta super Dominum curam tuam, et ipse te enutriet (1). » Et alors, quelle consolation de pouvoir dire : « Dominus régit me, et nihil mihi deerit : in loco pascuae ibi me collocavit (2) ! » Au contraire, si nous voulions tracer nos voies, préparer notre avenir et être les artisans de notre félicité, quelle ne serait pas notre affliction, quand les choses venant à prendre une tournure toute différente de ce que nous avions pensé, comme cela arrive si souvent, nous entendrons le Seigneur indigné nous dire : « Vae filii desertores, dicit Dominus, ut faceretis consilium, et non ex me v et ordiremini telam, et non per spiritum meum (3). » Malheur à vous, enfants rebelles, qui prenez des résolutions sans moi ; qui formez des entreprises qui ne viennent point de mon esprit, mais de vos désirs et de vos caprices ! Au contraire, comme le prêtre qui s'abandonne entre les bras de la divine Providence, sent la confiance animer son cœur, quand il peut dire : C'est vous, Seigneur, qui m'avez mis ici, je n'ai pas cherché cette paroisse; je n'ai rien fait pour l'obtenir ; c'est à vous de me donner les grâces nécessaires pour que je m'acquitte dignement des fonctions que vous m'avez confiées! « Euge, serve bone et fidelis, » courage fidèle et digne serviteur, le Dieu que vous servez, ô ministre
[1] Ps. liv, 13. (2) Ps. xxii, 2. (3) Is. xxx, 1.
du Très-Haut, oui, lui. ce maître infiniment bon, qui ne man« que jamais aux siens, vous accordera les grâces les plu- abondantes : son honneur et sa gloire y sont engagés. Aura-t-iî ces consolations, le prêtre qui à force de démarches et d'intrigues sera arrivé à un poste auquel Dieu ne l'appelait pas? Quand, dans l'affliction, il demandera des consolations, ne méritera-t-il pas que le Seigneur lui réponde : « Tu Tas voulu; invoque maintenant tes hommes sur la protection desquels tu comptais : Ubi sunt Dei eorum in quibus habebant fidu-
ciam"? Surgant et opitulentur vobis, et in necessitate
vos protegant [{}. »
3o Cependant, si. dans le Diocèse, une coutume immémoriale veut qu'on n'accorde les paroisses que sur la demande des intéressés, le prêtre ne sera pas repréhen^ible en faisant cette démarche, pourvu qu'il ait soin auparavant de consulter Dieu dans la prière, et de prendre les avis d'un sage directeur. Mais encore une fois, il ne demandera la paroisse qu'après avoir fait quelques jours d'exercices spirituels, afin ci être assuré qu'il n'a en cela qu'un seul désir, celui de plaire à Dieu et de faire du bien aux âmes, l'appât des revenus et des avantagps temporels n'étant pour rien dans les motifs qui l'inspirent. Et même, un bon curé laissera cette affaire entre les mains de l'évoque, tenant son cœur dans la disposition d'abandonner ou d'accepter ce poste, selon que le voudra le supérieur bien informé et éclairé par la lumière
d haut.
Que doit faire le Curé en prenant possession de la paroisse.
1° Résignation, quelle que soit la paroisse où il est envoyé. 2° Profession de foi publique.
3° Précautions.
4° Sermon (Ventrée.
oc Relations avec ses nouveaux paroissiens. 4° Résignation et confiance, quelque soit le nouvel office dont on est chargé ; faire comme si on le tenait de Dieu
(t; Dent, xxn, 38.