‹ Le trésor du prêtreChapitre 38 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

même. 0 vénérable Prêtre ! peut-être l'amour-propre vous suggérera que votre ancienneté, vos talents, vos services rendus méritent une meilleure place : « Manifesta teipsum mundo, » vous crieront parfois comme à Jésus, la chair et le sang (1). Mais que répondit ce divin Maître? « Tempus meum nondum advenit(2) ». Et la chair et le sang répliqueront : Quoi ! demeurer si loin de ses parents et de ses connaissances! Mais un fidèle disciple de l'Evangile ne doit pas écouter cette voix . « Mihi intolerandum videtur, dit un grave auteur, quod adsint nonnulli, quibus cum ecclesia proponitur cui deserviant, respondent statim, eam sibi commodam non esse; ab agnatis et propinquis nimium distare. Absit utinam ab universo clericorum cœtu spiritus iste ! » Et qui donc pourrait avoir pour ses parents une affection désordonnée, en entendant la Vérité éternelle proférer ces paroles . « Qui amat patrem aut matrem plus quam me, non est me dignus (3)? »

— Au moins, si l'on m'avait confié une paroisse plus riche, une population plus civilisée, un champ plus fertile et plus vaste ! — Ah ! vous oubliez donc que vous êtes le ministre de ce Dieu qui donnait pour la preuve la plus convaincante et la plus décisive de sa divinité, la prédication de l'Evangile aux pauvres! « Evangelizare pauperibus misit me (4). » Laissez donc faire Dieu, et obéissez sans observations, car : « vir obediens loquetur victorias (5). » Combien de prêtres qui, dans des paroisses pauvres, avaient des joies, des consolations ineffables, et qui sont morts de chagrin et de peine dans des paroisses riches qu'ils avaient enviées!

2° Profession de foi. Il faut la faire publiquement. Déjà en 633, un célèbre Concile, le quatrième de Tolède, prescrivait cette pratique ; et plus tard, le saint Concile de Trente, s'est exprimé ainsi sur ce sujet : « Ceux qui seront pourvus de quelque bénéfice que ce soit, ayant charge d'âmes, devront faire entre les mains de l'Evêque même, ou s'il est empêché, en celles de son vicaire général, ou de son officiai, profession publique de leur foi ortodoxe, dans le terme de deux mois, du jour qu'ils auront pris possession, jurant et promettant de demeurer dans l'obéissance de l'E-

(1) Joax. vu, 4. (2) j'oan. vu, 6. (3) Matth. x, 37. (4) Luc. îv, 18. (5) Prov. xxi, 28.

glise romaine ; autrement ils n'acquerront point la propriété du revenu., et la possession ne leur servira de rien pour cela (1). »

Ceux qui, en prenant possession d'une autre paroisse, auraient déjà fait cette profession, ne sont pas exemptés de la renouveler. Mais il semble qu'ils pourraient la faire par le moyen d'un procureur, lui transmettant, à cet effet, des pouvoirs spéciaux (2).

3° Précautions. Avant d'entrer dans une paroisse et de prendre aucune résolution sur la ligne de conduite à tenir, le curé devra s'efforcer de connaître le nouveau champ ouvert à son zèle, et le caractère de ses paroissiens ; il faudra qu'il se rende compte des vices qui régnent parmi eux, de l'instruction qu'ils possèdent, des dévotions et des éléments sur lesquels il pourra compter pour faire le bien, des écueils spéciaux à éviter. Il considérera donc les résultats obtenus par son prédécesseur; s'ils ont été mauvais, il cherchera d'où cela est provenu, et il saura y remédier; s'ils ont été bons, il verra quelles mesures ont amené ces heureux succès, et il trouvera ainsi les principaux moyens qu'il sera nécessaire d'adopter. Il ne prendra pas, cela va sans dire, ces informations auprès de ses nouveaux paroissiens. Car, d'un côté, ce serait leur inspirer peu de confiance, et de l'autre, une telle démarche leur donnerait occasion de penser qu'il arrive avec de grands projets de réforme.

Qu'il ait donc soin de se bien éclairer auprès de différentes personnes sases et discrètes; mais qu'il n'accorde pas une confiance illimitée aux renseignements qu'on lui donnera; car combien de populations avons-nous trouvées fort différentes de ce que la renommée disait d'elles 1 Qu'il s'informe, qu'il observe, qu'il écoute ; et pour établir son opinion, qu'il attende les faits et une longue expérience.

Surtout, en entrant dans la paroisse, il faut qu'il procède posément, avec une grande prudence, une grande douceur. Un faux pas rendrait tous ses travaux stériles; et une impression favorable a souvent gagné bien des cœurs et des parois-es qui passaient pour incorrigibles. Le bon résultat de cette importante mission dépendant des commencements,

(1) Conc. Trid. sess. 24, cap. 12. (2) Barbos. de Offk. episc ■lleg. 61.

Page 1