‹ Le trésor du prêtreChapitre 39 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

le nouveau curé doit donc veiller avec le plus grand soin sur lui-même.

Même dans les petites localités, il y a toujours quelque famille au-dessus des autres ; et au sein des populations de classe moyenne, il ne manque pas de personnes qui veulent que le curé donne à leur famille des marques de préférence. Plus d'une fois, dans ces maisons, il y a de grands scandales qu'on voudrait voir cachés, ou légitimés, par l'amitié du curé. Ici, une grande circonspection est nécessaire, en quelque paroisse qu'on se trouve ; et il faut prendre garde de froisser ces âmes, aussi bien que de se familiariser jamais avec aucune.

Cette précaution est surtout nécessaire dans les pays où il y a des partis et des dissensions. Tout le monde épiera les pas, les gestes, les actions du nouveau curé ; une visite, une parole, un regard, quelque innocent qu'il soit, aura une grave signification; chacun cherchera à le surprendre, et à l'entraîner de son côté; mais, malheur au prêtre qui, «ntrant dans une paroisse, se prononcera pour un parti ! Il aurait b^au, après cela, faire des miracles; il n'arriverait jamais à attirer a lui les âmes qu'il se serait ainsi aliénées.

Il faut encore que le curé mette la plus grande circons-

{>ection en parlant de ses prédécesseurs et en critiquant eur conduite : d'abord, parce que le murmure est une chose odieuse et détestable ; « Susurratori autem odium, et inimicitia, et contumelia (4), » ensuite, parce qu'il commettrait là une grande imprudence. Gommant peut-il en ce moment bien connaitre les raisons que les autres ont eues, pour agir comme ils l'ont fait? Et ce jugement, pour le moins un peu précipité, quelle impression produirait-il sur les esprits? De plus, comme il se trouve bon nomhre de personnes attachées aux curés ses prédécesseurs, en blâmant ces derniers, combien il se créerait d'ennemis? Et voici la conclusion que tireraient les fidèles : S'il parle si légèrement sur des nommes si recommandables à tant de titres, avec quelle légèreté, quelle facilité ne parlera-t-il pas de nous-mêmes? « Stultus irridet disciphnam patris sui (2) a. 4° Le sermon d'entrée. Le curé ne pourra jamais produire des fruits plus abondants que durant la première année,

(V Eccli. v, 17. (2) Prov. xv, S

s'il est zélé et s'il procède avec réflexion. Un premier discours bien travaillé et rempli d'une sainte onction, dans lequel il exposera les devoirs du bon pasteur, en ayant soin de dilater le cœur de ses paroissiens, et de leur montrer qu'il a en eux une grande confiance et qu'il les estime, produira un résultat immense. Qu'il leur dise entre autre3 choses qu'il sera toujours à leur disposition, comme un serviteur est à la disposition de son maître : « Nos autem servos vestros per Jesum (1); » que, comme Jésus-Christ, « Non venit ministrari. sed ministrare, et dare animam suam redemptionem pro multis 2\ » il ne vient point non plus passer au milieu d'eux une vie oisive et commode, mais pour cultiver c 1 1 e vigne précieuse du Seigneur, avec l'intention de ne s'épargner ni les travaux, ni les sueurs, ni les fatigues, afin de produire des fruits abondants pour la vie éternelle. Qu'il leur dise encore qu'il est au milieu d'eux pour visiter les malades, consoler les affligés, secourir le pauvre et l'abandonné, entendre la confession de tous, administrer les sacrements et assister les mourants ; et cela, en tout temps, le jour, la nuit, au milieu des ardeurs de l'été, des glaces de l'hiver, -ans prendre souci de la boue et des mauvais chemins ; etc. Qui! les prie de l'appeler quand ils voudront, n ■ craignant jamais de l'importuner; qu'il les assure qu'il sera heureux de sacrifier pour eux son repos, sa santé et même sa vie, à l'exemple de Jésus-.Christ : « Animam meam pono pro ovibus meis (3). »

Qu'il leur fasse comprendre surtout qu'il ne vient pas pour se donner à aucun parti ; car il doit être lo père de tous, des pauvres et des riches, des savants et des ignorants, des nobles et des roturiers. « Testis mihi est Deus, quomodo cupiam omnes vos in visceribus Jesu Christi 4 . » Remettant à une autre occasion les paroles de menace ou d'invective contre les vices et les abus qui régnent dans la •paroisse, qu'il conclue en leur promettant de les recommander à Dieu, et en leurdemandant de prier pour lui Enfants, pourra-t-i! dire, priez pour moi : vos prières si pures sont si agréables au ciel ! Priez pour moi, jeunes gens bien-aimés, dont, dès aujourd'hui, je portel'image gravée dansmon cœur. Priez ponr moi. pères et mères, puisque je viens partager

ri) II Cor. iv. (2) Matth. xx, 28. £3] Joan. x, 44. (4) Philip, i. 8.

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