DEUXIÈME PARTIE
avec vous le lourd fardeau de l'éducation de vos enfants. Respectables vieillards, que j'honore comme mes pères, priez pour moi ; je ne vous abandonnerai pas sur votre lit de douleur. Et vous veuves, vous orphelins, vous pauvres vous qui êtes la portion choisie du troupeau de Jésus-Christ.. priez pour moi; et je vous protégerai, je vous soulagera* dans vos besoins, autant que mes faibles moyens me J» permettront. Malades, etc., etc.
Qui pourrait dire la salutaire impression et les fruits que produira dans les âmes une exhortation de ce genre? Et si ie curé leur fait comprendre qu'il ne peut par lui-même leur obtenir l'éternelle ielicité ; qu'ils n'arriveront au ciel qu'en répondant à son invitation, qu'en écoutant sa voix avec docilité, qu'en mettant en pratique ses avis, qu'en envoyant les enfants et les serviteurs au catéchisme, qu'en l'aidant de leur autorité, à déraciner les vices que le démon voudrait introduire dans la paroisse, le curé, je n'en doute pas, commencera son ministère sous les plus heureux auspices et produira les meilleurs fruits.
5o Relations du curé avec les nouveaux paroissiens. Les paroles ne suffisent pas ; il faut qu'elles soient soutenues et appuyées par des œuvres. Le curé rendra d'abord, selon que la politesse l'exige, les visites qui lui auront été faites par les autorités et les autres principales personnes du pays; et si, dans la paroisse, il y a une communauté religieuse, une église indépendante, ou une famille très-distinguée, il sera mieux de les prévenir, et de leur faire visite tout d'abord. 11 prendra note des usages de sesprédéceseurs, afin de ne pas manquer de se conformer à ceux qui seraient raisonnables. Un peu plus tard, quand il aura mis de l'ordre dans sa maison, il sera convenable qu'il aille voir à domicile tous ses paroissiens. Cette visite, faite dès le commencement, et rehaussée par la dignité, la bonté, la discrétion et la modestie qui doit toujours accompagner un représentant de Jésus-Christ, a toujours des avantages très-grands; car ainsi 4<> le curé peut facilement faire ou rectifier l'état des âmes ; 2° c'est pour le pasteur un moyen très-cornmode de connaître ses brebis ei aétre connu d'elles : « Cognosco oves meas, et cognoscunt me meae (1); » 3° c'est aussi un
M) Joan. x, 14.
72 TRÉSOR DU PRÊTRB
excellent moyen pour se rendre compte du véritable état de la paroisse, du degré d'instruction que les enfants ont reçu, des dévotions que pratiquent ou négligent les fidèles, de leur bonne ou de leur mauvaise éducation, de leurs besoins spirituels et temporels, etc. Le curé devant soutenir son caractère de père, évitera dans cette circonstance de reprendre les abus qu'il trouvera ; il aura soin de les taire ou de les dissimuler, 'se bornant pour le moment à consoler les affligés et à encourager les bons. Ensuite, sa visite terminee,"il fera connaître du haut de la chaire, le grand plaisir qu'il a eu à visiter chaque famille ; il remerciera ses paroissiens de l'affection avec laquelle il a été reçu, et louera le bien qu'il aura trouvé dans la paroisse. Plus tard, les occasions ne lui manqueront pas pour parler, soit en chaire, soit au confessionnal, contre les abus qu'il aura pu remarquer. On ne saurait dire combien d'âmes un piètre est capable de gagner par de tels procédés.
Assiduité au confessionnal. Il n y a pas d'endroit où l'on connaîtra mieux les maux qui affligent une paroisse et les remèdes qu'ils réclament; nulle part le curé ne produira par son ministère des fruits plus abondants ; et jamais il n'arrivera à de plus beaux résultats au confessionnal, que la première année de son entrée dans la paroisse. A l'approche des différentes époques où les fidèles ont l'habitude de se :onfesser, il devra faire différentes instructions sur Futilité de la confession générale, et en particulier sur la malheureuse honte qui fait qu'on cache ses péchés ; il s'efforcera d'ouvrir leurs cœurs en leur inspirant la plus grande confiance dans la miséricorde divine, et il les engagera à venir à l'heure qui leur sera agréable, quelle qu'elle soit. Etant, dès les commencements, avantageusement connu des fidèles qui n'ont absolument jusqu'ici rien contre lui , il verra quelle abondante moisson de confessions générales, devenues nécessaires, il recueillera, et combien de conversions durables Dieu opérera par son ministère 1
■>eux:eme farïie. 73
Combien il importe que le Curé, en entrant dans sa paroisse, mette un ordre parfait dans sa maison.
4° Qu'il choisisse de bons domestiques.
2° Que les femmes entrent dans sa maison le moins possible.
3° Qu'il tienne ses parents éloignés de lui le plus qu'il pourra.
4° Sa conduite à l'égard des domestiques.
5 " Le soin qu'il doit avoir du presbytère.
Celui-là administrerait mal une paroisse, qui ne saurait régler sa propre maison. « Si quis domui suœ proeesse.nequit, quomodo Ecclesiae- Dei diligentiam habebit (1}?'» La maison du curé, et les personnes qui y demeurent ou qui y viennent fréquemment, sont placées comme en un lieu élevé : on les voit de loin; tout le monde les observe et les examine avec un soin minutieux. C'est comme un flambeau qui éclaire tout de ses rayons; il importe donc beaucoup que cette maison répande une lumière claire et resplendissante; c'est-à-dire que, par la propreté, le bon ordre et l'édification qui y règne, tant parmi ceux qui l'habitent, que parmi ceux qui la fréquentent, elle soit pour les autres maisons une règle et un modèle : « Forma facti gregis e-x animo ;2). »
C'est pour cela que S. Jérôme écrivait à l'évêque Héliodore, son grand ami, ces paroles : Tout le monde, surtout au commencement, fixe ses yeux sur vous; tout le monde est à vous épier; il faut donc que votre maison et votre personne soient pour ainsi dire l'école où chacun apprenne ce qu'il doit être : « In te omnium oculi diriguntur; domus tua et conversatio tua, quasi in spécula constituta, magistra est publicae disciplina? ; quidquid feceris, id sibi omnes faciendum pu tant (3). »
1° Domestiques. Ainsi, non content de se sanctifier luimême, selon la règle de vie qui se trouve dans la première
(1) ITim. m, S. (2} I Petr. v, 3. (3) Hier, eç, 2, ad Helioo. Trésor II. $
partie de notre ouvrage page 77, le curé s'efforcera encore de sanctifier les personnes de sa maison. Pour cela, il est nécessaire qu'il choisisse avec le plus grand soin ses serviteurs. Quelles bénédictions du ciel la présence de l'admirable Joseph n'attira-t-elle pas sur la maison de Putiphar 1 ;? Et, au contraire, quel scandale produirait une personne légère et suspecte, qui entrerait ou vivrait dans le presbytère; et combien elle donnerait aux fidèles occa-iôn de parler? Qu'il tâche donc tout d'abord de prendre à son service un homme bon, discret, pieux, ami du travail et du recueillement. C'est ce que font les curés les plus édifiants. Qu'au moins il prenne une servante ayant quarante ans, comme le prescrivant les Canons, un:- femme sérieuse, pieuse, polie, et dont la langue sach? se taire ; qu'elle ne soit pas de la paroisse, si cela est possible; car, moirs elle aura de parents et de connaissances en ce lieu, moins elle trouvera de confidentes, et moins le curé aura d'ennuis et de désagréments (2). Les Pères de l'Eglise sont si sévères sur ce sujet, que S. Cyprien va jusqu'à dire : « Sacerdotis dignitati minime convénit, rem tam sacram, tam sanctam, a muiiere accipere famulatum 3). » Et différents Conciles ajoutent : « Nec alicui emnino qui in clero est. pprmittatur habere mulierem, nisi forte aut matrem, aut sororem, aut amitam, vel eas personas qua3 suspicionem effugiant (4). » Saint Augustin ne se permet pas même cela, disant avec beaucoup de raison : « Quas cum sorore mea sunt, sorores mese non sunt. » Dans un siècle rempli de malice comme le nôtre, jugez s'il ne donnerait pas beaucoup à parler, le curé
(1) Gen. xxxix.
(2) Avant d'admettre des servantes, il faut prendre des informations sur leur probité, leurs bonnes qualités, et spécialement sur leur religion; il importe de connaître si elles ont donné lieu à quelques soupçons dans leurs rapports avec les hommes : ce seul soupçon doit être un très-juste motif pour les refuser, ou pour les renvoyer sans retard, si déjà on les a reçues; caria réputation du prêtre dépend de cela, et le crédit dont il a besoin pour exercer soc ministère ne doit pas avoir à en souffrir.
(Lettre Pastorale de D. Joac'. Uriz y Lazaga, évêque de Pampehuie.)
(Si Cypr. de sin^. cler
(4) Conc. Nie. c. 3. Carth. in, c. 17, îv, c. 46.