‹ Le trésor du prêtreChapitre 42 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

qu'ils nourrissent les parents du curé : les pauvres se plaindront, disant qu'ils leur enlèvent le pain et l'aumône ; et plut à Dieu que cela ne fût pas vrai! Plût à Dieu qu'il n'arrivât pas à certaines personnes de visiter la sœur ou la cousine du curé, profitant du temps qu'il est à l'église, et compromettant ainsi, d'une manière grave, son ministère et peut-être sa réputation ! Plusieurs fois, môme durant des missions, me présentant au presbytère, quand le curé était à l'église, j'ai vu de mes yeux des choses peu édifiantes. Ah! quels chagrins et quelles croix se prépare le prêtre imprévoyant qui garde avec lui ses parents, ou les établi» et les fixe dans sa paroisse !

4° Conduite envers les domestiques. Quand il a choisi do bonnes personnes pour le servir, que ce soit un homme, que ce soit une femme, peu importe, pourvu que leur âge et leurs qualités les mettent au-dessus de tout soupçon, le curé doit s'efforcer de les sanctifier en récitant chaque jour avec eux le saint rosaire, en leur faisant un peu de lecture spirituelle ; en disposant les choses de façon à ce qu'ils assistent chaque jour au saint sacrifice de la messe, et à ce qu'ils reçoivent fréquemment le pain des Anges; en veillant surtout à ce qu'ils ne sortent pas la nuit, qu'ils n'aient pas de luxe dans leurs vêtements, qu'ils ne fréquentent pas les lieux de divertissements profanes, et qu'ils ne forment jamais de liaisons dangereuses. Le curé ne devra pas oublier la maxime de S. Paul à Timothée : « Si quis autem suorum et maxime domesticorum curam non habet, fidem negavit, et est infideli deterior (1). » Qu'il ne les traite jamais avec dureté, et qu'il ait soin de ne pas leur donner trop d'autorité. L'Ecclésiastique condamne le premier procédé : « Noli esse sicut leo in domo tua, evertens domesticos tuos et opprimens subjectos tibi (2); » et il dit que si vous avez un serviteur fidèle, il faut le regarder et l'estimer comme vousmême, et le traiter comme un frère : « Si est tibi servus fidelis, sit tibi quasi anima tua, quasi fratrem sic tracta eum (3). » Le curé doit exiger qu'ils tiennent la maison en ordre et parfaitement propre ; qu'ils conservent chaque chose à sa place; mais encore une fois, il faut qu'il se garde de leur accorder trop d autorité; ils en prennent déjà assez

(1) I Tim. v, 8. (2) Eccli. îv, 3f. (3) Eccli. xxxm, 31.

par eux-mêmes ; et on a beau faire une grande attention à cela dès le commencement, il est toujours à craindre qu'ils n'arrivent à gouverner la maison, et a vouloir presque diriger la paroisse elle-même : ■ Non des mulieri potestatem animai tuae, ne ingredialnr in virtutem tuam et confundaris \). »

Pour éviter cet inconvénient, qui serait la source de maux immenses, le curé ne permettra jamais aux servantes d'écouter, quand il devra converser avec d'autres sur les affaires de la paroisse; il évitera avec encore plus de soin d'en parler avec elles ; jamais il ne les entretiendra des désordres cachés, et rarement de ceux qui sont connus du public Quel besoin en effet a la domestique de connaître les avis que le curé a donnés ou pense donner aux paroissiens, les réponses que ceux-ci lui ont faites, et tant d'autres mesures que la prudence veut qu'on taise? Oh! c'est une personne si amie du silence !..... Mais elle est femme ; et cela suffît. Plus vous lui recommanderez le secret, plus elle sera prompte à divulguer ce quVile aura appris. Le curé n'a qu'à l'écouter, et bientôt, tans -'en apercevoir, il rebutera plus d'une fois ceux qui l'appellent au confe^ionnal, ceux qui le demandent auprès des malades. Que sera-ce donc s'il lui laisse mettre la main à l'encensoir, exprimer sa manière de voir sur le gouvernement de la paroisse, reprendre les défauts et faire c:rtaines dispositions'1 Et s'il allait échapper à un curé et à un confesseur imprudent de dire devant elfe : Il m'est arrive dans une confession, etc. Oh! a Nec nominetur, » m'écri rai-je avec un zélé missionnaire, chanoine de Besançon : car une imprudence semblable suffirait pour faire perdre au prêtre toute autorité, et pour rendre stériles tous ses travaux.

Il convient rarement que le curé entende ses domestiquet en confession. Quel courage ne faut-il pas avoir pour pouvoir dire : je vous ai v< lé, j'ai murmuré contre vous, je vous ai trompé, etc.? Si le p.nitent cherche des détours, afin que le confesseur ne connaisse pas l'objet des pensées qu'il accuse, etc., quels scrupuLs ! Ne peut-il pas facilement arriver que le pénitent, tomtant dans une tentation, se trouve singulièrement embarrassé pour la découvrir à son

(1) Eccli. ix, 2.

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