DEUXIÈME PARTIE
Cependant, rien n'est plus commun dans ce malheureux siècle, que la démangeaison de reprendre, de murmurer et de critiquer. Le protestantisme et la révolution ont su s'insinuer dans les esprits, et infecter de leur poison mortel jusqu'au cœur de beaucoup de prêtres. Combien, hélas! qui, enivrés par l'orgueil, guidés par l'esprit particulier, et endoctrinés par la lecture de journaux plus on moins venimeux, veulent tout critiquer, sans égard pour ce qui est sacré ou profane, condamnant avec une même audace les inférieurs, les égaux, et jusqu'aux personnages les plus élevés dans la hiérarchie ecclésiastique! Que d'Absaions il y a encore maintenant qui se plaisent à rabaisser l'autorité du meilleur des pères! Tremblons, car il n'y a pas do péché qu:> Dieu ait plus en horreur et qu'il châtie davantage, qui puisse plus facilement devenir une faute mortelle. Si en effet le murmure est d'autant plus grave, que le murmurateur est plus autorisé, que la personne contre laquelle on murmure est plus éminente, que les choses dont on parle sont plus importantes, que les conséquences qui en découlent sont plus funestes, et que le nombre de ceux qui écoutent, approuvent et propagent le murmure est plus grand, quel péché sera-ce donc de murmurer contre le supérieur, de critiquer sa conduite, et de condamner les dispositions les plus importantes d'un évèque, lorsque souvent le résultat de ces imprudences n'est rien moins que la rébellion de tout le diocèse contre le prélat?
Soumission à V Eglise. Dieu veuille que notre religieuse Espagne ne manque jamais de soumission à l'Eglise ! Puisse le ciel ne permettre jamais que ce royaume catholique présente le triste spectacle qu'a offert la France au dernier siècle, quand une secte hypocrite trouvait des subterfuges pour ne pas admettre ou publier, pour éluder ou révoquer en doute les décisions pontificales. Donnons leur toujours notre adhésion, mes vénérables frères ; soit qu'elles concèdent ou qu'elles défendent, soit qu'elles émanent directement du Saint-Siège, soit qu'elles viennent dés Congrégations qui sont ses organes... nunc legi, nunc libertati faveant. Ne fatiguons pas le Saint-Siège de nos instances, de nos doutes : Roma setùel locuta est, causa finita est. Qu'on médite ici la page 238 du tome 1er.
Informations. Dans les affaires épineuses, surtout quand
il y a quelque désaccord entre le curé et les autorités, il sera souvent nécessaire de recourir à l'évêque. Que le curé fasse cela à temps, considérant le prélat, non pas tant comme un juge et un administrateur, que comme un père, dansjd sein auquel il est heureux de déposer ses secrets, ses joies et ses amertumes. Qu'il lui raconte fidèlement les faits, sans exa^ératicr aucune, exposant avec impartialité et les raisons et l<% fautes de ses adversaires, aussi bien que les siennes propres; ce que l'on peut espérer et ce que l'on doit craindre. Qu'il l'informe entièrement de tout, sans vouloir exercer aucune influence sur son jugement, dissimulant en quelque sorte sa propre manière de voir sur la question, et laissant au prélat l'initiative et la responsabilité des mesures dangereuses. Dans le cas contraire, il pourrait difficilement être tranquille et prendre comme venues du ciel certaines décisions qu'il aurait lui-même suggérées, à moins qu'il ne l'ait fait sur les instances de l'évêque lui-même.
Ce recours à l'évêque serait encore plus nécessaire s'il s'agissait de porter à sa connaissance quelque scandale donné par un prêtre. Je dis nécessaire : car la charité, le bien de la religion et l'étroite obligation qui incombe au curé de faire disparaître les scandales de sa paroisse, lui imposent cette nécessité. Oh! quelle responsabilité aura devant Dieu le curé qui. pouvant arrêter des maux d'une immense importance, en les faisant connaître seulement à l'évêque. s obstine à les taire, et est la cause, par son silence, que ces maux se perpétuent et deviennent irrémédiables ! Toutefois, qu'il ne fasse jamais un acte si grave avant d'avoir consulté ; qu'il ne le fasse jamais sous l'influence de la passion, mais sous i'inspiration de la charité, et uniquement quand le cas le demande; qu'il se garde bien de présenter comme des faits, tout ce qui n'est que par soupçon ou conjecture, de ne jamais exagérer, en supposant qu'une chose arrivée une seule fois est arrivée souvent. Malheur à celui qui sèmerait la zizanie, et qui se dégraderait en faisant le vil office de calomniateur!