‹ Le trésor du prêtreChapitre 82 sur 311 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

fessionnaux, de la chaire, des bancs, etc. Comme la maison du Seigneur serait autrement belle et propre, si les curés exerçaient cette vigilance ; comme l'édification y gagnerait, et comme l'assistance des fidèles deviendrait bientôt plus nombreuse 1

Le clocher.

Le curé doit avoir aussi un soin spécial de la tour où sont les cloches ; il ne faut pas qu'il laisse à tout le monde un libre accès dans le clocher ; et cela, à cause des désordres qui s'y commettent fréquemment, à cause des dégâts qu'on pourrait faire au toit de l'édifice, et au corps de l'église ; enfin, à cause du respect dû aux cloches bénites et consacrées au culte de Dieu.

Trois choses en effet, rendent les cloches très-dignes de respect : 4 o leur consécration ; 2° le but élevé que l'Eglise s'est proposé en les bénissant ; 3o la vertu que cette bénédiction leur a communiquée.

1o Leur consécration. A proprement parler, il n'y a que les évêques qui puissent bénir les cloches; on voit par là, comme cette bénédiction est importante. Les abbés euxmêmes, etiam usum pontificalhim habentes, ne peuvent bénir les cloches, sans un privilège spécial du Saint-Siège. (6 juin 1626 — 27 septembre 4659 — 46 mai 4744 — 44 août 4770).

Et quoi qu'en disent certains auteurs, l'évêque ne peut pas déléguer une autre personne pour les bénir, sans un induit Pontifical (4 6 mai 4 744). Et voici la raison qu'en donne Benoît XIV : Cum sancto Chrismate inungi debeant (4). Et quand l'évêque, en vertu d'un pouvoir extraordinaire, reçu au souverain Pontife, charge quelqu'un de les bénir, ce prêtre, bien que certains rituels le prescrivent, ne doit omettre, ni les onctions qui se font avec l'huile et le saint Chrême, ni les paroles Consecretur et Consecrare. C'est pour cela que le Saint-Siège accordant à un évêque de Bavière le pouvoir de subdéléguer un autre prêtre pour cette béneV

(1) Ben ep. xiv. Instit. 47, § 4.

1Ù2 TRÉSOR DTJ# PRETRE

diction, ajoutait : Scrvata forma Pontifiralis romani (23 juin 1853) (1 .

On ne peut bénir les cloches destinées uniquement à des usages profanes .16 juillet 4 594). — Ni celles des horloges, à moins qu'elles ne soient affectées en même temps à un usage sacré [47 septembre 1822). — Mais celles qui doivent servir pour l'église debent benedici, et cela, antequam ponantur in campanili 'Pontif. rom). — De sorte que l'évèque pourrait obliger les Réguliers à descendre leurs cloches, s ils les avaient mises dans le clocher, avant qu'elles fussent bénites S. C. Ep. 17 janvier 1614).

Sans doute, c'est improprement que cette bénédiction est appelée, par le peuple, baptême ; toutefois, elle ne laisse pas d'avoir avec le baptême une certaine affinité et plus d'un point de ressemblance: car, outre qu'on Fasperge d'eau béet qu'en certains endroits, des parrains lui sont donnés, on lui impose le nom d'un saint, afin de la placer sous sa protection, et de mettre une différence entre elles et les autres cloches qui n^ sont pas bénites, comme aussi, ut popuias quasi voce alicujus sancti vocari videatur (2).

2° Leur vertu. Les fins que l'Eglise se propose icisont irèsèleuees, et la vertu, l'efficacité communiquée par la bénédiction à ce bronze sacré est très-grande, comme on peut le voir par ces vers anciens que porte la Glose (3) :

Laudo Deum Yerum, populum voco, congrego Clerum, Defunctum ploro, pestem fugo, festa decoro.

En effet, les cloches répandent l'allégresse dans l'âme; elles enthousiasment le peuple. David et Judas Machabée s'en servirent au milieu du peuple d'Israël : le premier,

(1) Un des plus vénérables archevêques d'Espagne ayant demandé au Saint-Siège le pouvoir de déléguer quelqu'un pour la Dénédiction des cloches, cette autorisation ne lui fut accordée que ad quinquen~ nium; et le souverain Pontife voulut en outre qu'il déléguât des prêtres revêtus de quelque dignité ecclésiastique, leur permettant toutefois de bénir l'eau, si aliquâ gravis causa id reqmrat. De cette façon, s'il n'y a pas de motif grave, l'eau devra être bénite par l'évèque (20 février 1862).

(2] Be.ned. xiv, Instit. 47, § 4. (3) Glos. cap. Quia cunctu».

quand l'arche fut conduite dans la cité de David (1); le second, quand le temple, profané par les infidèles, fut de nouveau dédié au Seigneur (2). Mais celui qui fit fabriquer les cloches plus en grand, fut S. Paulin, évêque de Noie, en Campanie, d'où leur est venu le nom qu'elles portent, campana.

L'Eglise se sert des cloches pour exciter les fidèles à venir avec empressement entendre la parole de Dieu, prier et louer le Seigneur, et remplir les autres devoirs du chrétien ; pour distinguer les différentes fonctions et solennités ecclésiastiques, à l'imitation de ce que Dieu avait ordonné à Moïse, conducteur du peuple d'Israël; comme aussi pour chasser les démons, éloigner la grêle et la foudre, etc., Quoi qu'en disent certains sages présomptueux, le son des cloches bénites contribue puissamment à dissiper les tempêtes, non-seulement à cause de la bénédiction et de l'onction sacrée qu'elles ont reçues de l'évêque, mais encore, parce qu'elles excitent les fidèles à prier et à apaiser ainsi la colère du Ssigneur. Il ne manque pas de savants qui soutiennent que là forte vibration de l'air, produite par le son véhément des cloches, est capable, même physiquement parlant, de chasser les nuées et de faire que îa pluie s'en dégage. Quoi qu'il en soit, voici du moins comment s'exprime Arago, juge si compétent en cette matière : « Dans l'état actuel de la science, il n'est pas prouvé que le son des cloches rende la chute de la foudre ni plus imminente, ni plus dangereuse » ; et, raillant un préfet, qui assurait que ce moyen devait produire infailliblement la chute du tonnerre, il ajoute : « On voit que la fausse science n'est pas moins dangereuse que l'ignorance parfaite, et qu'elle conduit infailliblement a des conséquences que rien ne justifie. »

Toutefois, bien qu'un concile de Milan enseigne que, si l'Eglise ordonne de sonner les cloches durant les orages, c'est « ad tempestatem, vi divina quae ex soïemni prece sacraque benedictione quae illi inest, depellendam (3) », nous conseillons, avec un sage Prélat, d'éviter de sonner, si l'orage est près de la tour; car il est dangereux d'être là, quand bien même on ne sonnerait pas les cloches.

(1) 1 Mach. iv. (2) \ Parai, xv. (3) Conc. Mediol. iv, tit. de Orat.

154 ♦"RESOR DU PKZTRE

Ce fut Grégoire IX qui, en -1240, ordonna de sonner la grosse cloche à l'élévation de ia sainte Hostie. Mais la sacrée Congrégation défend de sonner pour d'autres fins quectlles énoncées plus haut (31 janvier et 48 mars 1851 — 29 juin 4616). — Et ainsi, on ne peut les sonner àl'arrivée du seigneur du 'ieu J0 juillet 1638), quand bien même il Serait baron (19 février 1639), ou prince 16 avril 4642), à moins qu'on n'ait le consentement de l'évêque (10 juillet 1638).

APPENDICE

Page 1