É. Molinier, Les ivoires , p. 63, pl. VI
5. Il est antérieur au diptyque du Musée du Louvre qu’Émile Molinier datait du vi e siècle (Musée national du Louvre , Catalogue des ivoires , pp. 3-7).
MONUMENTS ET MÉMOIRES
L'intérieur est tapissé d une toile écrue sur laquelle sont brodées au simple point, en bleu, en blanc et en rose, des croix et des lignes courbes.
Les plaques sont collées bout à bout et maintenues ensemble à l aide d’armatures de baguettes creuses en bronze doré, terminées en fer de lance et placées transversalement sur les angles. Les charnières sont prolongées par des pentures semblables (fig. i4).
Le couvercle est percé, au-dessus, de deux trous, ayant servi à fixer une poignée de métal, aujourd'hui disparue. Il est agrémenté
Fig. i 3. — Cassette d’ivoire rectangulaire (art persan).
d’ornements peints en rouge et or, encadrés d’un trait noir. D'abord, sur sa partie plane supérieure, aux quatre coins, sont des dessins assez compliqués, formant labyrinthe. La partie inclinée, entre les charnières, est décorée d’un paon stylisé et de deux cœurs ou pics, placés aux extrémités. L’autre face est ornée de vautours, enlevant dans leurs serres des oiseaux plus petits, et, dans le haut, on observe les deux pics, qui se retrouvent encore sur les faces latérales.
Sur la paroi de la boîte, des deux côtés de la serrure, sont des groupes d’oiseaux à collerettes, assez semblables à des pigeons, dont les queues s*e croisent et qui, la tête retournée en arrière, soutiennent de leurs becs le même ornement Iosangé.
Aux côtés étroits sont attachées des poignées de cuivre, prises dans des anneaux fixés sur des viroles dentelées, au-dessous de deux pics.
Sur la paroi opposée, est un arbre stylisé, dans le genre du homa persan, avec deux branches à la même hauteur, de chaque côté, sur lesquelles sont posés deux oiseaux à collerettes, se faisant face, le bec levé vers le sommet du feuillage. Le pic se retrouve à la racine de l’arbre.
Sur le fond du coffret, extérieurement, sont des dessins géométriques : deux grands triangles en inscrivant d’autres, remplis d’ornements ou de lignes courbes.
Fig. i 4. — La même cassette (vue de trois quarts sur l'autre face).
Cet objet possède de nombreux analogues, notamment au Musée de Cluny où, sous le n° 1069, est un superbe coffret orné de vautours, de paons et de cavaliers persans 1 . Un autre est la châsse de saint Tudual, à Laval 2 . Il y en a aussi au Dôme de Palerme. C’est, à ce qu’il semble, par la Sicile que ces coffrets d’origine persane ont été apportés en Italie. Ils remontent aux xi e , xn c et xin® siècles.
A l’intérieur, on n’a recueilli que des débris et des sachets à reliques.
Pyxide d'ivoire arabe (fig. 16). — Une autre boîte d’ivoire, cylindrique, est ornée de minces listels sur les parois et de dessins or et noir, donnant alternativement la silhouette peinte en rouge, de cœurs
1. Du Sommerard, Catalogue , p. 81 . Il existe un coffret du même type, mais sans peintures, à Trêves. Aus’m Weerth, Kunsldenkmàler . . . , pl. LXII*.
2. A. de Barthélemy, Le reliquaire de saint Tudual à Laval dans le Bulletin monumental , année i885, p. 453.
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ou pics et de fleurs rondes à pétales. Au milieu du couvercle est un petit bouton d’ivoire, inscrit dans un cercle agrémenté de quatre motifs arrondis peints, placés à distance égale. Sur le couvercle encore, mais le long du pourtour, à intervalles réguliers, sont tracés trois groupes de caractères koufiques, pareils à ceux qui ornent les monnaies des califes Omeyades de Damas du vm e siècle 1 . II semble qu’on y ait écrit : « La toute puissance appartient à Allah*. »
La paroi de la boîte, d’un seul morceau, dans le haut de laquelle est taillé un cran destiné à recevoir le couvercle, atteint jusqu'à o œ ,oo 3 d’épaisseur. Le fond est rapporté. Le couvercle est en deux morceaux, le dessus et la paroi.
La hauteur totale est de o m ,o62 ; le diamètre de o m ,io 5 .
C’est un travail peut-être siculo-arabe, dont il n'est pas aisé de fixer la date. Il paraît contemporain du long coffret rectangulaire d’ivoire, décrit plus haut, et peut remonter au xn e siècle environ.
Une pyxis eburnea du même genre est conservée à Saint-Géréon de Cologne 3 .
On y a recueilli des fragments d étoffés, avec les authentiques « de vestimento bealæ Mariæ Yirginis » et « de reliquiis sanctæ Eulaliæ », et un flacon de cristal de roche oriental, dont on trouvera plus loin la description (p. 93), renfermant « des cheveux de saint Jean l’Évangéliste et une dent de saint Jean-Baptiste ».
Boîte d'ivoire cylindrique (fîg. i 5 ). — Cette boîte mesure o",o 56 de hauteur sur un diamètre de o m ,o62. D’un seul morceau, avec un couvercle s’emboîtant parfaitement, elle est ornée, sur le dessus, de moulures rondes très gracieuses avec gorge circulaire, listel et cercles en creux. Ce coffret, dont l’état de conservation est excellent,
4 . Cf. H. Lavoix, Catalogue des monnaies musulmanes de la Bibliothèque nationale , Khalifes orientaux (Paris, 1887), n M 159 et suiv., pl. II et suiv. — On peut citer, entre autres exemples d'inscriptions du même genre, celle de la cassette d’ivoire renfermant la chasuble dite de saint Regnobert à Bayeux. Yoy. Bulletin archéologique , t. III, i 844 , p. 37.
2 . Nous devons cette interprétation à l’obligeance de M. E. Blochet.
3 . Fr. Bock, Das heilige Kôln. Beschreibung der mittelalterlichcn kunstschatze (Leipzig, i 858 , in- 4°), p* 4 et pl. I, n° 2.
G°°gk
n’offre pas de particularités suffisantes pour qu’on puisse le dater : les moultires de son couvercle ont une ordonnance très régulière, d'apparence moderne. Peut-être a-t-il remplacé, sous Léon X, quelque pyxide antique tombée en poussière.
Menus objets d’ivoire. — Citons encore une petite boîte rectangulaire, d’une seule pièce et assez pesante (fîg. io). C’est une lame d'ivoire, légèrement arrondie en forme de gouttière, de o m ,o35
Fig. i5. — Flacon d’huile du Sépulcre (recouvert d’un parchemin avec authentique du ix® siècle). — Boite d'ivoire.
— Récipients de verre contenant, Pnn deux morceaux d’éponges, l’autre des fragments d’étoffe imprégnée de sang(?).
— Croix de bitume (P). — Sachet de soie. — Boite cylindrique en argent. — Ampoules de verre (avec sang, manne.
etc.). — Clef minuscule fixée à un anneau.
environ d’épaisseur, dans laquelle est creusée une cavité. A l'intérieur, trois lames d’ivoire de o m ,oo3 d’épaisseur, placées deux en travers et la troisième en long, au milieu, forment deux compartiments. On voit les traces d’autres cloisons, du même genre, qui devaient diviser la boîte entière en huit compartiments, destinés sans doute à recevoir des reliques. Deux rainures intérieures s.ur les grands côtés, correspondant au niveau supérieur d’un des petits côtés, indiquent que la fermeture était faite à l’aide d’un couvercle à glissière, aujourd’hui perdu. La longueur totale est de o m ,095 ; la largeur de o m ,o45. L’épaisseur des parois est de o m ,oo9.
Enfin il reste à noter une très petite colonnette d’ivoire, de o m ,o6 de hauteur, dont le fut cannelé est argenté, et dont le chapiteau ainsi que la base sont dorés (pl. XI, 5). On se demande d’où peut provenir cet objet si menu. Est-ce un ex-voto ou un morceau de l’orne-
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mentation d un colïret perdu ? Il est impossible de se faire une opinion à ce sujet.
Cassette d’èbène et d’ivoire (fig. 16). — Ce coffret, de forme allongée, avec des parois latérales se rejoignant par une courbe aux deux bouts, mesure o m , 4 i de long sur o m ,i 3 de large et autant de haut.
Les extrémités arrondies sont faites de lames d’ivoire en forme d’arc de cercle, de o m ,2o de développement, en l'épaisseur desquelles l’ébène vient s’enchàsser, à l’aide d'un tenon maintenu par un clou dans la mortaise d'ivoire.
Fie. 16. — Coffret allongé d’ébene et d’ivoire — Boites de cèdre cylindriques. — ColTret à couvercle orné d’une lance. — Vase en terre. — Pyxide d’ivoire arabe avec inscription koufique.
La partie centrale de la boîte et du couvercle, en bois d’ébène de o m ,oi d’épaisseur, est environnée extérieurement de six côtes ou lames d'acier, terminées par un disque aplati et fixées au-dessous du fond par des clous. Ces lames sont ornées de croix de saint André, de trèfles et de traits horizontaux parallèles.
Sur le couvercle sont deux poignées de cuivre, mobiles, placées l’une à côté de l’autre et retenues par des crochets de fer. Ces poignées ont peut-être été argentées.
D’un côté, quatre lames (deux du couvercle et deux de la boîte) sont prises dans une tringle de fer formant charnière.
De l’autre, deux lames du couvercle ont des charnières et des anneaux, de manière à pouvoir être engagées comme fermoirs dans la serrure.
Celle-ci, en acier, mesure o m ,o45 de large sur o ,n ,o35 de haut. L’orifice pour la clef y est percé horizontalement. Au-dessous est une poignée de cuivre.
Il est difficile de dater exactement ce cofîYet, à cause du manque d’ornementation. Il peut être du xm e siècle.
A l’intérieur, on a recueilli la petite boîte cylindrique d’argent, mentionnée plus haut (p. 81) contenant un tonnelet de bois, et des fragments d’ossements et d’étoffes.
Cristal.
Flacon de cristal de roche (pl. XIII). — Ce flacon, retrouvé dans la pyxide d’ivoire arabe (p. 90), a une forme très particulière. II se compose d’un globe de cristal poli, de o m ,o52 de diamètre, dans lequel est creusée une cavité arrondie, peu profonde. Autour est une armature d’or, composée d’un socle rond, de o m ,o3 de diamètre, évasé vers le bas, d’où partent quatre arcs de cercle d'or très étroits, ornés de petites perles en relief. Ces arcs rejoignent, par un ornement en fleur de lys, une couronne d’or peu élevée, formant goulot, sur laquelle est emboîté un bouchon en pyramide à nombreuses facettes. Au sommet de la pyramide est un bouton en or, auquel est attachée une chaînette de suspension d’argent, à doubles chaînons, de o m ,i3 de long, terminée par un anneau entouré d’un fil en spirale. La hauteur totale du flacon est de o m ,09.
Une authentique du xin e siècle, sur parchemin (pl. XIII), nous apprend qu’on y a déposé des cheveux de saint Jean l’Evangéliste et une dent de saint Jean-Baptiste (voy.p. 1 3 1 ), et l’on aperçoit ces reliques à travers le globe de cristal.
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La forme de ce flacon, surtout celle de son bouchon en pyramide, et le travail de l’or décèlent une origine orientale. C’est d’ailleurs aussi d’Orient que proviennent, on le sait, les flacons de cristal taillé appartenant à d’autres trésors, notamment ceux de Quedlinbourg, de Sainte-Ursule de Cologne 1 et de Saint-Denis 2 .
Bois.
Boite de cèdre cruciforme (fig. 17 ). — Une boîte cruciforme de bois
de cèdre très dur, d’une seule pièce, mesure o m ,i3 de longueur totale sur o m ,io de largeur, de l’extrémité d’un bras à l’autre. La hauteur, au-dessus du fond, est de o m ,o45 ; la largeur des branches de o m ,o55. L’encadrement et les angles sont ornés de petits cercles en creux avec points au centre . Deux couvercles à glissière courent perpendiculairement l’un à l’autre, chacun dans le sens d’une branche de la croix. Sur la grande tige, le F,c 1 7 cruciforme ! 0 cèdrc couvercle porte l’inscription <|>nc. Le couvercle
de la branche transversale porte les lettres Z H qui, combinées avec l’n de onc, donnent ZHH:
ZflH
Le couvercle de la grande tige porte un cran en relief qui permet de le tirer. Celui de la branche transversale est évidé au milieu, et le creux ainsi obtenu est muni sur les côtés de deux rainures en biseau, permettant au couvercle de la grande tige de le traverser, en glissant perpendiculairement.
1. Marquet de Vasselot ; Le trésor de Quedlinburg (Gazette des beaux-arts , 1898 , p. 3 1 3).
2. G. Schlumberger, L'épopée byzantine , t. I, p. i45. — Cf. aussi Dalton, op. cit., p. 653 (llacon de cristal en forme de globe, avec l'inscription fll€ ZHCAIC A€l, €N AfA0OIC).
La même légende grecque se retrouve sur un certain nombre de monuments d’origine byzantine, notamment sur des cachets 1 . 11 suffira de citer la miniature de l’évangéliaire de Sainte-Croix de Poitiers (vn c siècle), dans le hautde laquelle on la trouve disposée absolument comme sur notre boîte cruciforme 2 . On rencontre aussi une disposition cruciforme analogue pour les mots ZflH rn[Ei]A, sur un cachet de bronze du Musée Britannique 3 .
Ce coffret renfermait de petits sachets à reliques. Il peut remonter au ix e siècle.
Coffret de bois peint (pl. XIV, i a b). — Il est rectangulaire et mesure o m ,27 de long sur o m ,i28 de large. Sa hauteur est de o m ,o3 seulement. Les parois latérales ont, dans le haut, o m ,oi d’épaisseur. L’intérieur est creusé au . centre d’une cavité en forme de croix patriarcale, pour recevoir la relique de la Croix, taillée elle-même en croix à deux traverses. L’une de ces traverses a disparu, et de l’autre il ne reste plus qu’un très petit fragment; mais sur la hampe sont visibles les creux dans lesquels elles étaient enchâssées. C’est peut-être la croix donnée par Chosroès dans une châsse dorée, dont parle Jean Diacre.
Le bois de ce coffret est recouvert d’un léger enduit. Sur le fond en or mat, se détachent des figures avec nimbes entourés d’un pointillé creux.
Ces figures sont accouplées sur trois registres superposés, limités par les deux barres de la croix. En haut, à gauche, le Christ vêtu de bleu, tenant un livre d’or avec l’inscription ic xc ; à droite, la Vierge, la tête penchée, les mains levées et ouvertes dans la direction du Christ, avec l’inscription habituelle : MP ©v. Au-dessous, deux anges byzantins, vus à mi-corps, avec des ailes de deux tons.
1. Dalton, Catal . of early Christian antiquities, n° i53 (anneau d’argent).
2. Voy. Barbier de Montault, Le trésor de Sainte-Croix de Poitiers dans les Mém. de la Soc . des antiquaires de l’Ouest, 2 e série, t. IV, pl. IV bis , p. 342 .
3. Dalton, op. cit., p. 99 , n° 4gi- Cf. aussi E. Babelon, Catalogue des camées... de la Bibliothèque nationale , n° 353, pl. XLI.
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Dans le registre inférieur, qui est le plus grand, sont figurés les apôtres Pierre (à droite) et Paul (à gauche) avec les inscriptions :
oc A
r tp [oc]
oc
Saint Pierre tient une croix, saint Paul un livre. Les draperies et les plis de leurs vêtements sont fins, mais ont un peu trop de raideur.
Sur le couvercle (pl. XIV, a) est peint un Christ en croix, entre la Vierge (à gauche), vêtue de bleu foncé, et saint Jean l’Évangéliste (à droite), en blanc et bleu clair, tenant un livre orné de cabochons et chaussé de sandales. En haut est écrit selon l’usage :
"IAE 0 Ï["10]S sor 'IAOT *H M'HT[HP] SOT
Au revers (pl. XIV, b) est un saint à tête allongée, portant la barbe, vêtu d’une robe d’un bleu tirant sur le gris et d’un manteau blanchâtre, avec le pallium rouge, orné de trois grandes croix bleues, passé sur les épaules.
Son nom nous est fourni par une inscription :
IHANNHC [O] XP[YC0C]T[0]M[0C].
Il tient dans les mains un livre à tranches dorées, ouvert, sur
lequel on lit cette citation d’un passage de l’évangile de saint Jean