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Le fragment tout entier mesure o n, ,o

MONUMENTS ET MÉMOIRES

n’est pas facile de déterminer la provenance et l’usage de ces instruments. Rappelons seulement qu’on en a aussi retrouvé dans les sépultures des Catacombes, et que j’ai recueilli le manche d’un objet semblable dans le puits à reliques des fondations du Sancla Sanctorum.

Enfin une très courte section de roseau, dans lequel est engagé un sachet à relique en lin, pourrait représenter la « verge de Moïse » ou celle d’ « Aaron », dont parle Jean Diacre.

On a recueilli, en outre, plusieurs gros clous de cuivre à section carrée et tête arrondie, et un petit fragment d'étain (pl. XI, i) qui semble provenir du revêtement d’un coffret ou d’un vase. Il est divisé en quatre compartiments, encadrés de lignes droites et de pointillé avec une bordure étoilée. Dans les deux supérieurs on reconnaît les espions de Chanaan rapportant l’énorme grappe de raisin du torrent d’Eschol, comme on le voit sur certaines lampes chrétiennes et sur des verres dorés 1 . Au-dessous, il semble qu'on pourrait retrouver le Sacrifice d’Abraham.

Un grand nombre d ampoules de verre ou de Jioles ont aussi été recueillies 2 (fig. i5). Beaucoup sont de simples petits tubes de verre, avec un léger renflement à la base etau sommet, comme celles du trésor de Monza (pl. XI, 5). Il y en a qui ne mesurent que o'“,o2 ou o m ,o25. Celles-là vont en s’amincissant un peu de la base au sommet. D’autres mesurent jusqu’à o' n ,o58 de hauteur. Elles sont remplies de matières blanches, brunes ou roussâtres 3 . La poudre blanche, cpiecertaines contiennent, doit être de la « manne ». Les fines gouttelettes rouges, sur les parois des autres, indiquent le sang d’un martyr ou du Saint Sang.

1 . Numcri , XIII, 24-25; A. de Waal, Die Jigiirliclien Darstellunyen aufaltchristlichen Lampe (Compte rendu du 4 e congrès scientifique international des catholiques , Fribourg. 1898), p. 1 84 , et planche, fig. 1. M. G. Bapst, dans ses Études sur l'étain dans l'antiquité et an moyen âge (Paris, i 884 , in-8°), ne cite pas de monuments semblables. — Les personnages figurés sont très sommairement dessinés, dans le genre de ceux de certaines pierres gravées du Musée Britannique (Dalton, op. cil., pl. 1, 19, 25 , 26, 42).

2 . Beaucoup de ces fioles peuvent avoir été fabriquées sur les bords du Rhin, comme celles dont parle Fr. Lenormant, dans la Gazette des beaux-arts , 1™ série, t. AA, p. 23 o.

3 . Barbier de Montault, dans Le trésor de Sainte-Croix de Poitiers (Mém. de la Soc. des antiquaires de l'Ouest , 2’’ série, t. 1 \, p. 274, pl- Ail), a publié des ampoules du meme genre, dont Tune « du lieu de l’Ascension ».

LE TRÉSOR DU SANGTA SANCTORl M

L’une de ces fioles, de dimensions un peu plus grandes (o m ,075 de hauteur), a un corps ovale (de o , “,o4 de diamètre), avec u,ne partie concave au-dessous, pour permettre de la faire tenir debout (fig. i5). Elle est bouchée, à l’aide d'un très grand morceau de parchemin, tout jauni, et lié autour de l’extrémité de son goulot par un fil. Sur ce parchemin, une main lombarde du vm° ou du ix 0 siècle a tracé les mots : « Oleo de sepulchro Domini. » C’est de « l’huile du Saint- Sépulcre » ; elle a suinté à travers le parchemin, qui en est tout poissé.

Au nombre des menus objets, il faut encore compter les pierres et les fragments d’os, renfermés dans des sachets ou dans des étoffes, et surtout un sceau en terre sur lequel est figurée la Guérison du paralytique ou de l’aveugle (pl. XI, 4 )*-

Parmi les ossements, on a recueilli : i° un petit quatre-feuilles ou, si l'on préfère, une minuscule croix de verre, à branches égales arrondies et bombées, dans laquelle est encastrée sans doute une portion de relique ; 2 ° un sceau ovale en cire noirâtre, de o m ,02 de haut sur o m .io de large, avec une figure mitrée et, en exergue, les lettres : « caegr Rivi- — », seules lisibles actuellement.

Enfin, au mur septentrional de la chapelle, est suspendu un cadre, sous le verre duquel on voit un fragment de bois dur (chêne ou cyprès), de forme allongée et étroite, garni sur les bords d’une légère lame de métal (cuivre ?) clouée. L’inscription qui l’accompagne est ainsi conçue : « Pars lectuli in quo D. N. feria v in cena recu- BüiT. » Ce pourrait être aussi un morceau de la table de bois, à revêtement métallique, de l’ancien maître-autel de la basilique de Latran, dont il est question dans Jean Diacre. Cet objet, à la différence des autres, a toujours été visible.

Tissus.

Des tissus, servant à envelopper les reliques, ont été retrouvés

1 . Ce sceau de terre est indépendant de l’authenlique 7 sur laquelle il a élc placé pour être photographié. Voy. la planche XI, !\.

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en assez grand nombre et à des degrés divers de conservation : les uns sont encore en très bon état et ont même gardé leur coloris ; les autres sont à demi passés et fort endommagés ; d’autres enfin tombent en poussière. Bonincontri les désignait comme vêtements de saint Pierre ou de saint Etienne. Nous allons décrire les mieux conservés.

En premier lieu, il faut mentionner le coussinet de soie, rempli d’ouate (plumacium ex holosirico cjuod stauracin dicitur), sur lequel se trouvait placée la croix d’émail, dans le fond du coffret d’argent rectangulaire (pl. XVIII, 1). La soie, à fond pourpre, est ornée de figures en noir, jaune et bleu: dans un cercle de feuillage, en forme de cœurs et de lys, bordé de pois, à droite et à gauche d’un palmier stylisé [homa persan*), deux personnages imberbes, vêtus d’une courte tunique et coiffés du casque persan simplifié, à aigrette tréflée, percent, de leurs pieux, des lions dressés pour bondir, dont la tête retournée est vue de face 2 . Au-dessous, deux chiens de chasse poursuivent les bêtes fauves en aboyant. Dans la partie inférieure, sont deux autres chasseurs à l’épieu ou belluaires, placés dos à dos, la face tournée en sens inverse des deux premiers, perçant chacun un lionceau, derrière lequel est un épervier. L’étolfe entière devait être couverte de cercles ou médaillons semblables, disposés par zones parallèles. Chaque point de tangence des médaillons se trouve occupé par un cercle de pois, orné au centre d’une grosse fleur ronde à pétales. Dans les espaces laissés libres entre les zones, sont des motifs variés (pyramides de points, fleurons, etc.). A certains endroits, les contours du dessin sont hachés comme sur un canevas.

Ce fragment de soie, dans le genre de ce que les fabricants appellent de nos jours des lampas ou brochés, à fond en diagonale, est un rare et très précieux monument d’art sassanide ou persan.

1. Voy. un palmier du même genre sur une étoffe d’Aix-la-Chapelle du vi'-vm* s., publiée par J. von Lessing, Konigliche Musccn zu Berlin. Die Gewebe-Sammlung des k. Kunstgcwcrbe-Mnseums im Amtlichen Auftrag (Berlin, 1900 et suiv., gr. in-fol.), t. III, tissu coté AKG /j.-'j2. Cf. aussi t. I, cote ’84-22G (vn p -ix e s.).

2 . Voyez des lions du même genre sur un lissu de 8aintc-l rsule de Cologne, dans Julius von Lessing, op. cit., t. I, cote KGM’ 81 . 1 3 .

C'est, en effet, de l'époque de Chosroès-Nushirvan, auquel l’empereur Justinien paya tribut en 532 et en 56 1 , que date la pleine éclosion de cet art, qui eut une très grande et heureuse influence sur la fabrication des tissus, jusque-là presque uniquement entre les mains des Coptes*. Les tissus sassanides sont les plus anciennes soieries à ornements qui aient été fabriquées ailleurs qu’en Extrême-Orient. Les médaillons à personnages que nous y remarquons sont probablement inspirés de ceux des tapisseries coptes 2 , mais les scènes de chasses et les combats de belluaires paraissent plutôt d'origine persane et byzantine *. Le coussinet de soie doit donc être daté du \if siècle environ. Cela concorde très bien avec le passage du Liber ponlijicalis, où il est question de la découverte du pliimacium ex holosiriro, faite par le pape Serge I" (687-701).

Dans le coffret d’argent cruciforme, du pape Pascal I", se trouvait aussi un coussinet cruciforme, fait d’ouate recouverte de soie jaune et rouge à rayures et ramages, qui offre un exemple de cette teinte jaune qu'on appelait stauracin, d’après certains commentateurs 4 .

Tissu de soie avec scène de ï Annonciation (pL XV). — Ce morceau de soie, du genre des lampas ou brochés, mesure o m , 3 i 5 de haut sur o m ,68 de large. Le tissu appartient à la variété avec f « ordonnance à roues » , appelée circumrotafa 5 ; il comprend, en effet, deux médaillons circulaires tangents de o ,n , 3 o de diamètre environ, dont le fond est rouge pourpre, et sur chacun desquels se détache la scène de l’Annonciation. La Vierge est assise, à gauche, sur un siège élevé, composé d’un socle à pieds reliés par des barreaux, sur lequel est un coussin ; on aperçoit, en arrière, le dossier composé de deux montants ronds ornés de pois. A côté d’elle, est un grand panier d'osier

1. R. Cox, L'art de décorer les tissus d'après le Musée de la Chambre de commerce de Lyon (Paris, 1900 , in-fol.), p. xvi.

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