PREFACE
Il l'a favorisée aussi en réduisant à presque rien l'autorité du père. Un des meilleurs élèves de Le Play, M. Charles de Ribbe, a recueilli dans les archives de famille de Provence un grand nombre de ces livres de Raison où le chef rendait compte (raiionem reddebat) de sa {gestion du bien héréditaire. Nous avons dans ces docuuients un « raccourci " révélateur de la psychologie des anciens Français, un mot qui revient sans cesse : celui d'obéissance. J'ouvre au hasard un des ouvrages de M. de Ribbe : Les fa)niUes et la société en France avant la Révolution. J'y trouve des traits du Livre de Raison de Jean -Baptiste de Sudre, C'est le petit-fils d'un cadet, issu lui-
même d'une famille de Guyenne, lequel, ayant vendu sa compagnie, est venu s'établir en Avignon. Il a fondé là une nouvelle maison. Parlant de ce grand-père, au début de son livre, Jean-Baptiste de Sudre dit : « Il n'eut jamais à se plaindre de ses enfants qui lui ont été toujours soumis et très obéissants. .. » Et encore : il C'est celte aveugle obéissance qui, jointe aux bons sentiments du père, a attiré sans doute à la famille une protection toute particulière... » " Ayant pris en considération, " dit un autre père, » V obéissance et la révérence que Jean Arboud, mon cher et bien-aimé fils, m'a toujours portées. . . » Et un autre : i. . . Mes héritiers que je ne déclarerais pas tels, si je n'étais assuré qu'ils mériteraient les grâces que je leur fais, par une aveugle obéissance à exécuter mes dernières volontés... » Voici un autre syndrome : cette obéissance exigée par les pères et acceptée par les fils s'accompagne d'une réciprocité de tendresse chez ces pères,