PRÉFACE XXIX
et chezces enfants. L'expression pieuse et virile de ce sentiment nous émeut à une profondeur singulière, tant il y tient d'humanité simple. «C'est ici le plus funeste endroit de ma vie et de tout ce livre...," écrit Joseph de Sudre, le continuateur de Jean-Baptiste, «c'est la mort de mon fils, Jean-Joseph de Sudre, aîné de mes enfants, capitaine dans le régiment de Lourches, tué à la bataille de Marsalia, donnée contre M. le duc de Savoie, le 4 octobre iGÎ)3, jour de Saint- François, lorsqu'il exhortait ses soldats contre lui. Je ne puis en dire davantage, fondant en larmes dans le même moment que j'écris. Il faut pourtant dire, avec la douleur la plus forte et la plus sensible, que c'était de tous les enfants le plus obéissant, le plus honnête, le plus savant. Aussi ne m'a-t-il jamais donné aucun déplaisir que celui de sa mort. J'avais pris beaucoup de peine pour son éducation, et j'y avais réussi, car il connaissait parfaitement Dieu et le monde... » Un siècle plus tard,
XXX LE TIUBDN
dans un autre livre de Raison, un autre Provençal, Pierre-Joseph de Golonia, écrivait ces lignes sur la mort de son père, et sa plainte fait un émouvant écho à celle de Joseph de Sudre : « Hélas! j'ai beaucoup trop peu joui de ce bon et excellent père. Il n'avait que cinquante ans et je n'en avais que dix-neuf, quand j'eus le malheur de le perdre... Mon père surveillait et dirigeait lui-même mes éludes. Je m'occupais de m'instruire des lois et de la pratique. Combien j'ai été heureux pendant ce temps si rapidement passé ! Quoique livré au travail, il me restait du temps pour les délassements honnêtes, mais la plus vive de mes jouissances était le bonheur d'être avec mon père, et de découvrir chaque jour en lui de nouvelles vertus. Mais, ô funeste événement! ce bon père dont la vie me devenait plus nécessaire que jamais pour me guider et pour m'éclairer fut attaqué d'une fièvre maligne, et fut enlevé après dix jours de maladie, le 23 avril 1766...»