‹ Le tribun: chronique de 1911Chapitre 15 sur 50 · PREFACE XXXV · texte numérisé non relu

PREFACE XXXV

continuer les pères ; jamais moins de persévérance dans le séjour, dans le métier; par suite, jamais moins de personnalités fortes. Le mot que l'on prête à Napoléon est éternellement vrai. « Si j'avais été mon petit-fils ! . . ." s'écriaitil au lendemain de Waterloo. Ce formidable et génial improvisateur s'en rendait compte : on ne se passe pas du temps. La famille, c'est le temps derrière l'individu, cette force de durée mystérieuse et souveraine, hors de laquelle tout est mince, chétif, de qualité médiocre, surtout la personne humaine. Nos années d'acquisition, réduits î\ nous-mêmes, sont si brèves ! Nos chances d'égarement si nombreuses ! Notre champ d'action si limité !

Ces réflexions, mon cher Mourras, ne sont pas très originales. Lorsqu'il s'agit de problèmes sociologiques, c'est un mauvais signe que l'originalité. J'ai tenuà inscrire, en télé du Tribun, cet aphorisme de Bonald : « En morale, tout ce qui n'est pas aussi ancien que l'homme est une erreur. " Une des plus lamentables illusions de notre âge aura été l'abus de l'idée d'évolution, mal comprise. Nos contemporains font de ce terme le synonyme de changement, au lieu qu'il est, dans une philosophie saine, synonyme de permanence. Un être n'évolue que pour s'adapter, c'est-à-dire pour maintenir, dans une différence de milieu, les données essentielles de son activité. Évoluer,

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