PORTAL, CLAUDEL, MADAME CLAUDEL AMÉLIE BINET
PORTAL, à Amélie qui entre.
Mademoiselle...
AMÉLIE, 10 aie troublée.
Madame... Mais ça ne l'ait rien... Le receveur de mon bureau m'envoie, monsieur le président.
Pourquoi êtes-vous intimidée ainsi, madame ? Je vous ai fait venir pour vous demander un simple rensei^jnement.
AMÉUE
Je vous les donnerai tous, monsieur le Président. Mon mari et moi, je vous jure, nous sommes de braves gens. Si nous n'envoyons
pas notre petit garçon à la laïque, c'est que nous habitons tout près de l'autre école, et comme c'est maman qui le conduit et qu'elle est vieille. ..
PORTAL
Mais, madame, je neveux rien savoir de tout cela. Moi ministre, l'administration ne connaîtra jamais que la loi, vous pouvez le répéter à vos camarades, et tous les citoyens, même fonctionnaires, pourront envoyer leurs enfants à l'école libre, encore une fois tant que la loi le leur permettra. C est la preuve qu'il faut la chan^oer, voilà tout... Si je vous ai fait venir, c'est uniquement pour vous parler d'une affaire de service.
AMÉLIE
Je ne comprends j)as, monsieur le Président. Je ne crois pas avoir commis de faute au bureau.
PORTAL
Il ne s'ag^it pas non plus de faute. . . Répon-
dez-iiioi simplement : A quelle heure étiez-
vous de service, hier, au jjuichet des lettres
recommandées?
AMÉLIE
De six heures à neuf heures du soir, monsieur le Président.
PORTAL, lui tendant la grande enveloppe .
Alors c'est vous qui avez enreg^istré cette lettre?
AMÉLIE
Oui, monsieur le président, .l'ai même hésité un moment, parce qu'au toucher, il m'a semblé qu'elle contenait des billets de banque. Je l'ai fait remarquera l'expéditeur qui m'a dit que c'étaient des dessins de parures sur papier de bijoutier,
PORTAL
Alors, vous avez échangé quelques mots avec cette personne.
AMÉLIE
Oui, monsieur le président.
LE TIUHU^' Si
PORTAL
Vous la reconnaitriez?
AMÉLIE, hésitant Mais, monsieur le président...
Ah! Mais quoi?
AMÉLIE
Mais je ne crois pas que le secret professionnel me permette...
PORTAL, se tournant vers Claudel Mon ami, madame a raison.
CLAUDEL, qui tient en main la j)hotographie de Massieux Madame peut toujours nous dire, sans manquer au secret professionnel, si elle a jamais rencontré la personne dont voici la photographie.
AMÉLIE
Je la rcconnaitrais, monsicuj", que je dirais tout de même que je ne l'ai pas vue.
gi,aui)i:l Alors, regardez le portrait, j'y tiens...
AMÉLIE, regardanl le portrait et vivetiient. Ah ! . . . Mais cette fois, monsieur le Président, ce n'est plus le secret professionnel. Je n'ai jamais vu ce monsieur, jamais, jamais...
PORTAL
C'est bien, madame. Nous savons tout ce que nous voulions savoir. Vous voyez que ce n'est pas grave et qu'il ne peut en résulter pour vous aucune conséquence. D'ailleurs mon nom aurait du vous être, en venant ici, une garantie contre toute injustice et tout arbitraire. Vous pouvez vous retirer, madame.