GEORGES, PORTAL
Où étais-tu?
GEORGES, il montre une feuille de papier
Dans ma chambre en train de remettre au point ce projet de lettre aux délégués des grévistes, que tu m'as donnée à refaire... J'ai
pensé que ma présence était inutile ici, pendant que...
PORTAL, l'interrompant avec sévérité.
C'était à moi d'en juger. (Prenant la feuille de papier.) Mais voyons la lettre. (Il la lit.J Ce n'était vraiment pas difficile de trouver cette rédaction-là du premier coup... Maintenant, à mon discours... Tiens, mets-toi là. Je vais te jeter quelques notes... Le début est recopié? Donne... (Il parcourt rapidement les feuillets pendant que Georges s'assied à sa table.) Cl Hé! messieurs, je le sais trop que l'hérédité existe, qu'une transmission fatale des déchéances descend sans cesse du père aux enfants. Mais qu'est-ce que le monde social, sinon une conquête sur la nature, et ironsnous demander à celle-ci des leçons d'iniquité? Quand je vois tous les ennemis de la Révolution, un Bonald, un Joseph de Maistre, un Balzac, un Comte, un Le Play se réunir dans la même affirmation que la société se compose
de familles et non d'individus, derrière la formule philosophique, d'aspect impartial et scientifique, je distingue l'appel secret aux puissances dupasse, et je réponds : « Qu'est-ce que la famille, sinon une collection d'individus, avec l'intégrité de leurs droits propres, avec l'intangibilité sacrée de leurs personnes?... » Bien... Écris, maintenant. « Moi qui n'ai pas peur des idées, je dis et j'affirme que le prétendu droit familial n'existe qu'autant qu'il est en accord avec le droit individuel, et que la véritable cellule sociale, ce n'est pas la famille, c'est l'individu.. . »
Rideau.