‹ Le tribun: chronique de 1911Chapitre 45 sur 50 · BOURDELOT, GEORGES, MADAME CLAUDEL · texte numérisé non relu

BOURDELOT, GEORGES, MADAME CLAUDEL

BOURDELOT, courant à la chambre de Georges. Georges! Georges!... C'est moi, Bourdelot... Mme Claudel est là. Si tu veux lui parler, viens! Et tout de suite! (Georges entre, et, au même moment, Mme Claudel.)

MADAME CLAUDEL

Vous voilà, enfin, monsieur Bourdelot? Et vous, Georges, aussi?.,. Ah! tant mieux!... J'ai une grosse nouvelle à vous annoncer... Le collier de perles est retrouvé.

BOURDELOT, Saïsi.

Le collier de perles? Alors Claudel sait?...

MADAME CLAUDEL

Que les cent mille francs ne sont pas une restitution? Oui.

nOURDELOT

Il va chercher... Il va trouver... Nous sommes perdus.

GEORGES

En quoi, perdus?. . . Cours chez lui et nomme Mélanie. Tu as dû la voir?

BOURDELOT

Non. Elle n'est pas à Paris. Il faut trouver autre chose... Mais quoi?

MADAME CLAUDEL

Ah! j'aurais dû suivre mon instinct, parler. Cet aveu, avant la découverte du collier, eût été une preuve que je n'étais mêlée en rien à cet envoi d'argent. Qu'est-ce que cet honnête homme va croire de moi, à présent?

BOURDELOT, /a /o;-ç<7?j/ à s'asseoir.

Évidemment tout, s'il vous voit dans cette émotion. Reprenez-vous, madame. Pensez que votre manque de sang-froid peut vous coûter la vie. Sous des apparences calmes, Claudel est un passionné et un violent.

MADAME CLAUDEL

Qu'il me tue, et que je sois enfin sortie du mensonge !

BOURDELOT

Et si c'est Georjjes qu'il tue?. . .

GEORGES

Pour ce que ma vie vaut maintenant!...

ROURDELOT

Et moi je vous dis que votre devoir, à tous deux, est de vivre, elle, pour son enfant, toi, pour ton père, pour ta mère, pour moi. — Tu m'as donné ta parole, hier, mon petit, que tu vivrais. — Pour toi aussi, pour racheter. . . Mais nous nous affolons. Pourquoi?... Madame, répondez à mes (juestions. Claudel a-t-il nommé Georges"! fOéndgaiioti de Mme Claudel.) Non. Fiien ne prouve donc qu'il soit sur cette piste. H n'y entrera pas... Voyons, racontez-moi, exactement et par le détail, la manière dont votre mari a été informé que le collier de perles était retrouvé. Vous étiez là?

196 LE TIURUN

Oui.

BOURDELOT

C'est Girard, l'inspecteur de la sûreté, qui l'a rapporté ?

MADAME CLAUDEL

11 ne l'a pas rapporté. Il est venu dire, simplement, que le faux marquis de Nancy a été arrêté, hier, à la g^are du Nord, dans le train de Boulogne. Parmi les bijoux qu'il portait sur lui, il y avait nos perles.

BOURDELOT

Ah!... Et qu'a dit Girard de l'envoi des cent mille francs? Il a dû être étonné, émettre une hypothèse, quand votre mari lui en a parlé ?

MADAME CLAUDEL

Il ne lui en a pas parlé.

BOURDELOT

Ah ! . . . Et vous, madame ?

MADAME CLAUDEL

Moi ?

ROURDELOT

Oui, vous! Vous n'avez laissé échapper aucun mot d'étonnement, aucun geste?

J'avais trop peur de me trahir.

BOURDELOT

C'est en vous taisant que vous vous trahissiez. Votre mari vous a regardée, à ce moment-là?

MADAME CLAUDEL

Je ne sais pas.

BOURDELOT

Naturellement. Vous baissiez les yeux. Comment voulez-vous que Claudel n'ait pas remarqué votre trouble, qu'il ne se soit pas dit : « Elle sait donc quelque chose » ?. . . Quand vous avez été seuls, après le départ de Girard, il ne vous a pas communiqué ses impressions sur cette étonnante aventure? Il ne vous a pas demandé les vôtres?

MADAME CLAUDEL

Non. Et c'est ce qui m'a le plus effrayée.

198 LE TUlliUIN

lîOURDEl.OÏ

C'est assez effrayant, en effet... Une question encore : Claudel vous al-il jamais paru jaloux de Georges?

MADAME CLAUDEL

Il en était jaloux.

BOUKDELOT

Ah!... Et il vous a laissé sortir toute seule, dès que Girard s'en est allé ?... Vous êtes sure qu'il ne vous a pas suivie?

C'est lui qui est sorti le premier. Il m'a dit simplement : « Je vais au fjreffe du Dépôt, vériHer le collier... » Alors, moi, j'ai couru chez vous.

BOURDELOT

Ah!... Il va vérifier le collier. C'est du temps de gagné. . . Ensuite il va penser à la pièce qui est à la poste. Il viendra la demander à Portai, dès ce matin. C'est la seule trace iudiscutahle. Il faut que Portai la lui refuse, qu'il

déclare qu'elle lui a été refusée à lui-même, à cause des règlements... Claudel continuera son enquête. Car c'est une enquête qu'il commence. Et il ne trouvera rien... A moins que vous ne le mettiez sur la voie, vous et Georges, par vos manières d'être... Je sais. H y a l'argent. Moi aussi, madame, je suis un honnête homme. Je vous jure que cette question se réglera d'une manière telle que votre scrupule sera en repos là-dessus. Je vous expliquerai... Mais plus tard! plus tard!... A cette heure, il n'y a qu'une affaire urgente : celle de la poste et du document. Tout dépend de Portai. Je vais lui parler... Je vous laisse seule avec Georges. Pendant qu'un drame se passait chez vous, un autre se passait ici, et plus terrible.. . Madame, je vais tout faire pour vous garder à votre enfant. Gardez ce malheureux à son père, à sa mère. Dites-lui (ju'il leur demande pardon de son crime! (li sori.J Car il a commis un crime pour avoir ces cent mille francs.

200 LE TRIRUN

Page 1