PREFACE XIII
Pour qu'il existe, il faut qu'il dure. Assurer sa durée sera donc la première beso{jne du législateur qui voudra fonder la société sur la famille. Mais comment assurer cette durée? En assurant la continuité. Pour donner un corps à cette continuité, l'unique moyen est l'héritage. Nous arrivons ainsi à dériver le problème de la famille dans celui de la propriété. Pour qu'une famille dure, il faut que sa propriété dure. Pour qu'une propriété dure, il faut qu'elle ne soit pas divisée à chaque mort, sinon la famille est sans cesse diminuée. Une terre d'un million représente une puissance. Partagée en cinq parts de deux cent mille francs, elle se prête à cinq médiocres foyers. Que l'héritage se divise encore, à la troisième génération, la fortune de la famille a fondu. Le droit d'ainesse ou le droit de tester : choisissez. Vous n'avez pas d'autre moyen de faire qu'une famille ait quelque chance de rester égale à elle-même. Mais la propriété n'est pas
la simple possession matérelle d'une terre ou d'une somme d'arg^ent. C'est la mise en activité de cette terre et de cet argent. Si vous voulez, pour fortifier la famille, fortifier la propriété, vous n'y parviendrez qu'en fortifiant cette activité. Gomment? La vieille France donne la réponse. Elle attachait à la possession certains devoirs qu'elle doublait de certaines prérogatives. Elle invitait les fortunes mobilières à s'anoblir par l'achat de certaines charges. Elle les amenait ainsi au service public. Ce procédé a un nom. Il s'appelle le privilège. Le marquis de Vogué dans sa remarquable monographie : Utie Famille vivaroise, a donné, de cette vieille France, une définitioji saisissante de justesse. « Elle était, " a-t-il écrit, 14 un équilibre de privilèges. » Une famille ainsi grandie et fixée rencontrait en effet d'autres familles ou grandies elles-mêmes, ou en train de grandir. Mettre en accord ces privilèges opposés, la législation d'alors n'avait