‹ Le tribun de Gand. V. 2Chapitre 12 sur 15 · L^ "^EI^DN DR G^AN · texte numérisé non relu

L^ "^EI^DN DR G^AN

Jean Bakç, ^oy^ d^f p^MtA r^\Çi^ ^t W tfo^s fila. iMsqi^ là, les foulons, malgré toutes les excita U^ç^ na. i^'éiole^tpat encore laissés ^r «\ dle^ (|çtes <;ie. viol^jp^çe, imrçQ que Içur doyen Seger Bo^e (çiçi^lciil deripit L'efTusio^ du sang. Jeaa ^Bjifi, au contraire, étsut çot^u P9r Ipute lot Yitta comme un bomme des plus ex«Ué§ «t des plu^ robuslea, et, bien qull ÏÙX <^yea des foi^g^ro^s ^ d^ petits métiers» iJL ne eraigoait pas de j^ecourir t^ m. £9vce da iioQ pour déoidèr « ooupa de poing entre lui et ses adversaires. $e$ t^pis fijy» étaiealéga- )emei;tt redoutas de tpus leurs çompagno^^oomme les plys grands batailleurs de touji^ I4 vijl^.

Grâce à V^xcitation de çe^ l^ommes et des cootinadlei provocations des tisseran^^ la haia^^ ^utce leadeux partis en vint h un tel ppint d^'a^imosÂ^é, que, presque chaque jour, des luttes sanglantes s'eng^g^aieni^ dt^us b^ taMCu^naa et que Ton en vint à s'assomm^i; littéralement par j^alpuaie.

Cet état de choses atti^tait grandement Aclevelde» il se multipliait, pour aiasi dire, tui-méme et trayaJJUait jour et nuit sans trêve ni repos, pour sauver sa ville natale du daager qui la menaçait et déjouer en même temps les agressions des léliards dans les autres parties de la Flandre. Tant que les petits métiers étaient restés en dehors de la querelle, il avait pu, grâce à l'aide de la bourgeoisie moyenne, conserver encore assez d'influence pour empêcher un choc décisif entre les tisserands et les foulons; mais maintenant que le troisième membre de la commune s'était déclaré avec rage contre les tisserands, disparaissait la dernière apparence de pouvoir que l'autorité communale avait conservée. En efleî, tous les poorters de Gand, sans exception, faisaient partie de l'un des métiers., soit qu'ils fussent eux-naêrnes. négociants ou ouvriers, soit que, pour jouir des privilèges des métiers, ils se fussent fait inscrire dans l'un ou l'autre, l^a même baio^ enflammait tous les habitants : chacun se croyait obligé de

défendre son métier avec passion et personne ne voulait écouter la voix des niagistratç..

Enfin, les chosçs aUèrent §1 loin, qu'on œisaTuençait h p9fler ouvertement en viUe (^*unç émeute proçhainç des fovflpps, qui ne n^çinaçqient de riep mo^ns. que de piller toutes Ijes , maispns de$ tisserç[,i;id§ e\ de ip^sj^s^çi^er c^içonque oserait leur faire résiistançç. Déy[à on V9yaii.t les foulons et les q^eipbres des petiti^ ^néMers. ppurir çfl ajTmp^daîis les rues ; et Je^n Ça^ke 8\yait même annoncé, a\i ^irç de qy,elques powtexs, que la sangtante enti^epri^e s^raU tei;\l?e Ip l^nd|ç|paii^,.

Comme deçnlç.r EUpyen di*W?^9h^'' l>iîwsi,9çt iif, sgng, au inoips pour çeiour-là, et §i c'était pog^ib.lej, tpjiniiner te différend, ^rtevçlde fit prpcl^rpey par Je sonnei^r de Iroqape ie la ville, que le§ doyens de toi^^ les métiers se réuniraient le lencleinati^ à neuf heure,? dy n^ atifl, à la Maison-fl;autç, sur le ijnarçhé dy. Vendredi, ppi^r déjihérçr çt prendre u^e décision définitive sur la querelle pendante.

Cette annonce, qui promettait une solution de la question, ôta tout motiJ[ à un conflit immédiat; on (Jli^çra donc toute entreprise violente, bien que chaque métier se préparât à tirer vengeance de ses adversaires s| la décision à intervenir n'abondait pas dans son seixs.

Le lendemain était une belle journée de mai; le tiède soleil de printemps répandait à ftots, dans les rues sa bienfaisante lumière ; l'air, comme. §'il sç fût chargé dans la campagne d'efiluyes balsamiques, élargissait lapoitrifte; toutétait ïjlein de lumière et de vie, tout resplendissait, aussi l^ieji^ le ciel bleu là-haut que la nature riante ici-bas ; on eût dit que' ce jour serein et radieux ne pouvait éclairer que le bonheur èi la joie. Hélas 1 à Gand cependant les jeunes rayoï^s du printemps éclairaient une foule agitée qui, la haine et la jalousie au cœur, la colère et la soif de la vengeance dans l'âme, semblait annoncer, comme un volcan qui

couve, la plus formidable explosion des passions populaires.

Toute la ville était agitée d'un sinistre pressentiment ; sur tous les visages on pouvait lire l'anxiété ou la fureur. Les gens des métiers, maîtres et compagnons, l'œil sombre et fixé sur le sol, se hâtaient vers le marché du Vendredi, en se montrant le poing de loin ou en s'excitant mutuellement à ne pas céder. Des vieillards mêmes, tout décrépits, et déjà courbés vers la tombe, traînaient péniblement leurs membres paralysés vers le lieu de rassemblement où l'on allait décider de la dignité de leur métier; dans leurs yeux éteints brillait encore une étincelle; on eût dit que la haine avait rassemblé pour ce jour-là tout ce qui leur restait de vie.

Sur ses entrefaites, les femmes et les jeunes filles, pâles et tremblantes, se rassemblaient en groupes devant les portes, et se lamentaient sur le malheur qui menaçait la commune; ou bien elles prenaient part à la querelle, et s'adressaient les plus insultantes provocations. Dans les quartiers pauvres, il y avait même des femmes qui suivaient leurs maris au mar ché du Vendredi et criaient plus haut qu'eux encore, que pour venger l'honneur du métier, elles ne craindraient pas de courir même au-devant de la mort.

Le marché du Vendredi offrait un étrange aspect quelque temps avant l'heure de la réunion. Celte vaste place était couverte de groupes considérables de gens des métiers, entre lesquels des passages libres semblaient ménagés à dessein. La multitude, fourmillante et divisée comme elle l'était, ressemblait dans son ensemble à un nombre infini de petites îles, au milieu desquelles une rivière aurait promeuf ses méandres capricieux. Tous les métiers y étaient reprr sentes par un certain nombre de membres ; mais on napercevait aucun mélange; chaque métier était séparé des autres par un espace qui était même assez grand pour eu»p«îcher le contact d'un groupe à l'autre.

Gomme la plupart des compagnons avaient abandonné Jeur travail pour se trouver, avant neuf heures, sur le mar- |ché du Vendredi, ils étaient tous vêtus comme ils le sont ordinairement à Touvrage et beaucoup portaient encore leurs outils à la main ou à leur ceinture. Aussi pouvait-on reconnaître au premier coup d'œil à quel métier chacun appartenait, et cette circonstance particulière avait sans doute contribué à la séparation plus marquée des métiers entre eux.

Dans chacun de ces groupes, au centre desquels se trouvait le doyen ou un orateur, on discutait vivement et pa&fois avec de sinistres imprécations sur le différend en suspens, et Ton condamnait par avance et le but et Fissue possible de la réunion annoncée. Tous ces cris, toutes ces voix, tous ces bruits se confondaient en un sourd murmure, en un bourdonnement confus.

Depuis la ff^annekem aerd jusqu'à la tourelle de la Gollace, s'étaient déployés les vingt-sept métiers de la tisseranderie, ils occupaient par conséquent presque la moitié du marché du côté du midi. En dehors des marchands de drap qui se trouvaient en grand nombre devant la Maison-Haute, on pouvait reconnaître dans ce corps puissant les tisserands, les fileurs et les tondeurs de drap. Parmi les différents corps de la tisseranderie on ne remarquait paslaméme séparation qu'entre les autres. Ce métier formait un corps compact qui, par le nombre, semblait en réalité assez formidable pour frapper de crainte les autres métiers et même au besoin les écraser. On pouvait lire sur la physionomie des tisserands qu'ils avaient la conscience de leur force ; ils se montraient moins remuants et on n'entendait pas planer au-dessus de leurs rangs ce tumulte confus et menaçant qui régnait sur tous les autres points du marché; mais un sourire de dédain trahissait leur orgueil, et leur

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attitude en appar'ehce indifféirente témoignait i^u'As iè te laissaient guère émouvoir par les clameurs des autres métiers.

Gérard Denis cburait dé tous côtés, Serrant la Ihaitik tout le monde et semant de perftde^ pàroléi pour faï^ échouer la tenlative suprême d*Artevelde. îl lui Ait extrêmement facile de persuader aux membires dé son btétièi' qu'ils ne devaient passer sUr rieh, ^és ihétnë ^\it Uhk apparence de concession ; cela était déjà résolu, auéèi bien parmi les tisserands que parmi leà autres hiétiërs. La question de rélévation du salaire à'était traDàtbnhêë ëb une querelle d'amour-propre et d'orgueil : restait êéttïteiiikiftnt ) savoir lequel des deux partis humilieràtt ses adversaires.

Les foulons formaient une boupe pleine d'ejcaltation qui s'était partagée eh divers groupes àûlôûir d'un cfertaiû nortibre d'orateurs en proie à une sorte de rage. Ce qui caractérisait ce métier entre touà les autres, c*étâit le dénûméot visible de. la plupart de ses membres, dbnt les vêtemenfcl déchirés et rapparence misérable attestaient l^ti'ils ûe participaient pas dans la même mesure ijue les autres à là prospérité générale. Aussi, sur ce point, tôiis les visages étaient-ils enflammés par la colère ; oii y entendait les plus horribles imprécations, les plus terribles ïiifertaces contre les tisserands, fies Femmes, semblables à d'aitVeux ministres de haine et de vengeance, excitaient là fureur deS hommes, couraient, les cheveux éparè, dans lei rangs de ce métier et remplissaient l'air de sinistres fet lianglanles clameurs.

Dans l'angle voisin de la ruelle d'Âtavâr, se tênâîenl les forgerons, leurs tabliers dô cuir sur la poitrine, les bras nus, le visage noirci, l'œil flamboyant, pareils h une nuée de démons échappés de l'enfer. Jean Bake, lé doyen, qui dépassait de la tête les plus grands dé Ses ôbttipagnoasei

avait la robuste constitution d'un géant, était au milieu de son métier, prononçant une harangue qui faisait serrer \es poings de rage à ses hommes, et qui eût suffi à faire commencer sur-le-champ une lutte sanglante, si chacun n'eût désiré connaître d'abord le résultat de la réunion de la Maison-Haute. À côté de Jean bake, se tenaient ses trois fils, robustes comme leur père et non moins altérée de vehgeance.

Sur le reste du marché on remarquait la plupart des autres métiers, bien qu'en petit nombre : les bouchers, la pierre à aiguiser à la ceinture; les boulangers, tout blanchis de farine; les pécheurs^ avec leurs lourds manteaux contre la pluie ; les brasseurs, à la face enluminée et tuméfiée ; les peaussiers, les maçons, les charpentiers et beaucoup d'autres.

Parmi les petits métiers répandus autour de l'église Saint-Jacques^ ne régnait pas la même surexcitation que sur la partie antérieure du marché, où les deu^ ennemis se trouvaient en présence et par là étaient arrives au plii's haut degré d'animosité. Cependant, près àe l'Hospice de Saint-Jean des Furieux, on remarquait un métier passablement nombreux et qui se distinguait par sa turbulence. Auk mains bleues des compagnons réunis eh cet endroit, on reconnaissait le métier auquel appartenait le brave Lîévin Gomyne. Le tumulte qui se faisait entendre était t)rëcis'ément la conséquence d'une allocution que le doyen vëhait , de prononcer et à laquelle les gens du métier avaient répondu par de longues accladaa lions et mille protestations de rester inflexibles. Le doyen les avait coilvaincus <tu'il bé fallait rien céder aux tisserands et que le diltérehd devait être résolu tout à fait au profit des ibufoiis, sinon que c*é^ tait un devoir pour tout teinturier de se joindre aux foulods pour dompter et humilier les orgueilleux tisserands.

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Les cris ayant cessé, Liévin Comyne s'écria avec tristesse et impatience :

— Mais comment cela est-il possible ? Les Gantois ont-ils perdu Tespril ou sont-ils tous possédés du diable ? Se battre, s'entre-tuer, on n'entend que cela I Et vous, maître Abelyn, vous d'ordinaire si mûr de jugement et de conseil, vousétc3 aussi d'avis qu'il faut verser du sang ? Je n'y comprends vraiment rien.

— Et de quel avis étes-vous donc, vous ? demanda un compagnon d'un ton railleur.

— Je suis d'avis, répondit Liévin Comyne, qu'il ne faut pas mettre la ville en feu parce qu'il a passé par la tète des foulons de demander quatre gros de plus par pièce de drap. Il y aurait, par ma foi, des émeutes tous les jours, s'il était libre à chaque métier de faire élever son propre salaire en recourant à la violence.

— Mais, Liévin, dit le doyen, vous ne comprenez pas bien TafTaîre. Croyez-vous donc que la demande des foulons soit mal fondée?

— Je ne dis pas cela, maître Abelyn; je reconnais, au contraire, qu'ils ne gagnent pas assez ; mais quatre gros, c'est trop. En tout cas, ce n'est pas ainsi qu'on doit s'y prendre pour décider des affaires de ce genre. Les doyens et les vinders sont là pour s'entendre à l'amiable sur les différends qui surgissent entre les métiers. Ce qu'on est accoutumé de faire depuis des centaines d'années, on peut continuer de le faire.

— Ah! ahl dit un compagnon en riant, il y a plusieurs [mois que les doyens ont l'affaire entre les mains; les lisse- 'rands s'imaginent qu'ils ont le droit de regarder les autres ^poorters avec mépris et du haut de leur grandeur; ils nous

crachent tous les jours l'injure à la face et jurent qu'ils n'accorderont rien, quand même tous les autres métiers vou-

(Iraient les y contraindre. Mais nous verrons si ces maudits tisserands continueront de nous écraser sous leur orgueil.

— Il faut en finir avec eux t s'écria un autre compagnon. Qu'on les jette à la Lys et qu'ils s'y noient t

I — Je vois bien qu'il n'y a rien à faire, dit Liévin Gomyne découragé; persévérez donc dans votre folie, laissez la moitié delà ville massacrer l'autre; laissez Gand sacrifier son bonheur et sa prospérité, s'épuiser et donner à la Flandre rexemple delà discorde et de la guerre civile; mais prenez garde que le Français, la verge à la main, se tient derrière la porte I Quand nous serons sous le joug étranger, sans commerce, sans travail et sans pain, nous nous mordrons les doigts et nous déplorerons, tout confus, ce que nous aurons fait. Mais les lamentations viendront trop tard t

— Bah ! bahl nous savons où tu as appris ces beaux discours 1 s'écria un compagnon. C'est comme si le capitaine général te payait pour parler comme lui; mais la chansou de ce gaillard à double face est passée de mode depuis longtemps à Gand !

— Rustre! répliqua Liévin avec colère; comment! tu oses encore parler irrespectueusement de maître Jacques, toi qui as à peine assez de bon sens pour distinguer ta main droite de la main gauche ! Ah I je remercie Dieu de ce que tu puisses me reprocher que l'opinion du capitaine général soit aussi la mienne. J'ai plus de droit de m'enorgueillir que vous tous, qui êtes ici à faire rage commodes enfants, et qui ne sentez pas que vous êtes aveuglés par les menées et les excitations des ennemis de votre patrie et de votre bonheur.

Un murmure de colère s'éleva parmi les teinturiers, et beaucoup d'entre eux menacèrent du poing Liévin; mais le robuste jeune homme retroussa les manches de son pourpoint et dit d'un ton de défi :

— Oui, oui, menacez, compagnons; vous connaissez Lié-

lié LR TRIBUN DE GAND.

vmComyne; sesbrasnesontpés paralysés tEàdàye^ tiiipeo. Maître Abetyn s'interposa vivement et rameiia led adversaires au calme. Liévin Comyne fut plus difficile à apaiser que les autres et dit enfin à ses camarades :

— Eh bien! faites ce que vous voudrez, je né tn^ëti occupe .plus; mais qu'un de vous ose encore dire un mot cotitre le capitaine général...

Cette altercation eût probablement dégénéré eu combat, si le roi des ribauds ne fût survenu avec ses hommes et n*eùt drié ironiquement aux teinturiers :

— Ah çà ! compagnons, pas de bataillé, sinon nous irons nous laver les mains au stem de Gérard le Diable t

— tu ferais mieux, répondit un compagnon, de conduire tes ribauds au Cygne d'or et de leur donner à boire; car ils ont Tair terriblement desséchés par le soleil et ils bâillent comme des poissons dans un étang vide t

— Bé ! Muggelyn I cria un autre, dis-nous donc de quel côté tu vas te ranger 1 Pour qui es-tu ?

— Moi? je suis pour l'hôtelier du Cerf sous le beffroij répondit le ribaud avec une feinte gravité qui fit rire tout le monde et mèine Liévin Comyne.

— Oui, mais ce n'est pas de cela que je veux parler, reprit le compagnon ; je voulais demander avec quel métier lu tiens, les tisserands ou les foulons?

— il y a longtemps qu'on sait cela, s'écria Muggelyn en avançant avec ses hommes sur le marché, je ne change jamais d'opinion et je suis aujourd'hui comme toujours pour le métier des mesureurs de vin 1

Pendant que les passions s'enflammaient de plus en plus sur le marché, grâce aux excitations mutuelles des deux partis en présence, Artevelde se tenait debout derrière une fenêtre de la salle de réunion de la Maison-Haute et regardait tristement les remuants compagnons des métiers. Son

tëutétàh épt^t^eâàé, ^bn rég^aM abattu. Ùà t^^bfoM èhë- ^it), tlhé ébni^âààiOlii toute pëtébhëlle poixi se^ JfrërëÀ égarés se peignaient sur ses traits.

Le Sé^ë ttotUMë àë tappel^it avec désespoir (}ue, dans des jours "pïûi hëUi'éUx, Uhé fbis aus^i il avait contetbplé le peuple pël* éëttë fetiëttè et iju'il avait senti des làtmes de joie ifnouillëf àeà yéu^; ii n'èntetidàit t^luis ni lés chants de triomphe de là fbulë ëttlhôUsiàèmée, tti son nom envoyé vers te éiel comme un cri de sallit, ni les serments réôiproqUes de fraternité et de fidélité ë la patHe ; ce n'était plus la fbulè joyeuse et bigarrée des femmes et des enfants etidimanchés, les embrassëmetits des gens deâ métiers transportés dô joie, les danses, les jeux, les chants... liéve séduisant d'une gloire et d'une grandeut disparues t

Et niaintehant la haine devenait tous les cdelirs; maintenant ce métnô peuple oubhait le danger de la pàlMe poUr àë préparer à verser un. sang fraternel; maintenant la voix d'Artevelde était impuissante, son nom était devenu un brandon de discorde entre ses frères, et lui, dans toute la plénitude de sa force et de son héroïsme, il lui fallait être spectateur inactif de la ruine de Gand et peùt-êti'e dé la Flandre!

Cependant il ne se trouva pas longtemps seul danà là salle de la Maison-Haute. Bientôt le premier échevin, ttaës Van Vaernewyck, Vint le rejoindre et le salUa avëô une expression d'anxiété peinte sur le visage, en lui disant :

-^ dâe Dléti pfdtége la hiàlheurehse ville de Gand ! Savez-Vous ce qui se passe, éapitàlne général f

— Je ne le Vois (jnë th>p bien, ami Macs ; si nous ne réussissons pàà tout a l'heure dans notre médidlion,Ce jour |)eUt ajoule^ Une sanglante page à l'histoire dés égarements du peuple.

— Il paraît que le^ fiWilohs ont Tintètition de courir aux armas, si où ne leur accoirde pa^ |Aélhé satîsf^l^tion aujoUN

180 LB TlIBUN Dl GARD.

Jourflliui. Cairitaine général, si les méUe» en viouiçût m IMriaoi, a flen de notre devoir 4'iQterveiiir et d'eiapécibor Pefibslon du sang.

«- Assurépienty messire Maes, c'est un triste devoir; mais aaurons^notts bien le remplir ? J'ai donné tout à rheure aux capitaines des paroisses Tordre de rassembler autant de poorten que possible, à tout événement. Savèz-voua ce que vobre propre frère, Guillaume, le capitaine de Saint-Jaoques^ m'a r^ndu ? — Qu'il appartient à la tisseranderie, et qu'A aime mieux renoncer à sa charge que de s'exposer à nea entreprendre contre les tisserands dans cette aSéire; il a ie> fusé d'appeler sous les armes les hommes de sa parmsse, ea prétextant qu'ils sont tous sur le marché. Joseph Apare, le capitaine de Saint-Michel, a suivi l'exemple de maître Guillaume, en donnant pour raison qu'il n'a pas été nommé capitaine pour aider à massacrer ses propres frères.

«^ Mon firère ! mon frère ! dit le premier échevin en soupirant. Hélas I capitaine général, c'est une maladie contagieuse qui a frappé jusqu'aux meilleurs et aux plus sensés. Tout le monde à Gand est frappé de démence !

— Ghelnoot Van Lens et Pierre Van Cauvenhove, poursuivit Artevelde, s'efforceront dans leurs paroisses de réunir un certain nombre d'hommes, et les tiendront à notre disposition sur le marché aux grains. S'ils réussissent à rassembler une force assez considérable, il sera, en tout cas, possible d'empêcher jusqu'au soir toute collision entre les partis. Qu'il reste çà et làj quelques morts sur le carreau dans les autres quartiers, si notre dernière tentative n'a pas pour résultat la réconciliation, cela est certain; mais ce serait là un petit malheur en comparaison de la catastrophe qui pourrait frapper notre ville.

— Malheur 1 malheur t s'écria niessire Van Vaernewyck, tandis que nous perdons notre tamps ici dans d'odieuses

discordes civiles, les intrigues des léliards font leur chemin; les autres membres de la Flandre menacent la séditieuse ville de Gand de se séparer d'elle, et au besoin d'une guerre; notre comte est à Bruxelles pour faire rompre Talliance au duc de Brabant, et la France se prépare tranquillement à j mettre la main sur notre patrie divisée. Mon Dieu t mon / Dieu ! quelle sera la fin de tout cela ? Ah I le désespoir remplit mon àme; je n'ai plus foi dans l'avenir de la Flandre; nous sommes nés pour être esclaves : esclaves de l'étranger ou esclaves de nos propres passions t Eh bien ! mieux vaut encore une soumission volontaire ! Si elle ne donne ni grandeur ni gloire, elle donne du moins le repos et excuse l'abaissement.

Artevelde sourit tristement en entendant les exclamations désespérées de son ami; il lui prit la maii) et dit :

— Nous sommes nés pour être libres et indépendants; la Flandre peut se tromper, s'égarer, déchirer son propre sein, mais mourir, disparaître, jamais ! Il y a trop de force vitale dans Je sang thiois, trop de noble orgueil dans le cœur des Flamands ! Ah 1 ami Macs, il est possible que nous préparions à notre patrie une nouvelle servitude; mais laissez, durant le cours des siècles, vingt servitudes peser sur la Flandre, et chaque fois le lion brisera ses chaînes, chaque fois l'héroïque race flamande se lèvera et donnera à l'Europe l'exemple de la liberté et de la force populaire t

— Hélas! dit mélancoliquement messire Van Vaernewyck, vous avouez donc que la gloire et la grandeur de la Flandre vont s'éclipser? qu'un nouvel esclavage sera le fruit de nos efforts et de nos sueurs? qu'il ne nous reste d'autre espoir que, dans l'avenir, notre patrie se soulèvera encore contre les ennemis de son indépendance et de sa liberté? Mais maintenant?... Maintenant la servitude et l'humiliation, n'est-ii pas vrai?

iàs LM tàikùn bfe tikfti.

jlattve nob réliséii^-t^... él iHiië, lie bôiû ifMtéM^W (M It conviction 4ue bôdil éVoflft lïit iiôtb àe?btr T !li tt ftM noué înâhqiie i>bui* séIrVtIf là i^ëtrfe cdâillle reki^ttt Idl èlNcônsiànces, te VolôUfé dU Molûii ttd dbuli a ptis IJltt ééfWL ikâinlénant quÀ la hlàlitft libuil dotûiné et tous entrt^ë dttb le iorredi dés ivéïiëméûU, comme de» arbres dérâéiîiél, fe Àut iious laisser ftottèr éVëc ^ëslgttatlôA, j(is(ttt'k èë 40e fe courant nous porte sur Un point où noué t>uissioii8 fiiife qotlque chose pour la Flandre, bieu seul sait ée qui arriver!; peut-éu*e nous résérVe-t-U Un seéours inespéré : lès ptasiorii du peuple sont mobîléé et inconstantes...

Artevelde Ait brusquement interrompu paif VàttMè de fiérard l>enis, qui lui dit d'Un ton bourru :

— Ah çèl maiffe Vta Arlevëldè, ouIdlèt-^TéiiA ûoûA (MNrfquoi vous êtes Vèuti léî f 11 eéi vrai que tôui vM eObrii n'flJ>outtrdht )k rtéâ; cëjbendant quand otl est éapttabië ^ héral, ùû né dôiH |^aé rairé Attendre les dojrèns des inftiMiB de (jahd quatid ôU les a convoqués. Le Sanneiir de tromp dô la ville est en bâé, SôU Instrument à la bouche, depuis Ss quart d'heure déjï.

Artevelde né lui répondit pas, alla Jtisqii'è là porté dé la salle et donna un ôrdfè éU ^Bge qui é'y trbtivbit. On éhlésà aussilôi le soniiéufr dô trompe dô la Ville donaetr qod-

Iues sons retentissants, et^ pôu dé tôihps après, tous ia oyens des métiers entreront toUr h loiir dîné la éalle. Ce furent d'abord les vidgt-sept doyens de lé tisSërénderie, qiii allèrent se ranger du it^té droit d'une longue table où ib s'assirent suir trois rangées de ûhaiées j -^ puis les doyensd» autres métiers , àVôb )ean JBakô et Segér Boèle h leur léë^ qui prirent pléôô b gaUche, maié qui, & défbut de sKgtt^ durent en partie Poster debout.

Les deux partis^ séparés ièi eûettrë pair ùd éëûttttSDtfc

haine, échangeàiehi de Àâmboyants regards de déâ ou de dédain, si bien qiie du pretnier coup d^œil on reconnaissait qu'il n*^ avait guère d^espoir de réconciliation; cependant on ne parlait pas, et l'elpression des physionomies disait seule que le feu de là vengeance brûlait dans les cœurs.

Artevelde remarqua ces dispositions fâcheuses et pria le premier échevih d'ouvrir la séance immédiatement, après ^uoi il se leva et parla en ces termes aux doyens, d'un ton triste d'abord, tnais qui peu à peu prit plus d'expression et d'énergie :

— Compagnons et amis, je sais que vous venez ici avec la ferme résolution de n'écouter aucune proposition d'accommodement; je sais aussi que ma parole est âanà force sur vos esprits. Si je n^avais consulté que ma faiblesse, j'aurais reculé devant une tentative mutile; mais autre chose m'a fortifié et me fait espérer qu'en ce moment solennel ma voix saura toucher vos cœurs. Vous êtes (jantoisi Je me suis souvenu qu'autrefois notre Flandre bien-aimée était sous le joug humiliant de la tyrannie étrangère, que la famine et la servitude dévoraient le sang jusque dans les veines des Flamands, que le peuple, épuisé et sans force, semblait con* damné à un éternel esclavage. Je me suis souvenu aussi que c'est de Gand qu'est parti le premier cri de délivrance en Flandre; que c'est vous, frères, qui, avec l'intrépide courage du lion, avez secoué le joug de vos épaules, — vous qui, au prix de votre sang et de vos biens, avez sauvé la patrie tout entière, — vous qui avez fait retentir dans l'univers le nom fiamand comme le symbole de l'affranchissement et de l'é- ' mancipation, — vous qui avez frappé de stupéfaction les ^ princes et les peuples par votre puissant et unanime accord... • puis, à cette pensée, l'espérance est descendue, accompa- . gnée d'un juste orgueil, dans mon cœur; je me suis dit que . si la voix de Jacques Van Artevelde est devenue impuis*

santé, vous, chefs des braves Gantois, vous ne fennerez pas l'oreille an cri de détresse de la patrie, qui doit sa liberté et son bonheur à votre dévouement et à votre courage... Eh bien, écoutez, je parle au nom du pays qui nous a vus naître t —Jetez avec moi un coup d'œil sur l'état de la Flandre, et vous serez efTrayés en reconnaissant l'étendue du danger. En Brabant, le duc qui reçoit de nos ennemis le conseil de briser la fédération thioise et de porter les armes contre nous! — En France, Philippe de Valois qui voit approcher Toccasion de vous apporter des chaînes à la faveur des discordes qui nous divisent; à Termonde, Témeute au profit de nos ennemis; dans toutes les villes, la haine, la division, les troubles à propos des privilèges de la tisseranderie ; dans toule la Flandre, le mécontentement et des menaces de goene contre la séditieuse ville de Gand; dans toute la Flandre aussi, les menées audacieuses et sans détour des léliardset les formidabbles progrès des ennemis de notre indépesdance! Vous le voyez, frères, la prospérité, la nchesee,b liberté, la gloire du pays, tout est dans la balance. La paW est en danger, elle a besoin des forces réunies de tous ses fiîs, elle exige, pour son salut, le sacrifice de tous les disseotiments: elle est sur le bord de Tabime ; elle nous crieduD? voix navrante que les haines, les discordes, les meurtre conduisent les peuples à la servitude la plus alTreuse.. ai: servitude méritée ! Oh ! ne le méconnaissez pas : ia ver é même n'est pas plus évidente! Je savais bien d'avance ?s:| des désordres et des embarras surgiraient; cela est insépr^j ble de tout grand mouvement populaire ; c'est sou v^t la c» séquence de la prospérité même d'une nation; mais, dtfl mon orgueil de Gantois, j'ai osé espérer que le cœur dtJ Flandre, que notre glorieuse ville natale n'aurait jamais^ nié sa mission, qu'elle n'aurait jamais oublié qu'dk « ^\ pbcfe par Dieu au milieu des villes ses sobuts comïLi

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astre pour éclairer, comme une lionne pour veiller et pour venger t Hélas t je me suis trompé : les Gantois donnent à la Flandre l'exemple de la haine, de la discorde, de la petitesse d*esprit: ils gaspillent la vieille énergie flamande dans de misérables querelles; ils ont soif de sang, du sang de leurs frères t Et tandis qu'ils sont absorbés corps et âme par les luttes mesquines d'une odieuse rivalité, les nuages s'amoncellent au-dessus de leur tète, et Téclair précurseur de la tempête passe inaperçu sous leurs yeux. — Quand donc sortirez-vous de votre inexplicable aveuglement? Est-ce lorsque la France, irrésistible et triomphante, envahira notre sol ? est-ce lorsque vous sentirez les chaînes de l'esclave à vos pieds? est-ce lorsque l'industrie et le commerce auront reçu le coup de mort? est-ce quand la misère, la famine, la ruine et la honte régneront en maîtresses ici? est-ce lorsque les peuples de la terre maudiront en vous la liberté, comme un principe de dissolution, de folie et de ruine? Ne vous réveillerez-vous que lorsque votre patrie, souillée de la fange de la lâcheté, égorgée par le glaive de la discorde, agonisera sous vos yeux? Non, non, vous vous êtes égarés...

Ici, Artevelde fut interrompu dans son discours par une exclamation de Denis.

Le capitaine général avait peu à peu parlé avec plus de feu et enfin avec un entraînant enthousiasme et un irrésistible élan. Elle avait bien encore tout son éclat, toute sa profondeur, toute sa force, la magique et émouvante éloquence du Sage Homme t Aussi plusieurs doyens des deux partis étaient-ils émus et frappés. Presque tous avaient écouté! avec admiration le noble appel d'Artevelde, et reconnaissaient au fond du cœur que la vérité même leur parlait par la bouche de maître Jacques.

Gérard Denis, interrompant le capitaine général, s'écria :

— Allons, allons^ soit) vous faites l'horizon beaucoup trop

noir^ et il y aurait bien à dire ta-déssus; mais iioûs né sèliimes pas venus ici pour parler de la France ni âû brabftiàl, ni des léliards; ce dont il faut s^occuper ici, c*ësl le différend qui nous y amèA'e : nos métiers sont en bas et n^ëntcndent pas toutes ces \)e\\es paroles. JTe prie le capitaine général dé nous taire connaître sans taht de détours ée qiili a à nous proposer.

Tandis que le doyen des tisserands parlait ainsi, ^ffiAques foulons s*écrièrent avec colère :

— Silence ! silence t laissez parler le capitaine général! Biais Gérard Denis cria plus haut qu'eux, jusqu'à ce qii'fl

eût mené à bout son interruption comme il le désirait.

Artevelde, debout, la physionomie impassible, laissa le tumulte se calmer, après quoi il repWt : .

— Amis, j'ai vu vos yeux briller d'indignation, pendant que je vous parlais de servitude et d'humiliation de la patrie. Celte vue m'a réjoui; il y a encore dans votre cœuir des cwdes que font vibrer les sentiments gébéreux. Vous à?èï senti, vous avez reconnu que la tlandre est en péril, et qu'il serait désirable que l'union fût rétablie, dût chacun de nous faire pour cela un sacrifice d'amour-propre ou d'inlérèl. Aussi est-ce avec plus de confiance que je vais essayer de vous développer mon opinion sur le différend qui vous partage. A vous, foulons, je dis : Votre sort n'a guère été amélioré par la prospérité générale; vous travaillez rudement du matin jusqu'au soir et ne mangez pas une bouchée de pain sans savoir combien de sueurs elle vous a coûte; vos fem* baes et vos enfants trouvent à peine dans le fruit de voire | travail de quoi ne pas mourir dé misère; tous les jours sont égaux pour vous et pour les vôtres : labeur d'esclaves, labeur sans fin ! Vous ne prenez pas dans la prospérité du commerce la part qui vous revient de par le droit el la raison, et je regarde comme un devoir, en tant que j'y puis contribuer, de

faire atspaf biWe tSétte lnè|e;faM ()UHt Wb (aiit âht)Utét ^'à un conbourà j^brtictib^éj* iè bM^tiTstàtit^. llât^ jjé Vbùè iiëctiàrë en méttie teth))^ (^tib rièïi né V6ùi dohhe le ilrb^t d'ëxiljgéi^ avec violékice ni diô cheMièir à bbtéiiir pa^ Vèmigutë ùiié augmenlatioû de isiàïâiiré. Et Vûili^ bofli))rèAé2 fldleàèttt ()ae, si un tel idrôlt ëtkit iflàcoûhu, thÈtfàié ttlètteV )enbrerhit chét)uè jout eh 1\itte bVec èëlut Mit II t^blt ibh bélé!^. Si Iè trâ- Vâti était libire, et àt chàèuïi «û përtlbulier piôbtéilt traVatltef pôùt* le plrîjt bonVéntl ëtitrë lui et lé tiiàt^hahd, )A6H bhaèun pourrait èVidJsmtàéht dëmàniléïr cé i()\iil tioii ttM%eit; maià pUiâQue Ib travail eti t^làndfe est »églé pbi^ dés 1(h^ fiieS», puisque te màirchàÂdi li*eàt pas llbiré âb diiûlDaéir votiià ^làtte; voué ne pouvë^ lioù plus àvbtir la liberté de l'ëlèVer selon votre bon ptëfàli*. te's arbitres Û \éà hîiiàers, choistà pair voûâ-tÀënièâ, êbbt Ik pbù( AéMét k l'^khiabîé sûr de tëlleà afTàlres, et àll aï^lviatt ((ùé éëUt-ci h'y rtossissèUt ^as, la ûbnàce ^étié^até des do^^éiis et dbi^ âiictens deé mé^^ ders peut sèblè, éh dôrhtelr 6ppèt, protioncéir ^ùr les diffe-^ rends qui surgissent eâtrë téâ mètiér'â (i).

— il était facile de prèvbif ({ùe Vou^ Vôuft ItgUertéï àVUb 11^ tisserands) à*écria îé^û kàke aVec cûlèi'è; ti^atà si l'éii ctoit nous endormir ici aVéc Âé beltes paroiëà, ôh maiiquerû ââsurêmetlt âon but)

— Lâtsséz-iboi côhiihûéb, maître È^è, tilt Airtbveldë, ^ï fié vous fâchez pàà ëVaàt dé ôàvotir bdfïimëntle Vâti» côà^ cfure. ^i %vA bi^oytâ tfdb ]è tèùi^lé bU pul^àé tbe ti^Uër àVéb quelqu'un, vôùi Vbtl^ MôtûpeL l'appbrttbh^, en eifet, àU métier de la tissërandérië; mâts je Mi bàpltainb jg^énëràl dd Gand; ]e ne dois connaître que À loi et hie prébdire Qu'elle iseule pour règle de côhduiié. & les lièâëraîidà Violeût la loi,

(I) Celte maalèrè ôê tr9i||)Mr hê 4i9lreBdB ^^ ^^^^f V^^ rintermé^ 4iAire d'arbitres élus, a été génératement en vigûÀur «i Belgique jusqu'à •• ^itHiière i^VbiutiMl ttin^.

je les combattrai et les punirai, si je le puis; si les Toulons recourent à la violence, je combattrai et réprimerai leurs entreprises dans la mesure de mon pouvoir. Vous m*avez, par un libre choix, placé au-dessus de vos tristes dissentiments; je les regarde avec tristesse, mais avec impartialité... A vous, membres de la tisseranderie, je dis : Aucune loi ne vous force à consentir à une augmentation de salaire, avant qae la collace des métiers se soit prononcée sur la question. Quelles que soient les raisons qui rendent cette sentence impossible, jusqu'ici vous restez dans les limites du droit écrit. Mais croyez-vous donc que la loi sufHse, là où la fraternité manque? Croyez- vous que les institutions sociales soient assez parfaites pour que l'esprit de conciliation et d'unioa puisse cesser un seul jour de les pénétrer et de les féconder? Et, en obéissant à vos sentiments d'hommes, ne trouveriezvous pas dans les enseignements de la religion, des motiè de faire ce qui est bien et juste, sans devoir y être contraints par une loi écrite? Le commerce des draps a pris en pen d'années une extension étonnante; ses produits ont considérablement augmenté de prix. Des trésors affluent de toas les pays environnants vers la Flandre; la valeur de l'or et de l'argent monnayés a, par suite de cette circonstance, considérablement baissé, tandis que les denrées alimentaires, au contraire, ont renchéri. Aujourd'hui, vous refusez ain ouvriers de la foulonnerie un salaire plus élevé pour chaque pièce foulée; ils ne peuvent cependant apprêter qu'un certain nombre de pièces par jour. C'est pourquoi ils ne gagnent pas plus maintenant que dans les plus mauvais tennps, et ils doivent se priver, en raison de l'élévation du prix de vivres. Les autres métiers ont vu augmenter leur bien-élre; les marchands de drap et les tisserands gagnent beaucoup d'argent : vous ne pouvez le méconnaître. Cela est-il bien équitable? Les foulons ne sont-ils pas aussi nos frèresf

Quand, par un léger sacrifice, vous pouvez diminuer leur misère, pouvez-vous bien rester sourds à leurs justes plaines ? Oh 1 avouez-le, la charité chrétienne doit nous inspirer ce qui manque aux institutions humaines. Elle est la loi des lojs, donnée par Dieu lui-même aux peuples, comme une éternelle règle de conduite...

Gérard Denis interrompit tout à coup l'orateur avec colère et voulut parler; mais quelques doyens des tisserands le retinrent de force et l'obligèrent à se rasseoir, tandis que les foulons et les petits métiers témoignaient bruyamment et avec irritation combien l'interruption leur déplaisait.

— Vous savez maintenant ce que je pense du différend en lui-même, poursuivit Artevelde; vous voyez que je ne donne ni raison ni tort à qui que ce soit, parce que je suis contraint de reconnaître, comme capitaine général, que la loi est pour les tisserands ; parce que, comme homme et comme chrétien, je suis convaincu que le droit appuie la demande des foulons. Ma proposition découle de cette double conviction. Une élévation de quatre gros, c'est trop; mon expérience me dit qu'une augmentation aussi considérable de salaire nuirait au commerce de la Flandre; mais, si vous voulez écouter mon conseil, partagez la différence : accordez deux gros aux foulons ; ce sera pour votre commerce une charge insignifiante; pour vos frères, ce sera un bienfaisant allégement. Et vous, foulons, contentez- vous de cette augmentation raisonnable. Des deux côtés, c'est un mince sacrifice que je vous prie de faire sur Paulel de l'union et de la fraternité. Croyez-moi, plus tard vous vous rappellerez cette action avec joie et avec orgueil. J'abandonne ma proposition k votre libre délibération; mais, avant de I terminer, je vous en conjure encore, compagnons et amis, bannissez toute haine de votre cœur, et jugez l'afiaire en hommes sages et de bon conseil. Faites bien attention à ce

190 ^ç TB^B.un p.i^ dknv^.

que yços ^11^ ftirç, Qh^J)!»^ : t? Ici i;éço]»AilN|jl^ «( h forcç de cjéfeçi^i:?! yo.tre p?tifie et vo*fe m>ect^ 4'<>ne pa^; — de l/amre^ ^I^ \f^ ^ei w«* te Wi^? <i« (ms«» ^ ¥*>n<to» la mort ^^ çotmwieçw ç^ 4q l'indu^^ie, 1% ^^Ul ?* ta wnit«4el

; Les paroles d'Artevelde avaie^ti {ffOdiûV ^^ l'a^n^epUée une imprç^§(jw«> pilH$^ pcoîouafi qw W'^^roe^ i^ Fa^t eçpépç, \\ R^p ç^^ix\^ d^ QCi^vi^ »UW^^ WU?b nu. 4Qy«9s;U la çluprl; sç ç^oç^i^ç^t 4^po5^8^ ^ toml^ ^'«cciçii;^ m ^

sujet da^vi ^nç vive ^Ijlçjççj^tio^ ^yeç ]^ ^«^W #|| l¥!P»' rand»^ Qt q^ui cri^iit ^ ^^te yo^ï. q^'jj^ ^u:;^i^t ^^l^ment en se laissait ç^tr^ ji^er. i^ la cancili^tiçtx^ p^ c(ç¥^ p£)|(» a^ nores et yideç, d(ç s^i^, Owelqi^?r\ii^ de^ s^ conjypagoo» s'élevèreqt çoi^rç. lui ^t VQ^lur^t rçfppiîctier d^ p^leiç, ^ ^ui i^QpifocJhamt, (nue 8Q^ eaiêtemeat ç^H Ji^ g8#s« 4^ tait le ipal.

D^ Vautre côté de l^i tablp» 09 d^mt,. Hiçeç 9<;^ 9Mios de vivacité, CQntre Je^n B^ke qui^ lui ai|»$i, ^^^. voulait entendre parler d'aucune transaction^ oi^ia q^, si^f le coosei des autres doyens^ (>arut surle-chaoïp pencher vers de m&ir leurs sentiment?.

— Oh ! s'écria avec (ureur Gérar^ Peui;», c'est u^ piège infàçne qu'on nous a tendu ici! Il fallait Caire triompher les foulons^ humUier les tisserands ; cela était résolu ei arré^ d'avance ! Il fallait nous, effrayer, faire ajppel à notre aïoottr pour la patrie, parler de la Ipi, du droiX et de la çeligioo;

nous émouvoir, nous aveugler et puis nous dire pou/

conclusion : Rendez-vous I Accorde?, aux foulons, en récoifr 1 pense des injures qu'ils vous ont ^ longtemps adresséâ^ accordez-leur ce qu'ils demandent ou un peu moins^l Swiii' lez, déshonorez votre n^çtiejrl Soyez làclj^s, incapal;les (i« conserver et de venger vos droits 1. U eat po8$il)l/ç que cer.

tains d'entrci yq^s ^ s^l^t laissé ^édMiç^ p^W ^nç^^araogue b^bile9S^e^^ çglé^é^; ^^i^ q^aç/i je ce^^l^ai^ ^ p^vç 4^ fendre la dignité de la ti^rand^^V^ jç, re^)()^|^^ ÛN^épÂ^c^ çouent ce devo^. Ce qu'ç^ oqus propof^ e^ in^l^l^il^l^; nous çaypx^ (juçUç mi#3ft l^ W^^Mm ?\ \e^ WRRaSW)** «M^ ^n\ i^, e^ ^!?^ w>U^ m\ .¥Pap9W, Ifo^ 9» PWvgift% i^ çoncé(^, ^<^, i^i> ; GÇ «lAp nçm$ f^i^Qf) sers^( çf^t^ s^ V^ n^é^liç^. 4^^?^, jpipt 40 Mict^t?^ ç^ai?î^d|«ïs^! Stf^ ^^\^ ^ho- ^(;M?ez {ME^9^ ei?. you^ ^qi^W^U^P.^ ^W^ fSÎÇei^fjSi 4fl<^s,Q]^u^ lei^ foulons. Qm W*tt ?^^riv^ i'hqjw^fjHr, 4^1^ tî^^^Qf^^e ^vant^ tjput t

yelàe ^vec V'ii^^ei^,

— Du sang ? du sang ? s'écria Vi^^\'S^ d;^ t/pp. ffffO^l^. Uiji Ga,ntoi& ri^uler:tr4i, è| 1^ yuj^4jA sang q^mii 4 ^ ^y)^9£er

Il allait çouti,9«^r, t9i^i|^ Jle^a Rak^ I)^. gigai^^^W^ dpyei^ des foig^rops, &*él«^i^ ^b^ a,v^ ^t s*4«i^, çii^(IPPP ^vre dç colère :

— Ah l vous croyez; qye uoiis supportei^onjs ç^la ! Qua,i(|d nous sommes prêts à faire ce que dit le capitaine général» vous venez nous inj,ij^irier ^t 90^ cracher av ^^^ 4^® nous sommes d^$ gen^ orgueilleux t Vous Qççej^e^ 4(^, la lutte ?

— Non, non, s'écFièr^t.la pl^pjirt d^ ^YJ^^ ^ ^ Us^ randerie ; 0,01,1^ voulons ^ ^aû^, la récoaçiliaitioa 1 ^u^ oon- ^j9Lt^n3 k ^ p^opofiUk)^ i

— Faites donc ijai^fi yaire cheJ-dçyça.) s'éçri^ ^^^ Bàke ,4'ijLÇie voix t^nQa;^t^, et qu'i,!. ps^rle avec i^esj^^içt c^iSy {puions, .sinon vous i^'aMi^pd^e?; j^ V^^^iW^ Vfm X<>*Ç ^ W. VQjii? ^yez aflair^.

Les membres de la 1|i$^)f;8|^c|^rÂe s'^ipfVxçjSi^t d^ c^^^f^

fil LB TlIBUN BÉ aÂlt1>«

pèasée que le etpitaiiie généml avait coiivtliHm Ml firè)^ •mis êi «Bail remporter uoe magnifique victoire, ai ob lu l'eB eiBpéehatt par un coup décisif.

-^ Me taire ? moi, me taire ? 8*écria4-il. Non, non, ne ftipèrei pas. le parle au nom de toute la tiaaeranderîe dont je défends iei rhonnear. Vos menaces ne m'effrayent pw» js voua le répète, — dussent certaines gens en crever de d^ «- notre métier est le premier membre de la eommoiie eti ne peut s'abaisser Jusqu'à un accommodement forcé avss lea foulons. H n'acceptera jamais cette h<mte ! Descendes et demandez à nos compagnons s'ils veulent vous aeccNNisr quelque chose ; d^ne seule voix, ils repousseront votrç^ mande avec mépris et s'écrieront comme je le fais en es immient : lÉmaisI jamais !

ArteveUe étendit les mains vers rassemblée et allait psN 1er; mais les doyens des petits métiers et des foulons 8*0188eèrent à la fois et meniscèrent Gérard Denis par mille diméurs, tandis que Jean l^ke frappait sur la table avec mie telle violence, qu'un morceau s'en détacha et tomba sur le parquet ; puis, tendant les deux poings vers Denis, il s'écria :

— Tu nous défies, orgueilleux tisserand ? Eh bien, que le sang qui va couler retombe sur ta télé t Nous allons voir si ton courage répond à ton présomptueux langage. Qui m'aime me suive! Aux armes 1 aux armes t i

En prononçant ces terribles paroles, il renversa violem-, ment les chaises qui l'entouraient et se précipita vers Tescalier, suivi de tous les doyens de son opinion. I

A ce cri : Aux armes ! qui ne tarda pas à retentir sur le marché, les doyens de la tlsseranderie comprirent le danger qui les menaçait, et eux aussi s'élancèrent hors de la salle, en criant : Aux armes! aux armes t

Artevelde, la tête penchée de douleur, essuya une larme

qui mouillait ses yeux, et, muet, il contempla d'un regard attristé le mouvement tumultueux de la foule.

A peine les doyens pouvaient-ils avoir atteint Tendroit où se trouvaient leurs métiers, qu'une formidable clameur, pareille à un éclat de tonnerre, retentit du sein des masses. Déjà la multitude s'ébranlait en désordre ; le marché du Vendredi, semblable à une mer orageuse, versait la foule comme autant de fleuves dans les rues avoisinantes; chacun courait chercher ses armes, tandis que le terrible cri s'en allait mourant dans les quartiers lointains. Bientôt l'on ne vit plus une âme sur la place morne et abandonnée, sauf les habitants inquiets qui rentraient leurs marchandises et fermaient leurs boutiques.

— Que faire, mon Dieu 1 dit le premier échevin, qui se trouvait à côté du capitaine général et contemplait en trem« blaut ce sombre spectacle.

— Venez, venez, dit Artevelde en se dirigeant d'un pas rapide vers la rue longue de la Monnaie, si maitre Ghelnoot a rassemblé une bonne garde, nous occuperons le marché du Vendredi avant que les compagnons des métiers arrivent nombreux et armés. Qu'il y ait lutte, c'est infaillible ; mais si elle a lieu dans les rues, elle sera moins sanglante. La fatalité l'a emporté : faisons notre devoir jusqu'au bout.

— Non, non, je vous en prie, gagnez votre demeure, capitaine général, dii messire Van Vaernewyck d'une voix suppliante. Vous savez que beaucoup de gens sont irrités contre vous, qu'il serait facile à vos ennemis de vous atteindre dans ce tumulte, de vous frapper à mort 1 Votre vie est trop précieuse. Si un tel malheur arrivait, tout serait perdu ! Laissez-vous faire ; de concert avec maitre Van Lens et maître Van Caudenhove, je mettrai à exécution les mesures que vous venez d'indiquer.

Pour toute réponse^ Artevelde regarda fixement son ami

u. ii

Mfe Bli TVIVVif ^Ml «AN».

tendu acm eoDsofl :

MCMotti Ib plis, MMvelIaeB :¥oMt -ééjMés^inoiiliîM qtai M^Mht '-te jMM ihi ^Oomte •dt 'gagooBi-le 'iiiawiiiéHii YetoflfoAt. VMMb te'piB't

fBn«fMBDint:iè<naff<ft6mx'gnnfiB/ilB ttpergopoiit^M- Aoot'Vén4UMi98aVitttjm^gmipe é^poo>rtm»sBpmé^;ili4np' paft'Oti pféB'ët'8e'lléliioiMlii>oomnie<«ii ftirîeiix.teqnriK»tratiascMt flor^mitile •ttarobé, 'et til'ftlîsaîc 4oi»noyoMOD«épée «fee «AèH», "tébMb^^ -eAi ^^ulu en 'frapper «es «propw hottuBitt. A -metui^qn'AtlevéUle se rapproehaH de Giie^ iiW,41'remérqtta'ffrec*CkMiIeqff qu-ii d'y avait ^pse pteie dnqoante popriers réunis autour de ^loi et que tem-^à, iirhiÀteMmtébrpétH ttootbre, se 'mettant éii'pMne téfote cliiBtte !eui^eapitAt!ite/tctetiii(9nt en'ttepaees, et^pefatamiert i^ouloir refuser le service. NéanmoiiiB, Ma^qa'flB'nperçinval fe tapftaineiséiti6raVll8*se i^teeèMot «ilenoieuaenient à teois fiïtgê»

— Célmez-vous, ami Ghelnoot, dit Artevelde; qu'est-ee donc qui vous îrfite «iTort ?

—Par saint Liévinî s'écria maitre Van Lens, je leur apprendrai à méconnaitre mes ordres et à s'enfuir quand je leur commande de rester en place 1 Leur ai-je demandé de me nommer leur capitaine? Us m'ont élu, qu'ils m'obéLsent maintenant, sinon f abats iatéle du premier qui «e révolte! Cràicnt-lls pouvoir se moquer iippunémeot de Ghehioot Van Lens ?

— Ainsi vous n'avez pu 'trouver qu'une einquantaioe "drhommes ? demanda Arteveîde.

— Cinquante? s'écria Ghêlnoot, j'en avais réuni près* qnatre cents : — cent cinquante de la paroisse' de Saint- Jacques et plus de deuxeents de la paroisse de Saint-Nieo-

iasrt'Vèilà que-tout ^'d'iin coup des gens dos métiers •coou*

LÏ^ tRIBUN DE" O'AND. IM^

rent du marché' dir Véndi*edr en' cfimV qu'on va^ se batt»e« M'es hommes, — comme si Te diaf^lë s^êtéit^ emparé dfèux,< — se mettent àcrier à qui mieux^ mieux:: — Aiiix ann^l:auK srmest Je çuls tisserand' T je suis ftiultml' je suis forgcH* ron ! et là-dessn^, ils m'ahandbnloenl^ et s'ëliftiiealiL J/ai.dâ>| retenir de farce ceux-ci : ils jutéttt ({u-!lsuKMit prôtBr aide^ à leur métier... mais qu'il' y m ait^utt qui' bougea ejssaiâê t'

— Et où est maître Van Càudfenhovj»?

— Bâh f il ne lui est pas resté un seul homms; Hieblatié à votre recherche, pour vous demander cfonseii:

— Voyons, dit Artevelde en s'adressant; aux- pawtewi qaà veut m*aidér à épargner le sén^ de nos^ itères, » (éesk poa» sible ? Que Ibs autres s'en aillent tibremenir, je^ le; leur: pé&i mets.

Une dizaine d'hommes se détachèrent du gvoFope efe s'éloignèrent du marchéo

— Suivez-moi à la paroisse' âaia^JieaA, dit au& asubrea le capitaine général ; nous y chercherans sidee ^ assistanoe.

Sur ces entrefaites, le marché dui Viendoeiii affîi;ait^ du côté de la ruelle au Lait, le ptoS' eflV^ayant ^[^eel&ele; lofa foule de gens des métiers s'étaient précipités tes wt^m sur les autres et se frappaienl^ dé' 1iou1»s espèce» <jl^armes», ai bien que le sang coulait en ruiisseaux swr le sdL Le&tues avoisinantes vomissaient sans relâche* des oentednea d^ nouveaux combattants sur Ha place> et bientôt om sa: ba(lti|t avec le même acharnement sur touis< lies poic^dui marcki. Un murmure sinistre et confus remplissait l^air, d'horribtes cris de vengeance dominaient fe bruit des armes; le» cris àe rappel! des métiers entre eux. Les cadascre» et tes blessés étaient foulés aux pied», éerasés p&f leuMi pvc^es ami^. Enfin, la plupart de» gens <fes métSevs ^ét&ot jetfe âao»la &tte,ce fut bientôt tfne affriense m^ée, otilfoniiireût pir difttinguer amf ni ennemf, ^ lès étèifmvm âm méHers b^«i»-

19$ LB TBIB1JM BB BABB*

tent indiqué remplacement âe chacun d'eux. Il était iiB> poaaible de dire pour qui la Ticioire ae déclarerait ; car ifeiaaim d'hommea qui s'égorgeaient, confondue, ne liteait voir d'autre mouvement qu'une effrayante ondulatioa, comme une mer immense qui ta et vient^ 8*élève etdesi aend, tourbillonne et se déroule...

. Cependant les tisserands paraissaient ainaii plus bombreuXydu moins combattre en groupe plua fermes et moin diaordonnés. Us n'obéissaient qu'à un aeul chef et troi- ▼aient dans cet accord une force qui semblait manquer sn antres métiers. Gérard Denis» leur commandant, les eaooirageait sans relâche par des cris de vengeance et combattait lui-même avec une grande épée, en donnant am sien l'exemple de la force et de l'intrépidité.

Sans doute les tisserands n'eussent pas tardé à écraier leurs ennemis divisés ; mais devant eux ae tenaient ki robustes forgerons, lesn Bake et ses troia fila, qui baignaient dans le sang des tisserands et abattaient sur le pavé quiconque s'aventurait à leur portée. Après avoir, pendant quelque temps, résisté comme un roc inébranlable au formidable assaut, Jean Balce s'élança en avant par une trouée que son épée avait faite dans la troupe ennemie, et refoula violemment les tisserands dans la direction de la Maison- Haute. Dans son aveugle entraînement, emporté peut-être par l'heureux revirement de la lu lie, 11 s'engagea si avant au milieu des tisserands, qu'il se vit tout à coup enfermé et séparé de ses (Ils. Dans cette périlleuse situation, il fit tournoyer autour de lui son formidable glaive et se trouva bientôt au milieu d'un cercle de morts et de mourants ; cependant le nombre de ceux qui rassaillaient de toutes parts était si grand, que, déjà épuisé et couvert de blessures, fl allait infailliblement succomber si Ton ne venait à son aecours. U le sentit lui-même, tourna la tête vers ses fils et

les appela à son secours par un formidable cri de détresse. En ce moment, un tisserand lui porta un tel coup d'épée, que son épaule droite tomba avec le bras sur le pavé. Le sang jaillit comme un torrent de sa poitrine ouverte et il s'affaissa, en rugissant, sur le sol.

La chute de Jean Bake fut saluée par un long cri de triomphe dans les rangs des tisserands, et ils se précipitèrent en avant avec un élan si irrésistible, que les fils de Jean Bake, sans être encore blessés, succombèrent sous la pression du nombre, tombèrent à terre, et là, accablés par les tisserands, périrent d'une mort affreuse. Les petits métiers, privés de leurs intrépides chefs, reculèrent jusqu'au ceqtre du marché, où les foulons avaient, pour ainsi dire, écrasé un autre détachement de tisserands. Là, la lutte continua avec un redoublement de fureur : les foulons qui avaient un pressentiment de leur défaite, entrèrent dans une rage qui les empor. tait si loin que, blessés et mourants, à défaut d'armes ils déchiraient avec les dents les jambes da leurs ennemis. Le marché était couvert d'une mare de sang, de cadavres foulés aux pieds, de membres coupés, de bannières déchirées : les cris des blessés, les clameurs des combattants, le cliquetis des épées, les hurlements des femmes des foulons, — tout cela formait, sur le marcïié,un bruit immense et indescriptible qui, planant sur tous tes quartiers de la ville, faisait frémir d'horreur les habitants paisibles réfugiés dans leurs demeures...

En ce moment, Artevelde déboucha, avec une centaine de poorters armés, de la rue de la Promenade et apparut sur Iç marché du Vendredi. Il pâlit à la vue du combat et fit arrêter ses hommes, tandis que, muet et en proie au plus profond désespoir, il contemplait pendant quelques instants i'af«

freuse boucherie.

M Miwia èiftl : c'» est Mit

GbikMpkTan LMwport» k temffil jointe é» iwéj^ i( |MMB» li pM ÉDP kl lime^ 1é Mn M dMC gf M|i«aiMi désespoir les morceaux mÉrïb msiebèr

— Qu'ua autre commandée de sauvage» aaaasaûi^l s^ çria*t-iL

^ Capitaine gfinéral» demanda .l'un des homnici^ avi^ Vous l-intenlion de nous engager dans cette lutte? Que posyons-nous faire au milieu de ces milliers de furieiuL, siaai verser un sang inutile?

Artevelde ne répondit que par un signe négatif, et ph courut le marché éi regard, comme 8*il eût chercbé m moyen de salulir Tout à coup sa pbysiooocQie s'édsiieil^ comme illuminée par un rayon d'espérance. U ae touma wo ses hommes et leur dit :

' —Venez avec moi, mes amis : le Ciel m'a écleieé. Eacm un moyen! Puisse-t-il réussir!

U gagna avec me&slre Van Yaernewyck et la garde lecimeiière de l'église Saint-Jacques, et frappa à la porte da presbylère où il fut introduit sur-le-champ.

Peu d'instants s'étaient écoulés, et déjà la cloche commençait à sonner comme pour une grand'messe. La porte da l'église s'ouvrit, et deux prêtres en grand costume de céré* monie parurent au dehors et se dirigèrent d'un pas rapide vers la foule toujours acharnée au combat. Le premier prêtre était jeune; sur son visage brillaient le courage et la résolution; il tenait à la main une lourde sonnette et Fagilaii tellement, que le son aigu iraversfaft, eh les dominant comme un sifflement perçant, le tumulte du combat. Le second prêtre étaîï un vieillard décrépit, le front couronné de cheveux blancs. II portait dans ses deux mains le saint » ^crement qu'il venait de prendre à l'autel et qu*H allait porter

LR TRlBUIi P*!^ &AND. iSlO

comme ui) sig»«> comme un eommaadementde paixelde réconeil4a|ion> aif wAi&à de ses ooocitoyç&Sr en^^a§;i^$ dans une lutte ftorieuse. Arleveide hii avait offeirt de Fac^KHopagner avec se» ceal hommes et de le j^rotégef eooke toii(t malheur, te cas éehéaât; mm> le vieiUaf d av^^ii p^fuoé^ qf^tte escorte. 1

Hélas ! le dévou^nent et Fabnégaëon peisoii^eUe ^ ^véA tre, s'ils pouvaient calmer les esprits^ veftaient Béaumoins' trop tard. Les tisserands avaieat mis les foulons en déroule et ils étaient en train de précipite! dafi^> la hy%> ou d'exterminer leurs ennemis désespérés, mais fermes jusqu'au bout (I)

Le prêtre, s'approchantdu lieu où le combat se prolongeait encore avec tout son acharnement, montra aux combattants le corps du Seigneur, et s'avança avec une calme intrépidité au milieu d'eux, en les conjurant par la douloureuse passion du Sauveur de cesser ce massacre, les menaçant de la malédiction divine s'ils ne Técoutaient pas.

Surpris et tremblants, le» geps des métiers Uyièrenl passage aux prêtres, et restèrent baletants et pomme hooteu:^, les armes abaissées, pu reculèreut pour »'éloig]%eir éei l^i^s ennemis. A uesTure ^e les pr^res avc^p^aieiit,. ou YP>jait le combaft cesser et les genei des ^Uess, (ll'99fèa> 1^ p^ti auquel ils apparteiiaieat, se raager 4a» 46im côtés du pa^ehé ou se mettre à reehierekev leurs* aoûs U(»sé^ aif qilieu des cadavres. Quelques-uns semenoçs^eat eoccu^-de h) parole et du geste, Huiis pas ua seul n'asaif |r9§rfmdf^ l'f^QQUsive. Ils obéissaient comme ui 1^ veÎK ^ Jl^i^ lui-iaâçnô leur eût crié :

— Arrêtez, ou soyez maudits)

(I) « Les tisserands prirent le dessnt et u|i p^d nombre de foulons furent^ tués uu jetés par la rue Wannekebé daniTlt Lys, a& fis m noyèreÉé. Chron. d$ Flandre de 580 k «tf, polàié0 ifO le» tibMpiihtb flnwvil.

Dès que le combat eut visiblement c^sé sur tous les points de la place, la scène changea tout à coup pour prendre un aspect peut-être plus lugubre encore. Une foule de femmes qui des ruelles voisines avaient accompagné le combat de leurs gémissements, se répandirent sur le marché en poussant de déchirantes lamentations, en reUraot des mares de sang leurs maris, leurs fils, morts ou blessés, et, les -cheveux flottants, s'écriaient en sanglotant : Malheurt malheur aux assassins de nos pères , de nor époux, de nos enfants! 1...

XYII

La victoire des tisserands avait augmenté l'orgueil de Gérard Denis. Il était le chef reconnu du parti triomphant, et à l'heure de la lutte il l'avait dirigé par la parole et par l'action. Il s'imaginait que chacun allait désormais lecrain- j dre et l'admirer comme un habile et intrépide homme de guerre ; que désormais rien ne pourrait ni n'oserait résister à sa volonté toute-puissante; dans sa présomption, il se flattait même de ne plus rien avoir à envier à Artevelde, ni en renom militaire ni en renom de sagesse, et que celui-ci, reconnaissant l'impossibilité de lutter contre lui, se hâterait d'abdiquer sa charge et de quitter le pays pour, échapper à une pire destinée.

Gérard Denis se trompait pourtant; il devait à sonlourl faire l'expérience que l'esprit du peuple est changeant et, tourne au moment où l'on s'y attend le moins.

A peine les victimes de la tuerie étaient-elles enterrées, qu'il vit Tesprit public se soulever contre lui. Le ressentiment des tisserands, assouvi dans le sang de leurs frères, | priva le chef-doyen de Tappui sur lequel reposait de ce côté son apparente autorité ; la plupart des membres de la tisseranderie déploraient le combat et rougissaient du crime affreux que depuis cette époque on a nommé le mauvais lundi. Personne ne voulant en prendre une part de responsabilité, on accusa Denis, d'abord tout bas, puis à haute voix, d'être la seule cause de cette lamentable collision.

Le chef- doyen vit ainsi bientôt la majorité de la tisseranderie s'éloigner de lui avec horreur ou avec un mépris mal dissimulé. Dans son propre métier, personne ne lui resta attaché sinon une partie des membres les plus pauvres et les moins éclairés, dont les passions surexcitées n'avaient rien perdu de leur violence après la lutte, et qui continuaient de suivre le chef-doyen comme guide parce que, homme de violence qu'il était, il promettait un aliment ou une satisfaction à leur humeur turbulente et inquiète.

D'un autre côté, les foulons et les petits métiers, furieux de leur défaite, étaient dévorés par la soif de la vengeance; et, bien qu'ils fussent réduits à l'impuissance pour le moment, ils prédisaient qu'avant peu le sang coulerait par torrent, ils juraient de plus que, tôt ou tard, Denis subirait la punition qu'il avait méritée : certains d'entre eux menaçaient même de le tuer par surprise, si l'heure de la seconde lutte se faisait attendre trop longtemps.

Comme, chaque matin, dans les rues écartées, on trou-

jVait des cadavres de tisserands assassinés, une profonde

terreur s'était emparée du chef-doyen, et il n'osait plus sor-

' tir le soir sans être accompagné.

. ^ Dans le conseil des échevins il s'était aussi produit un

^^^ Revirement dans les esprits, à son détriment. Messire Maes

aW LM TBIBVN DX; GAIN!».

Vaiï Vaet^flewyck lui avait reproché dans tes teralevieKphis sèvres le rôle scandaleux etboupable qufii avait jbuécto TaiHaife ; et loi'^tte le chef-doyeni se: révolta avec hmim c^Atf&radmotillion du premier échevin, il. vic^ àsonigradd dépft, une partie de ses propres amisi se^pircaoncer conUe lui' et approuver les repioches qui lui' avaient été adressa

Quant à Artevelde, après la: sanglante rencontne des m^ tiers, it avait retrouvé tout à coup txmto son énengi^el tt>ute sa fermeté, sans que personne^ pût soupçonûer 1» cause de ce chang^ement. S'oceupant davantage des albi^ res^giénéraies de la Flandre et de la lutte contre les eoserSiis du dl^hors, il avait abandonné pour quoique tempsl^ gouvernement de la ville de Gand au conseil des éd^vitt eti è sotl coltègue. Il ne paitaissait plus que très-rarement ai conseil, en donnani^ sans déguisement pour rasen de m absence, qu'ib ne voulait se trouver en 6onliB0t avec v fiiomme comme' Denis que lorsque les intérè&s liea piiia éi^ Vés de la- communie l'y obligeaient. Taail qae le capitaine général n'^avait eu à reprocher au chef^doyea qne des atfr ques qui lui ét^iient personneUes, il avait facilement passé par-dessus ; mais alors que les viles et odieuses intrigues de Denis avaient attiré uïie affreuse catastrophe sur sa ville natale, ArÇevelde ne dissimulait plus devant personne quil méprisait le chef-doyen et le regardait comme un homntf méchant et dangereux. S*U arrivait qwe le capitaine général parût au conseil pour appuyer ou combattre une propfr silion, il n'épargnait plws son envieux adversaire, comn» il Favait fait jusqu'ici. Au contraire, avec une mâle etcatot éloquence, dans laquelle perçaient cependant lie méprise le dédiirn, il accablait le chef-doyen sous- sa parole et 6^ sait souvent monter à son l^ont le rouge de la honte et* h colère.

Aih^i, d^la lut/fè et €te la vîcloke, sortait^ peur Gérard 2)»'

(Qis ftwt lie rc^wGÉ^ûre de .m ^uUl avait laUendu. La tgi^aiide j]Q!QjoiritéideiS{0ttoyQîi3lledétie8taii, ses anciens parthans oomxneQçaieotià ré^Hor, les foulons menaçants attendaieni^roe* easion de se venger, et l^ membres des petits vmQtiecs m contraient. disposés à prêter la Bpain h tout (ce qui pouvait GonLribuer:à sa cbute.

A mesu];e ^ue Je .ehef^doyen perdait de son ânfluenoe^; J)eaucoup de gem revenaient à Artavelde. Le «pouvoir du capitaine général s'en accrut, totibientôt il ipafcut -en état ëel disposer du ,a<ï?t de €^d et de la ^Flandre avec la même autorité illimitée qu!auparaYant, bien qu'il ne fit rien >pour hâter ce revirement an sa .'faveur, nipour en profiter.

(Gérard Denis, soudainementabattu par l'opinion publique AU moment mômeoù il entait touoh^ au pouvoir suprême, était dévoré j>ar la «soifâe la .vengeance. Sa Jalousie envers Artevelde l'avait !ramené:à ses sinistres projets de Tassasdi- Der. Jl lui restait un parti ;Composé de sgeas qui ne souhaitaient que le règne du désordre et de la violence; ilpoavait, avec eux, tenter une nouvelle agression contre Artevelde et Je faire tuer dans une émeute habilement calculée. Cette idée lui passait souvent ipar Ifesprit et lui souriait, parce qu'elle écartait pour jamais son ennemi de sa>route; mais il n'estimait pas ce moyen assez sûr, et ne se dissimulait pas qu'il était. extrêmement dangereux pour lui. Il songeait hier, parfois qu'une d^gue payée pourrait le débarriaâser plus facUemeat.de son adversaire, sans qu'il dût lui-même rprendrfi une part directe à L'entreprisejmais il n'osait se confier *à personne sur ccipoint, sinon au roi des ribauds, qui, plus d'une foiç déjà, avait répondu, sur ce point, avec horreur et colère aux insinuations du chef-dayen.

Ainsi Denis, poussé ipar l'envie, formait mille: projets de Arengeance dont il n! ajournait L'exécution que faute d'un instrument complaisant ou. d'une ocnasioniavorable.

904 Ll TBIBVN M «ÀRD.

D'autres dreonstaneet conooundent à mgmMlmlikmlÊà qu'il a?ail de rinflueace croissante â'AjneveUe^ el k tlliser sa haine. Le duc de Brabant, cédant max conseils de h Franee, avait menacé les Flamands de roo^re ta fiMérate thioise, s'ils n'entraient pas en négoelatioB avec bMâi* Nevers, leur souverain, pour rétablir cdiii-ei dœas la pUN Jouissance de son autorité; il avait toçu le 0Mate.4e Ftesto à sa cour, et invita les villes flamandes à eiiToyer des fMià de pouvoir à Bruxelles à un Jour fixé. Artevelde i^était sifi» tré heureux de cet appel, et avait conseillé aux vittoden* tisbire à la demande du duc. De plus, il avait bit don» aux députés la mission de se montrer très-conciliants mrtt pand nombre de points secondaires, mi le comte Louis eoa- ^aiKtait à i^ndonner ék sentiments d'hostilité à Tégaid* l'Aiigleterre, et à accepter la confédération sur laquelle le* posaient l'indépendance et la prospérité de la Piandre. .

Denis, dans sa défiance à l'égard des desseins d'Ail»» vMe, crut voir une ruse dans cette disposition concilisnti; il crut surtout que l'intention du capitaine général était de faire revenir le comte et de proAter ensuite do l'aide du souverain pour triompher définitivement de ses adversaires. D'un autre côté, il avait appris qu'Arlevelde avait envoyé en toute hâte un vaisseau en Angleterre pour porter au roi Edouard des avis très-secrels. Il conclut de là que le capitaine général, toujours dans le même but, s'adresserait au prince anglais, si les négociations avec le prince échouaient

Quelle que pût être l'issue de ces démarches, Denis y voyait sa chute et l'exaltation de son ennemi. Ce pressentiment était pour lui un cruel martyre, et ne lui laissait dd repos ni jour ni nuit. D'ailleurs, la haine des poorters contre lui s'exprimait chaque jour plus haut, et Ton commençait à crier publiquement par la ville qu'il fallait lui enlever le gouvernement de Gand. Quelqu'un lui avait même dit ea

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confidence que messire Maes Van Vaernewyck devait, au premier jour, proposer sa destitution au conseil des écbevins. Que cet avis reposât ou non sur la vérité, il redoubla l'irritation du chef-doyen et lui fit chercher, avec une fébrile impatience, les moyens de détourner le coup qui le menaçait, et de se venger d'une façon décisive de son ennemi triomphant.

.Quant à son fils Liévin, il avait sans doute déploré la collision sanglante entre les métiers, et avait versé en silence des larmes amères sur la conduite de son père ; cependant, comme, après de si cruelles souffrances, le jeune homme voyait se préparer pour lui un sort plus heureux, et qu'avant peu il allait être uni par le mariage à $a Veerle bienaimée, son cœur était plein d'espérance. Le monde avait repris pour lui la beauté et la poésie d'autrefois, et si parfois il jetait un regard sur le côté sombre et repoussant des choses humaines, son imagination était assez puissante maintenant pour évoquer sous ses yeux de riantes images.

Un soir, Liévin était revenu assez lard de la demeure d'Artevelde, tout transporté de joie, parce que le médecin avait dit que Veerle avait recouvré assez de forces pour essayer de courtes promenades au soleil. Il voulut se mettre au lit, mais il ne se sentit pas la moindre envie de dormir : mille ravissantes images de bonheur le poursuivaient. II ouvrit la fenêtre de sa chambre, qui était peu élevée au-dessus de la porte d'entrée de la maison, et respira à pleins poumons l'air frais de la nuit. Il faisait très-obscur au dehors; de gros nuages voilaient le ciel, et une pluie fine tombait perpendiculairement sur la terre.

Sous les yeux du jeune homme s'élevait l'église de Saint-!

^ Jean avec sçi tour majestueuse, comme une masse noire qui

86 détachait sur le ciel. Devant lui et sous son regard s'éten-

dait le cimetière où reposait sa mère. Tout, dans la nature,

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