‹ Le tribun de Gand. V. 2Chapitre 13 sur 15 · II · texte numérisé non relu

II

4m (iri| IPgHlffM dfips |4 tâw. «t les (4tiQin j|i|4 BPi|^

l»PW9«. teîmJ 4'^fflftW Pt «'«R^flWe^ P ^nmwH BWll m^^m bit lat a^qi89Bta. fl«i«t«. ^\ il «'egfr^tenif |t «lur que jour avec sa chère Yeerle, — le bonhet^ç ^ Yïisn MlÀi

tioei ^m mm mi flp l'unit c#s% 4«ifit f)A f^jcfumii

at^rçuyé) tçus deux p^mlapt ^ an^. f^^q pijQi^ ^

m^. sypfi tft»^ 4'«»%v'î'î»TO 4Mft H wiwfli. li? «k-.

gfiff jploiçw ▼Ulpg?. «liaient un ff»n4«"^. oulUveîsiid (Uss l^uirs, |rai$i|Lt «g P?!c^en^r d«w te^ Çbi^iniis^ fi\,W*t. tftinuttft 4e>. P«»{W9 hTOSloM, y^w m^t^mvÊ vm- ^ 4'a»ow et 4e bonheur ct^ç\^. .

Dans uç t^orizpn plus ^oigQé, h^vjfa voyait une feim presser sop npurrissoa sur son sein et contempler d'uu (d ^umide ses traits dçUcats. Il lui seiQblait que cet eobn^ tout jeune qu'il était, lui resseniblait déjà, et que c'était pont cela que la femme le regardait avçç un si ardent amoui. Alors un radieux sourire illuminait son visage et il frémissait de bonheur, jusqu'à ce que son œil i;encontràt dans là ténèbres la place où une pierre tumulaire couvrait la tomU de sa mère. Il manquait quelque chose à son rêve enchtoleur 1 {1 tombait alors quelques instants dans une triste rêverie et essuyait une larme qui mouillait ses paupières. Cependant son esprit mobile quittait bientôt ce douloureux souveoit pour évoquer de i^ouvcau dans toyte sç. splendeur la vie riante et bénie qui lui çtait proche.

^a proie à toutes ces çmolipn^, le jeune boft^jpe resll longtemps immobile, appuyé sur, le t)a|f^% ^ la (eQétj»

•FPfij. à çpfip fl fiff tirp (jl? Sjç? Rêyp? p^r Je i^rjuit prejqtfe inçjpdsiçs^J)le de 53s ,d'homnfe3 daps }ja rjifç. Il reflfi^rfljua deux ombreç i^oire|5, ofii, en ^ glissant fei^teflientie long(J,es ç^gi- ^OTï^j s'ayp?)cèrent jusju'à sa dep^eure et là s'arrêtèr^çjit en ^ parl^jjiit à J'ori?iIlç. ^

Il if^t^it pap P9ssif)Je à iLi^yi^ dP disj-ipguer }a JaJUe de ces promeneurs nocturnes, mais il entendit bientôt l'jpiLe des jijpujc yqpç f éjeyef un pei^. En écoutent aye^ gjteflitiQn, Liéy/ji ei^tep|[)i^ J'jii^ ijes persopij.ggpç mystérijett^ jiire h son ppmp^gppn :

— goyez tranquille^ vf^^ dague ne faillira pii$. A iH^e l^if;:e$ ^ Saint-BaroQ.

En entendant pes mots qui semblaijçnt encore annoncer ^ft meurtr,e, le jeui).e Jiompje tressaillit d'effroi eit d'indignatioi^. jJn l^^t^nX de i§i jTenélre touchée p^r son coude tourna sur ses gonds, et les vitres gémirent dans Jeurs entraves de plomb. L|s.s deux .9ipbr,es b^maipeç disparurent à la hâte 4errière le porfail (Je l'.égli^e.

Jue fève dpfé de Li.évin flt place à un sentiment de tristesse, et il resta longtemps sous le poids de cette apparition de mauvais augure. Sans doute, depuis quelque temps, un meurtre n'était pas à Gand un événement si rare pour qu'il y eût lieu de s'en émouvoir beaucoup ; mais cette révélation qui lui en était faite au iniiieu de la nuit par des inconnus, frappa fortement Liévin. Il quitta la fenêtre, se promena (pendant quelque temps dans sa chambre, et descendit au jrcz-de- chaussée où il y avait encore de la lumière, en attenjdant que ipaitre Denis rentrât-

j A peine était-il assis depuis quelques instants devant la cheminée, que la porte de la rue s'ouvrit, et le chef-doyen parut dans l'arrière-pièce où se trouvait liiévin.

Gérard Denis sourit en entrant et paraissait Xort joyeux; depuis longtemps son regard n'ayait exprimé un tel conten-

106 Ll TIIB1I1I Dl «AHB.

tement; oo eôt dit qa"nn bonheur hiom loi ëltit mûii

— Pu eneore ooDehé, UMn? denmnda-t-fl; ta peMèt de ton mariage t'empêche de dormir I A quand ta ftte?

Le jeone homme a'étonna de ta bonne humeor d» m 1 père;ilfiit henrouxdevoirqiiereKpfeseiondiidéaeipQirtf 1 de ta colère avait dtapani de aon viaage. H répomàà M f content:

— 0 mon pare, Yeerie eat preaqne gnérie; eUe pm aortir demain déjà ail tait du aoteii : je la ccmduirai lh|» menade. Lea cérémoniea du mariege lui cauaeioiit na doute une profonde taiotion; c'eat pourquoi on ne peat» core y aonger à préaent ; et pota votre bienveiltant 00881* tement noua garantit^ontre tout nouveau mallimir, et ai I certitade noua rend aaseiïheureux pour que noua «MMa attendre le moment déairé, avec gratitude envers Dtai < envers noa parente.

Gérard Denta a'aaaitet dit avec un étrange sourire:

— Tu devraia te hâter, Uévin ; aînon je crains ibrt fri ne survienne des choses qui pourraient rendre impontt pour longtemps la réalisation de tes beaux projets.

— Vous m'effrayez I Que voulez- vous dire, mon père?

— Je veux dire que maître Jacques Van Artevelde esttf train de jouer sa tête.

— Encore 1 s'écria Liévin. Ce ne sera donc jamais finit

— Fini? murmura ironiquement Denis. Gela finira; peut-être cela n'aura-t-il pas une fin conforme à tes et à tes prévisions.

— A mes désirs ? Ah ! je ne désire rien que la paix et l'afTection !

— La paix avec un tel tyran qui a à peine regagné ombre d'influence, qu'il dispose en seigneur et maître de Flandre et sacrifie le pays à son ambition ! Pour em notre souverain de revenir dans son comté, il exige de

toute une série d'humiliantes concessions et li^i fait une saniglante injure par son inflexible hauteur. Il n'y a cependant, (pour sauver la Flandre d'une entière dissolution, qu'un seul moyen : le retour du prince.

Une douloureuse impatience se peignit sur le visage de Liévin.

— Mais, mon père, dit-il, je ne vous conlprends pas. Il y a peu de jours vous étiez irrité contre le capitaine général, parce que, à ce que vous disiez, il voulait rétablir le souverain dans son autorité ;^t vous ajoutiez que vous regardiez le retour du comte comme le coup de mort pour nos libertés !

^ Son retour à des conditions humiliantes ! Oui, je le regarde comme l'abdication de nos privilèges et l'acceptation d'une honteuse servitude; mais si le prince se montre conciliant et nous garantit nos libertés, pourquoi vivrions-nous plus longtemps dans un éternel état de révolte ?

— Ainsi vous accepteriez ce que le capitaine général rejette ?

— Je ne dis pas cela.

— Vous rompriez l'alliance avec TAngleterre et, au profit de la France, vous prendriez les armes contre le roi Edouard ? Vous consentiriez à un nouvel asservissement et à la ruine de notre industrie ? Vous appelleriez la famine en

' Flandre ?

* — Pas le moins du monde.

— C'est pourtant là ce qu'Artevelde ne veut pas non plus. Vous êtes du même avis que lui sur la question ; je ne com-

' prends vraiment pas, mon père, comment vous pouvez vous, emporter ainsi contre lui, alors qu'il ne fait que défendre et ^ réaliser vos propres idées.

' Denis se sentit pris de confusion et de dépit en entendant 'l'irréfutable reproche que lui faisait son fils. Cependant

sf« El iitèxht ihà

ooHÉWfl trlit ta WH I ÉtfèMSfÉl UM tSf mMIMI t M

^diUoDS que reJeUe le capitaine §âikréU IM^Ê^ Je (t «t 4«tf liMtfè AfUf^ëÊé ie ^i«|iM tilié lUtffiflÉi Ai, ff> ▼Bis seulement l'intention de te faire connaître Télat M tf tiiÛlémîêimipië.imitiïilBiMi; ûÊÊb dMto Me»

taiifs; ûijfM'ttH Ébtà tmmbê^ ië nhiÊ^iSbw màÊÊm

te d<4Alstàé èèiiéfal M réofieot 4(i'Âi teâgerMl Mf «^ ipiMk(Wr(MlMg#4a« liii liit w <%ii«lMtt tffiit O* nnM, H viëMtim Affevème^rt en pMl; et Mmiâeillli' sance ne permet pas qu'on le combatte ouvertement, fiB wfttêkftMîM ^ê ^éH lë tftfpt^t il Vîiùpttykiè;

'^nm^ Html nm 0ë; s'ée^id lifititt kfëb fMMM^ « mirnttii pêi dé té»é^ ébdièè. ië fe«|rtttf jiè géMM i«tf IdlIftolfWMtomJitô et fferlè(^i 8M étiMittls iftttiMfii recours à un si hofHbkf flfHidt; llfÉbtotifliil ^[M Ml Mi

Gérard Denis porta un regard interrogateur sur le ^liÊg^ de son ftls, et dit :

— Tti ne lé ûrdfsf psi ? Oa dit c(u'aujourd'hul un eertaio noÉiïite de léliards de Ternionde se sont répdndtis sècti^ tûedi dans la ville^ et qu'ils sont venus pour tuer Arteveide par sùfprîèé. Le coiAte aurait pvôtiiis une somtde cùûAérable à celui qui le débarrasserait du tyran. Que êlhM donc si tu apprenais qu'Arteveldé à été érssëssitié en tel (V tel endroit?

Le jëùne boniMé trêlsâtfillit en enteùdâtft cëi èffrayi^l avertissement ; cépèbdâtit scfif pè^e Axait les ^eûx s^ M dvec une ètt^ëtbe âtieiïtiôH.

— Est-ce bien vrai, ce que voUS dites, mdfi père? ^ manda LîéVin.

— Séiié ie sais |iàs; t'éU ufiè' ûmeUè 4âè Je tiens d'*

LÉ fâlBÙN DÉ GÀNi). ill

prendre ioiii li l'hëlirè par uii pooiri'er; toiâis, cUeinin faisant, il m'a paru àpercevo!^ eii effet, dans rëbècuriiê, des hominës éù pas hiriif el aux ihtentioié sust)ectés. î^on loin d'ici; âer-' iiefe lé portail àe réalisé, déui à'èMé eut ée trouvaient êachéè dânà iiil iail^lë. t'étaient bteii cefrtaineiiieni des voleurs, dès a^^syins oii dès ravisseurs àe féiiihiës I

— Voué ié^ àwet vils âusisi? demande Liévin stirpriâ.

— Je ne tè cdiiiprendâ pas, i*ét)on(ltt Itëhiè ; M ëâ-lu ddîië Vus, toi ?

— Âh t oui, dit le jeiinë hbmmë en se lèvëiit et en saisissant son chaperon, comme s'il voulait 6e préparer à quitter la thèison. J'ai Vu par la fenêtre de iiia cliambfe à coiiclier ces deux scélérats â'drrëler fleVant no'tfe Jibrtë et parler dé tuer quelqu'un à coups de dague à la Lys-Saint-Bdfon. C'est âflreux ! Gànd ressemble à ùii coupe-gorge. La hëihe et la jalousie oiit enflammé le safag des pooriers!

— tu aurais dû mieux écoiitër, Liévin ; peùt-élrë àùrdistu pu reconnaître les voix des assassins du du iiidiy af)prëhdre contre qui leur àtleiitat doit être dirigé.

— ils j)àrlaient trop bas, ihdn père.

— Où vëux-tu doric aller i aëinabda fceiiis èb voyafat Lîêvin mettre son chaperon.

— Ah ! Vous le deviiiëz bien, fëjiondii lé jëilrië hdmtne; Je cours commùiilctiier ëë que vous m'avez dit au ëâpitàihë lériëral.

— Et tu crois qii'ii ne le sait pas aussi meH que noua 1^

, — C'est possible; m'àîs je ne pdurtéîs certa'iriémerit jiàs 8oi*mir, si je ne Tàvais pas prévenu, ie cours et éeral âë re- . jddr avant qiië velus soyez aii lit, mdli père.

Dehis fee leva, ^àgna la ^'orlë de la rue, la ferma pour Id nuit et iiiit la cïerdànk sa tiôcfie, dpi*èà quoi il clit, b'iin tod indifférent en àppèifëticé, i Uéwiti ^lil l'avait àiii^i :

- m, mtii tië^ii; tti lié Miim m> u ^^t m t^^^;

et]iiii8qu*& y t danger à oourlr les rues, je ne sais pispenF quoi tuî l'exposerais inutilement. Je ne puis le souffrir.

Le Jeune bpmme demanda agec instance que la poHeU flit ouverte, mais son père demeura inexorable et dlit enfli:

«* Jeoroisquetuesfim^Liévio.Dedeux ehoaes F une : m le capitaine gtoéral est chez lui, et alors il Q*a rien à ersiidre; ou il n'y est pas, et alors tu ne peux rimi lui ooffiB»nkff^er. Tu vois donc <q)'il sera encore temps diNaain mab de remplir ton message; et, quel que soit Um avis, jeviii me {ooucher eitd aussi. N'esp^ pas que j'aie «saac pea de saii^ pour te laisser sortir.

Uévincomprit que son père raterait inflexiûe ; d'aUtoon^ sofi dernier raisonnement lui paraissait fimdé. H dit dose avec soumission :

— Tous avez peut-être raison, mon père, je jsortirai etmabi de fort bonne heure et irai avertir le capitaine généitL

Le (dief-doy^ alluma deux petites chandelles et en ■! une dans la main de Liévin qu'il précéda dans l'escalkr. Ai premier étage ils se souhaitèrent une bonne nuit; le pèreae rendit par un corridor dans la partie postérieure de la maison; le fils ouvrit la porte de sa chambre à coucher et j entra.

Liévin déposa sa lumière sur la table, et, sous TimpressioD d'un sinistre pressentiment, il se laissa tomber sur un siège. Il ne savait pourquoi, dans la solitude, son cœur se mettait i battre si vivement, et s'efTorçaii d'écarter de ses yeux les effrayantes visions qui le poursuivaient. 11 réfléchit aux paroles de son père et à l'apparition des deux assassins; quelque peine qu'il se donnât pour trouver une distance entre ces deux choses et les séparer l'une de l'autre, son imagination les lui représentait toujours ensemble. Le jeune homme, tout tremblant, croyait voir à la Lys-Saint-Baron le cadavre d'Artevelde nageant dans son sang et tressaillant encore dtf

dernières convulsions de la mort... Après avoir frémi pendant quelques instants à la pensée de cet horrible spectacle» il s'elTorça de se convaincre qu'Use tourmentait à tort, puisque le capitaine général ne pouvait avoir aucune raison de se rendre la nuit dans ce lieu désert et écarté; mais de ses réflexions mêmes jaillit soudain dans son esprit un cruel trait de lumière qui lui arracha un cri de désespoir.

L'abbé de Saint-Baron, excellent ami d'Artevelde, était mortellement malade : le capitaine lui avait rendu visite deux fois pendant la journée, parce que L'abbé le demandait continuellement et souhaitait vivement sa présence. Si L'abbé avait eu une nouvelle crise et avait envoyé quelqu'un chercher le capitaine général ou si les assassins l'avaient fait appeler par un faux message?

Pendant que ces pensées passaient rapidement dans son esprit, il bouclait à la hâte une longue dague à sa ceinture, puis il prit une corde qui était suspendue à un clou dans sa chambre et en attacha une extrémité au pilier de pierre de la fenêtre. Puis, après avoir escaladé le balcon avec précaution, il se laissa glisser le long de la corde jusque dans la rue, etcourul de toutes ses forces, en passant devant l'église de Saint-Jean, dans la direction de la place de la Calandre.

Il frappa à coups redoublés à la porte de la demeure d'Artevelde et demanda à la servante qui lui ouvrit :

— Le capitaine général est-il à la maison ?

— Non, il vient de sortir avec maître Ghelnoot Van Lens.

— Ciell s'écria Liévin, et où est-il aUé ?

— On est venu l'appeler de la part de l'abbé de Saint-Baron, qui est à la mort. '

— Par où s'est -il dirigé?

— Je crois qu'il a pris la rue de la Croix.

Sans ajouter un seul mot, Liévin s'élança dans les ténèbres et prit la rue de la Croix.

Miâàél|iMliliéii^rttliié tfMAWIi éoÉlil II ttHèûi^Umm iMil ttiqàHttt êUm |MÉ«iiitW(iiiit Mm ùèfum^ i«Hlihirt thfttnff iWiftifli (ïttfi (litw Ht iinUMr lirtgiiwgiirwi

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dt Migntrdd* liiM ÉiiièlBiiii tavMMM f Gh* yeMta Ml ài^t eoeîirtt tlibUlM» la (MdM. n Mpélilt iRib^iflr éH Mita Âhémk M rater» «a duigni^ i«

^Mibt; oK^i rù étiii déifl k l'aMioli IkMl, psuMr M

té ièéSé iSbftt d0 tt ttlto |Hfn«|iieMè AriwtM» |li ii tiHàtéi Uià kUM dêttNtf,' k ta viBi Siint-^nM éMH ported* la tour Roug« (i); en ddMmde oetti péris ae Mae» vilt di U^ diéÉÉt boMé k «nHe inr la I^a attitt Mioii.

4(* fÈleéul A M rétiMefiti j^r M iorir èMfi. DMièNtt dMtf iTélëMélétit, k Me gniida «ataMe, daa pnIriaB #•

aèMii (ië Hhjttli' éMéf «è M tffikri» at boM de i-Mv. I tfy tLiiit 4tie dën:t ëtttr^ bëbitatlona, au ddiora deupidlea, I lia million de §u k la ronde, on ne pouvait reaoontrer >«•

dune niaison.

Liéviti û6 s'étonna t)as que les oss&ssins eussent choisi ce ohëiùiii écarté pour théâtre de leur attentat ; en térité, pour commettre un criihe en secret, on ne pouvait trouver ni dam la ville ni hors de la ville un ehdrdit plus propice que celui- IH» car, la nuit, un silence ininterrompu y régnail et tout y était plongé dans le morne solnmeiil de là sdtitude et des ténëbréH.

Dès que le Jeune homme eut passé la tour Rduge» il s'ih rôta et se pencha vers la terre, pour voir B*il n'entendrait personne sur le chemiti qui conduisait à Saint-Baruo.

(4) 1*01 le démolie eu «57t.

ti TftibfaN m (^iixb. as

ft'ayafit tM éhtéiidu, il pfé^iidé t{ii1l é^alt aëvâfiëè Âtté- ^ëldë et te aêcifla à ràttendrë péndâii( qilëlc(iiè tëtritis, pUi^qu'eti diidtiii Ëâè' bii tiè pdûvaii atteindre la ville Sàiht-Saiba sans pdSàèf j)ér cet éndèôit. Si Ttieure fixée s'écôùlslit, ii j)duvait se èend^e a l'àbbayè* de ^diÈlt-Bàroin et ë'J infoptïlep si le caltîîtàHriè général s*y était rëfîdii.

Cepëildàht il àé iitit ^vëi à àvàticef au thoiridrê briiit et prit sa dague en main.

èiit èës entrefaites, à qiielqùes centaines dé pas pliis loin, derrière un angle du mur, était Tombrë d'un homtne daiié lai main duquel brillait un poignard et qui, la tête penchée éii avant, s'efTorçàit de percer les ténèbres et épidit d*an œil inquisiteur le cheaiiii de Isl tbiir îlôiige. D'uhë voik sdiii-dé; l'homme mystérieux murmura à part lui :

— Ah çà! va-f-il venir ? Je commence à iiï'ènriuyé]^ paséâblèment; je bâille à nié décrocher la iiiâchoire... Le viri fait prendre pàtlerièé : ehëore un coup!

Il porta une gourde à sa bouche et murnlûra de nouveau :

— Il est temps qii'ii arrive, sinon Je totntè de éommeil; encore une gorgée et c'en sera fait ! Moiï mante&ii eiât pitiâ heureux que itioi, — il boît plus que cela hë in'est agréable. Cette petite pluie a l'air de vous tomber amicalement sur lé corps ; mais elle finit par percer et vous fait grelotter de fi-oid. Impossible dé rien voir dans cette ép'àiâse nuit; c'est comme si le didblë Itiî-méihë élevait un mur devant meâ yeux. Poil^vù que je n'aille paâ frapper sdttemeni et que je ne toiiche pas le valet au lieu du fnaître. Peut-être vierif-il seul : il est assez hardi {)aup cela

Tout à coup la parole tnouhit àUr sè& lèvres; i( se pencha en avant et se glissa lé long du mUr en rampant comme un renard et en se disant :

— Le voilà! seul! Je ne me tronipais pas!

A quelqiies pas de là s'avançait, enf effet, une personne

9t# MlfBlBOII M ftÂM^

i^ffOMiit, ion anM <•& tvtnl» pour frapim le noiivawnu; prii oditi-^, t'itteiidaiit è Ttttaque» fit im bood de cMfi m$m9^ •« dag^ jii(Mia*k ta girâe dan» le flaoo de Tigieiner ineonna. U tomtw eo pouMantun hmg gteiieaeiii^et an^yaot aa naaln avec fiNree aur aa Ueaaiure pouf ooolaiir le aang qui a'en écoutait k dota :

ff^ Malheur koieil Udieaaaaatfn!... lemwfs... (MtiiBoa aaef a^échappa conime le yin d'un toaneau peroéi Btail-€» Jk.fliirécompeQaat

•i^ PatK^e voua, Mugfdyn ? demanda Uéyla eiree sMh amant Une réooaipmiaet Ciel I que veniex-voua donc tato ieir

— Hâaat murmura le r^daa ribauda^ mee tordant dam daa eenvtttakma de doutaur; je venata défendre la vta èi capitaine {libéral et J'ai cru voir en voua «n de eee aaaaaataa Veua m*avei ii^uatement tué I

—Mon Dieu I mon Dieu t s'écria le jeune homme an désespoir^ il y a peut-éire encore moyen de vous sauver t Laissez-moi bander votre blessure et vous porter jusqu'à l'abbaye.

A ces mots, Liévin ouvrit d'une main tremblante les vêtements du ribaud, ets'eiïorça d'empêcher avec son mouchoir de toile le sang de s'échapper aussi abondamment de la blessure. Muggelyn sentit bientôt, à la défaillance qui s'emparait de lui, qu'il ne lui restait plus d'espoir de salut. 11 entra tout à coup dans une sombre fureur, et s'écria d'une voix tellement forte, que les ténèbres en retentirent au loin :

—Damnation t Dieu l'a voulu t C'est toi, Liévin Denis, qui devais m'assassiner 1 ^

Puis, mettant la main dans sa poche, il lança quelques pièces d'or au visage du jeune homme, et reprit :

— Puisse cet argent te brûler le front t Ton père, ton père, Gérard Denis, m'a ordonné de venir attendre ici le capitaine général et de le tuer !

— Taisez- vous? taisez-vous, mon ami t dit Liévin d'une voix tremblante et altérée. On pourrait vous entendre t

— Ob! que le monde entier n'est-il ici pour apprendre quel scélérat t'a engendré ! s'écria avec plus d'énergie encore le roi des ribauds. Toi, du moins, tu le sauras! Ton père n'est pas un homme, c'est un démont Depuis six ans, chaque pensée qui éclot dans sa tête est un crime; chaque parole de sa bouche est un coup de poignard contre tout ce qui est pur et grand. Il ne court pas une calomnie à Gand, il n'y sévit pas de haine, il n'y coule pas de sang que ton infâme père n'en soit la seule cause. Mauvais esprit sorti du fond de l'abime pour la perte de Gand et de la Flandre. 0 Gérard Denis ! damné par toi, tué par ton fils ! Digne fin !

Liévin posa sa main sur la bouche de Muggelyn exaspéré, et voulut l'empêcher de poursuivre à haute voix ses accusations contre son père. En même temps, il le priait et le suppliait de se calmer, et s'efforçait de lui inspirer quelque espoir de salut; mais le roi des ribauds rejeta la tête en arrière et s'écria en luttant contre Liévin :

- Il a fait diffamer pendant des années la jeune Veerle et m'a payé pour, la faire passer pour la maîtresse de maître Ghelnoot Van Lens; — il m'a payé pour l'enlever, pour la déshonorer, pour l'assassiner. Je l'ai respectée et je ne l'ai pas tuée : —j'étais un ange de bonté à côté de votre infâme père qui ferait rougir Lucifer lui-même î U m'a payé, oui payé pour tuer Artevelde; il en a payé cinquante autres pour attaquer et mettre à mort, à la première occasion, le capitaine général et ses amis. Voilà Gérard Denis!... Portez-lui de mon sang,— lancez-le-lui à la face, — que ce sang brûle son âme infernale, — poison qui le fasse crever avant que... Ah 1 abl

k e6té de moi... une boateiUe... oda ÉM «KkdtKMéi) itt

96tfiér«è 4afi IH Aiatt il Éoâ»iii> âiiH lifté tuf ÉliBli irari StiHiie fi IBinHi liiitlrèlil de nânisSfû « I^ÉMMiailMHi

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i(i(i«y8 fut tmmpita'i ti muiàBi oft tfifiinfiiiÉi

tèl^iièiitmhifimlhA dé ai iMgëi tiii ffiàbii fir«éMi fi»dê6»^, aëJi lihtf rèi»iiJM sMM fdité ««èô It ^iél*^ tti m^^éé iitirSfii:-^<d àe tëMMtl^ de Ml ^M#

fëMatit (PY(^ ytlStt^ lé jUÉcf màiim àéSlWI tt <^(>s, dSns f tficèrâtudë 6H il ëtèftt cfde lé M dès rfWtldSffii fllërt. Il mu été télleniëiii ssiisi par ses teriMbles rétêlfitîofls, 4'tte iiiillë pensées Se déâéspbir âë ^i^ësentaiént à lui, ètitti étaient toute conscience de sÉ situation. A regardait arec hoitém iéà[ (îlècès d'o^ qful iScitiiillëient Ûëm l'herbe comme dé petits Vers Idisèfnt^. Cet ar^ht, pri:t sèln^latrt â6 la vie d'Arieveldë, avait été coôiptê pa^ soA pérè k FàSsassifl comnie récôdl^ètïse de Èoh èriihè t C'était sM pèTô ((ui anil tépaiidù le veditl dé la cUlôinÉé côtilre Veôrte f il avait payé Ifuggelyn pldur à^assiiiè^ li fiàhcée dé son fris t pour ii déshonore!*! font en lui étsilt donc pé^vetâité, fàuSâeté, sol \ menée dti s&tig et dti mal t Oh t cette désolâtitè èdffvictioa ( livl'a ritifôrtùné Liéviii i Aeé souffrances bléh autrèitieat la* descri^tibles que celles qtil avaient accompa^ùé la mo^t ée Mîjggelyn! Lili aùsii frièsôù^ali et se tordetit en ^î6fli

lé' iktBtivt tH dÂND. 219

plus( violèiit dé^ësi^l^ir; hii aussi éiéiitâit lei Mttementé de son coèui* se cbmi)riniei' et s'âri^éier... Ce suppliée dura jns^ qu'à ce ^'ufi bhiit loihtàJôl tîdt ÎTépp&t sofi ofrèille.

Il lui seitibià entendre à ùtïe cerialne distance plusieurs personnes qiiî venaient dans là direction de l'abbaye. Bientôt il entendit la voix de Ghelhdot Yah Lèns qui criait :

— Pair ici ! i)àr ici, capitaine géflérdl^ ôti vous courez dans la Lys t

L'approche de Ghelnoot tira le jeune homme dé son égarement. Si on le surprenait à èôté du cadavre, il devrait infalUibiement comparaître devant les échevîns de la 6edeele ; il aurait à répondre U un sévère interrogatoire et à donner des explications sur Tacte fatal qu'il avait commis 1 Le secret des crimes de son père ne risquèrait-il pas d'être découvert ? Serait-il lui, Liévin, l'accusateur de l'homme dont le sang coulait dans ses veines ?

Sous l'empire de cette idée, Liévin se releva vivement, s'enfuit, passa devant la tour Rouge, et coupant horizontalement le chemin, s'enfonça dans les prairies ati milieu des ténèbres. Il lui semblait entendre derrière lui un bruit de pas, et, se croyant poursuivi, il accéléra sa course aiitafnt que le lui permettait le terrain marécageux. De temps en temps il tombait dans des mares Tfix dans des fossés, et, tout haletant, il s'en allait, la tété perdue^ par des chemins^ inexplorés, à travers la fange et l'eau, jusqu'à ce qu'il se heurtât la tête contre un arbre et tomba sur le solj à demi évanoui.

Au bout de quelque temps les effrayantes palpitations de son cœur se calmèrent. Il n'entendait rien autour de lui; tout était silencieux, et l'obscurité l'enveloppaitcomme d'une tombe. Il sentit sa main se coller à ses vêtements ; elle était couverte du sang du ribaud ! Cette circonstance le rappela à la pleine connaissance de ce qui était arrivé, e!t

Ml TAIBUH »B ftâV».

tae mAH dt nomma la lortn». de k pta» wOnm ûmnktàgm. Hm mvlt tiee dàwtpoirmr l^aol,.aii«pH iBBl t?6C eObrl ooimiie si ud iKmrrMa eftt chtigé de Iov* dee piemt sa pottrineoppiesBée. Enfin nue sorte de Mue fMeose parai s'aaipaier de loi; il entra dans nne ngB tasensée el s'écria d*ane ^îx rauqne el altéfée :

<— Aht quel eruri serpcmt me dévore le oœorl OoiyOa, faurai ce terrible courage ! Je te i^rochorai cb guetss ftit^Je te dirai ce que j'ai souffert; je te rapp^lecid coanent tu as msrtyrisé mon innocente Yeerle, oommentti as empoisonné notre vie, comment la haine et la phis iifltane jalousie ont iiyt de toi un bourrean et un aasssBil le la montrerai le sang gui me souille, et te crierai gae j» maudis l'instant de ma naissance; je mourrai aous tes jan de boule d'avoir jamais reçu un baiser paternel detssl^ Vies empcrisonnérâ. Hâas ! hélaS'l tu as donné de Faiieift pour qu'mi ignoble ivrogne déshonorât ma fianeèelOll ee n'est pas possiUe : les dtaions eux-mémea fréadisiâl devant une telle horreur t Et cependant» c'est vrai I Cei incroyable, mais vrail Tu as encore cinquante assassins salariés 1 cinquante poignards qui visent au cœur du grand citoyen, du libérateur de la Flandre 1 Et cela pour te &ie savourer un crime, pour répandre le sang innocent d*ai héros entre ton fils et sa fiancée, pour que ce fils, insensé, anéanti, haïssant le monde entier, se voue à Tenfer par m coupable suicide? Mais non, non, je vais te demander compte de ma triste vie, du martyre de ma bien-aimée, de tes horribles attentats contre le capitaine général, de toot|| le sang que tu as fait répandre ^t que tu voudrais voir répandre encore! Ma voix te fera trembler, bourreau !...

A ces mots, Liévin se releva et se mit à courir à traven les prairies sans savoir quelle direction il prenait II ètii fou de désespoir; toutes sortes d'affreuses pensées et à'hct

LE TRIBUN DI G AND. 22t

ribles hallucinations se heurtaient dans sa tête en feu ; ses veines se gonflaient, son cœur battait à Tétourdir, son front était tout brûlant.

Il courut longtemps à travers les marais et les broussailles, se blessant aux buissons et aux arbres isolés, jusqu'à ce que ses forces s'épuisèrent peu à peu et que la fièvre le quitta. Bientôt il se rappela avec effroi les coupables paroles qu'il avait prononcées dans son égarement. Il s'arrêta tout tremblant, se couvrit le visage des deux mains, et s'écria d'une voix déchirante :

— Ah t non 1 non t C'est pourtant mon père 1 Respect, respect pour ses crimes mêmes I II ne me verra plus jamais ; son infortuné fils mourra en emportant son secret dans son cœur. 0 Veerle, Veerle, toi aussi tu descendras dans la tombe... tu m'appelleras en vain... tu succomberas! Adieu, douce et bien-aimée sœur, adieu jusque dans une autre vie 1 Que l'ange de la mort envoyé par Dieu étende sur nous son linceul...

Le jeune homme, succombant sous l'excès de la douleur, sentit les battements de son cœur se ralentir, et s'affaissa sur ses genoux, tandis qu'un torrent de larmes inondait ses joues.

Enfin, privé de ses dernières forces par cette crise suprême, il parut se tenir debout avec peine; puis, luttant contre un véritable évanouissement, il appuya d'abord son coude sur le sol et finit par tomber sans connaissance sur ^la terre humide*

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ttrt!

'il Mrftâ ll§te<il8 de A^

ment la mort violente du roi Aék immiiël m Èt^'Stûktâ

oSkÊ fias y riiiPfiÉt s h ms ^Hm^MfëÊk m «mt éÊiâWêiiim ë«iàm^%6m cêiieim^vàpt»

«fitiiifldtt^SNii, ë8 M pH%it «iféiftrs i« BmmènAm

éfmmhmktSUêià tl0ldÉ!<MS8iiiiëi^é4tiMlll; Ce fut encore dans les tavernes que l'Oft 8éi](lmi.li|ai

ldh|te^j) j 18 perte flù jôyôlii Ktiê^gelytl j cë|>étfdânt les i^Vë^ êUûeMhik ^\ii j)i'éoëcitit]^àiëht tdii» lëà e^i^is éfft^ cêrënt âiS^ë^ f Itè lè souvèilit* dii ribaudi, et biètttôt ^^sdniiè ne parla plus de lui, sinon l'hôtelier du Cerf sous le beffroi, 6& Maitëlyh «vàit Wiââe ixuë taillé ièrrlblémeht chargée.

O^filrd Dénis âdiipçdfïhd Èëé, avôè quelque cërtîtodé, ddibdlëHt sdii àfl^é évait trotivé Is( mort; là totde trôntée le lëfidéiiiàih à là feiiêtrè de 1^ cb{(mb^e, et Surtout Tabsenee, prolongée de Liévin, qui, depuis le meurtre, d'avait pas i^ paru à la maison, ne lui laissaient aucun doute à cet égard. Il ne pouvait attribuer à la fuite de son fils d'autre raison que la découverte par lui de sa complicité personnelle dans l'attentat contre Arlevelde ; — peut-être Muggelyn lui avaitil révélé tout! Cette dernière pensée remplit le chef-doyen d'inquiétude et de terreur ; il fit toutes les démarches pofi^

LËI TRIBON Dfi GAND. 239

sibled poixT dècottvrir dû sott fils s'était retiré, dvéc Tiâtentioh de le faire revenir de gré dû dé force, ou du mbins d'applrertdré ce ((ù'il avait à craindre de lui,* et du beâoiu de s'èssurer de èoii silence (iar des moyens infaillibles. HL^iB toutes les perquisitions qu'il fit lui-même ou ordodna démëârèrent vaines : on venait bien hii annoncer de temps eii temps que, dans tel on tel quartier écarté^ ôti avdit vii^ la nuit, Liévin se glisser èomme une ôinbre errante lé long des maisons; mais, chaque fois que le chef-doyen avèit envoyé sur ce point de la ville des hommes à la recherche de ^n fils, personne n'avait pu leur en donner aucune noiivelle.

S'apercèvant, au bout de quelque tempsj que nnlle rumeur ne venait l'accuser j il âe souvint du noble caractère dei Liévin et dû profond rfôpect qu'il lui portait; il se tranquillisa sur les conséquences de la révélation qu'il redoutait, et ne fit plus rechercher son fils.

Sur ces entrefaites, les èirconstances dondaient uh nouvel alhUeni à son ambition et à toutes ses mauvaises passionà. Le sort de la Flandre et la question entre Artevelde et sê^ ennemis allaient se décider définitivemeiit. Si Dénis ne remportait pas la victoire celte fois, il lui fallait céder pour jamais, être réduit à une impuissante jalousie et se consume^ de dépit dans Tobscurité. Il le sentait bien; aussi mettait-il en œuvre tout ce qu'il pouvait posséder d'astuce et d'activité, et dressait-il ses pièges avec un tel mystère, que persionne ne pouvait les soupçonner^ ni par conséquent les déjouer.

La Flandre était toujours ddns la situation la plus critique. La France rassemblait une armée sur les frontières; Termonde s'était livrée aux léliàrds, et était uni centre dé révolte contre les trois membres du pays ; chaque jour cette ville forte recevait des troupes auxiliaires dans ses murs, et tout présageait qu'avant peu Uiie force armée eOiisidérablé

ai Ui.TRlBUlf »JI.«JJI»..

■■whariUd» Ifc^r fiaiid, tuMê qae JejNrfte flmeeil» ttvierail ïm piofineeB méridioMles: Le comte de HiâMil •i noolnitdiqwséàtefléptierdele fédéntlpii elàvoir «tt ëde «a Français ; le due de Brabent e^éteit 4%% p» lé lut, dédale eoatie la Fla&dre^ et avait reçu à.ae eovlei fias eliaada enseliiis des Flamanda. NéaoflMrfna la qmdk iiiati?eà la ttoeranderie te perpétuait mésie jdiealapsi la .ptaa patriotiqiir de ta FlaiMtoe, et i^Uea «I enamaata ^ tlBAiaieiit de eoiirir aux armée les iinea ooniiie lee.mtiei .

Arievdde cooq^mMiit ta graiideiir'dtt pMl 40e coiiiaitM pays^.et a'eflbrçait eoeore de trouver U» Baojreaa 4e ta«a* ver de raaservissMiient et deta mlaère. 0ana aea reciwichi awr les eaïuea de ta désorgaaisatioB de ta Ftandte^â* Boî que ce mal invlocibta Tenait prioelpaleiiieQt de même dtt pouvdr dent il était iateiti* Ea^eiÊet, que les longues attaques de ses ennemta eyeieiit jelé Fesprit dn peupte des étantes sur ta légitimité de rite, chacun s'arrogeait te drdade diaeat^ et de ses ordres, et de les rejeler s'ils n'étaient pas d'accord «vee ta manière de voir de ceux qui devaient s'y soumettre. Soo influence avait ainsi perdu la première des qualités qui constituent une autorité réelle, c'est-à-dire celle d'être considérée comme un pouvoir social collectif, dans lequel la volonté de tous vient se fondre dans une direction unique, et auqod chacun doit obéir sans examen personnel.

Le capitaine général ne se dissimulait pas cette vérité, d résolut d'abdiquer un pouvoir qui ne suffisait plus à dominer les partis et à protéger la Flandre contre ses nombreux ennemis.

Néanmoins il avait un caractère trop noble et trop magmnime pour retirer les mains du gouvernail avant d'avoir conduit le vaisseau de la patrie dans un port sûr. Le retour du prince légitime lui semblait le seul moyen qui restât de

faire cesser les divisions en Flandre et de ramener le payp.^ à l'union, sans laquelle il ne pouvait résister aux tempêtes Qui s'amassaient contre lui. Jusque-là le comte avait refusé de reprendre, aux conditions proposées par les communes, le gouvernement de la Flandre; mais Artevelde résolut cette fois de faciliter la réconciliation par de nombreuses concessions, sous la seule réserve que Tindépendance et l'industrie du pays fussent sauves. Afin de pouvoir atteindre ce but, il fit proposer par les villes flamandes à l'assemblée de Bruxelles qu'on ferait au prince la réception la plus cor^ diale et qu'on lui donnerait toute satisfaction, si lui, en tant que comte de Flandre, voulait se déclarer indépendant de toutes les autres puissances, aussi bien de la France que de l'Angleterre, en conséquence de la dernière trêve dans laquelle cette indépendance avait été reconnue par TAngleterre et la France elles-mêmes.

Gomme, en dehors de ce point fondamental, on offrait au comte de nombreuses concessions et qu'on lui promettait une splendide et franche investiture, personne ne doutait que Louis de Nevers ne se hâtât d'accepter les nouveUes propositions des communes.

On se trompait cependant. Le comte, conseillé par Philippe de Valois, commença à discuter astucieusement les conditions de la réconciliation, et finit par ne plus dissimuler qu'il voulait voir la Flandre soumise à la France, et qu'il ne reviendrait que si pouvoir lui était donné de mener les Flamands dans les rangs de l'armée française contre l'Angleterre. Il se montra hautain et inflexible , et laissa les villes flamandes lui envoyer ambassade sur ambassade, sans daigner leur donner une réponse bienveillante.

Assurément, jadis Philippe de Valois et Louis de Nevers eussent accepté avec joie l'offre conciliante des Flamands; mais en ce moment ils se tenaient pour certains que, para-

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é^SMPt 4rteY«ld0. A S0 yof9U f«rffé ^ Çlwteû? 9!ltr« te malheurs : l'unique espoir qiù fç^tà^ (te 9^ ré^giMnlief w te PFÛiA^ isml MiP )ri»9o4Qpné, ou te Wton^ deiffil «m* ter (te W)UF^u l^ cWn^ m\ araleot W9è sur ^ pënilprt tfQîs si^les^ et cpiiirber la tête soi|s la mortelle Inâueuoeè 1q çpur dp Praoce. ^os nul dou^e Tàme héroïque 4'Arteveide n'eût pu consentir à une telle |;iua)iUation quand roniyers eût pienacé de s'écroujer sur lui : jusqu'au dernier soupir il combattrait virilement pour Tindépen^apce el k bonheur de sa patrie. Un assassin pouvait le frapper a b dérq))ée, une émeute pouvait Tengloutir, une arfnée pou\xi l'écraser; m^is jamais, tant que ^a cœur {)attrait dans si poitrine, la piandre ne subirajt Todieuse servitude de il France, — et, ^'il lui fallait succomber, il tomberait et mou^ fait ayec la liberté de son pays.

C'est alor^ qi^'Arlevel^e prit upe résplutipp d'une impor- }9pçe supréiue et mit ayec une pleine cpnfiai)ce s^ tête et jpu pQur rin^épe^dçnce de la Flandre.

l^ m 4'i4lg^terr9> ^ur ]^ prière 4u çai^taîne génénlt

^y^^ pairu jvj^c fipp euig^pte flott^ (Javaat TBoluae, et avait ^pvqyé ([)e§ ^p^is^i^ire^ d^ns tjOiitfss ie9 YiU^s flamandes pour les prier de lui rendre de nouveau hommage comme au seul

Jégifime Fpj fle Yf^nfip. jup pprment dp repoonaiissanea fut prjêié 4e j^pi^pe yolonjé; paia uup autre .eyijeopa nei pouvait gfipp çussi fapîleqaenf ^aH^faite. ï^p m Bflouar^, sur le fonpeil d'AFt§yel4($, gt cppiprpp^rfi aui^ ville» que la situatiq}} Pîifiqpe flç Ifl FJ^pdre avait ppue pnjqwe cause cette çircqjîsfgnce, qpp Ig prwpe ef leç sujets «livaiçut une directjoq djffgr^fltç çt yppqpnai^s9ieu^ ebapup un sucerai» particuljfîr. pofflïne ppndjMgq <Je ^p amUi^, il exprima le vceu que le comte Louis fût forcé de )e recoQoaitre comme roi de f r§ppe, pu qqp les FiamPP4s $e détaohasseut de l.^ur prince p^r ppQ 4écl.^patiop ^oleqnelle.

Klus d'une f))is 4éj^ Arteyelde avait £ait l'expérieqce que \^ faillie caractère de Louis pe pouvait être influencé que p|[)r 1]^ crainte, pepqi^ Tarrivée de la flotte anglaise, la situation était çbangép. Pour le moment dp moins, Philippe de Va-r lois ne pouvait espérer s'emparer 4e la Flandre, ni pac Ip force des aripes, ni par l- intrigue, i}i parla ri voile; la présence 4u roi d'Angleterre à la tète de forces imposantes suf* ^ait pour déjoper à Tlpstapt toutes les agression^.

Le c^pi^alpe gépéral JMg.ea la pirconstance favorable pour arracher ^ (put jamais et pu vertement le comte à la France, ^t espéra que la crainte de perdre son comté serait ass^ puissapte sur râm.Q 4e Louis pour le décider a un acte qui sops 4P^te luj serait pénible, mais duquel dépendaient le salut et la liberté de la patrie.

Ajrtevelde epvpya aussitôt et avep Ip plus grasid^ publicité aux trpis villes prinpipales d^ la Flandre la {Hroposltion dp 4cppter au cpp^te upp ambassade solennelle pour lui dUe que ia Flandre le priait 4e prêter iSi et hommage au où 4 .4ngie(errjs^ ^ îapt qpê rpi 4^ Frapcfi, et de faife aUi^ui^

avec les communes contre Philippe de Valois, faute de quoi la couronne de Flandre serait offerte au prince de Galles, fils d'Edouard.

Cette proposition causa naturellement une grande émotion dans le pays et fit que beaucoup de gens, si peu partisans de la France qu'ils fussent, se soulevèrent contre la pensée de déshériter le légitime descendant des vieux pria* ces flamands. Artevelde s'était attendu à ce soulèvement de l'opinion publique; il ne méconnaissait pas le danger de l'acte qu'il posait, et il se prépara à expier par la mort l'aodacieuse tentative que lui inspirait son amour de la patrie, si son projet n'aboutissait pas.

A Bruges, où l'on devait se prononcer en premier b'eu sur sa proposition, celle-ci rencontra d'abord une vive rési»tance; mais dans l'assemblée de la commune, il démontra avec una éloquence si convaincante que la Flandre ne pouvait être sauvée que par le déchirement violent des liens qui l'attachaient à la France, et qu'à la situation extrême delà patrie il fallait aussi appliquer des remèdes extrêmes, que l'assemblée, à la presque-unanimité des voix, se déclara prête à souscrire à la proposition du capitaine général.

Il gagna de même Ypres, troisième ville importante de la Flandre. Gand seul avait encore à donner son consentement et devait convoquer dans peu de jours une réunion générale des échevins, des doyens et des anciens, pour se concerter sur la déchéance possible de Louis de Nevers, et sur l'élévation du prince de Galles au rang de comte de ! Flandre.

Sur ces entrefaites, Artevelde était retourné à l'Ecluse pour s'y entendre avec le roi d'Angleterre sur les conditions de la prise de possession du comté par le jeune prince, dans le cas où Louis de Nevers persisterait à refuser Thommage qu'on exigeait de lui. Le capitaine générai put difticilemenl

LR TRIBUN DE OAND. 229

tomber d'accord avec le roi sur les libertés dont la Flandre continuerait à jouir et surtout sur son entière indépendance, vis-à-vis même de la couronne d'Angleterre. Cependant il se vit forcé de rompre les négociations pour se rendre à Gand, où, trois jours après, Ton .devait prendre une décision sur sa proposition.

Artevelde n'ignorait pas qu'il y rencontrerait la plus forte opposition, parce que les léliards y seraient soutenus par tous les partisans de Gérard Denis et peut-être par une par tie considérable de la tisseranderie. Il avait reçu des rensei-* gnements inquiétants sur la disposition défavorable des esprits à Gand. C'est pourquoi, avant d'avoir pu fixer définitivement avec le roi les privilèges et libertés de la Flandre, il résolut de prendre congé de lui pour aller éclairer les échevins et les doyens de Gand sur l'urgente nécessité d'une résolution hardie, bien qu*elle pût être en certains points contraire aux tendances du caractère flamand.

A peine eut-on connu sa proposition, que, plus d'une fois, des gens avaient été dépêchés pour le surprendre et le mettre à mort; des troupes même entières de routiers et de léliards armés se mirent à parcourir les environs de l'Écluse et des villf* où le capitaine général pouvait se trouver, avec l'espoir qu'il tomberait peut-être dans un guet-apens. Artevelde était informé de tout; aussi ne voyageait-il jamais sans se faire accompagner par une nombreuse escorte.

Comme le péril avait grandi peu à peu et était déjà devenu menaçant, le roi avait donné au commandant en chef de sa cavalerie, lord William Sturin, l'ordre d'accompagner Artevelde avec un fort détachement sur le chemin de Gand, aussi loin que le capitaine général le jugerait nécessaire.

Un dimanche après midi, les serviteurs d'Artevelde, avec son cheval sellé et prêt pour le voyage, attendaient qu'il quittât le vaisseau du roi. A quelques pas de là le commandant 11. u

310 Ll TRIBUN DB OAND.

deyaient

de la cavalerie donnait des ordrea aux hommes qui foi^Qier ^escorte du capit^aine général.^ ,

On vit bientôt Àrtevelde paraître avec \p roi sur Ip pont do navirey^oty fiprè^ un serrement de maij;^ afTectueux du prince, descendre dans la barque. Chacun se hâta de se préparer au départ.

Lorsque le capitaine général atteignit la côtC;, il s'élança à cheval et prit avec toute sa suite le chemin de Gand. £d route, pour abréger le tenips, il s'entretenait avec Wlliiain StMrin des institutions et des communes naissantes de TAngleterre. Arteyejdeparjpit assez ^ien l'anglais; et çomiBe le conpimandant de la cavalerie était ^n homme intelligeot e( un brave che^valier, il prenait grand plaisûr aux profoodes et judicieuses observations d]i^ bourgeois de Gand.

fout en conversant ainsi, ils aperçurent tout à coup dans le lointain une troji^pe de cavaliers qui s'avançaient au grand galop, et dont la distance ne leur permettait pas d'apprécier la force.

Lord Sturin ordonna à ses homipes de se préparer au combat, et se rapprocha d'eux avec le capitaine général, en faisant ralentir la marche des chevaux.

Mais bientôt Artevelde remarqua que les cavaliers qui s'avançaient étaient des bourgeois de Gand, et reconnut même les trois premiers pour ses amis Maes Van Vaernewyck, Ghelnoot Van Lens et Pierre Zoetaerde. Ils n'étaient ai cuinpagnes que d'une vingtaine de gens des métiers aruiii Leurs chevaux étaient tout couverts de sueur et eux-méme; semblaient très-fatigués de la course rapide qu'ils venaieiii de faire par un ardent soleil.

Artevelde chevaucha au-devant d'eux en leur souriaû; amicalement et vit au premier coup d'œil qu'une profoaue . tristesse était empreinte sur leur physionomie. Cela lui prt- ■ sageait de très-mauvaises nouvelles; il allait interroger àcei

LE TRIBUN DB 6AND. 23t

sujet le premier échevin, mais celui-ci, comme s'il eût été surpris de "expression sereine de la tihysionomie d Artevelde, lui cria :

— Gap,ilame ^^péral , aves;-vj)iis, {«çi^ un. «içssaçfr 4e

— Qu^n^? Çlemanda A'^teveldç».

— Hier soir! ce matin!

— Aucun messager n'est venu me trouver, maître Maes.

— Vous voyez? dit messire Van Vaernewyck en se tournant vers ses deux compagnons de voyage, les routiers ont arrêté le messager. Dieu soit loué de nous avoir inépirê l'idée de porter nous-mêmes là triste nouvelle!

— Quelle nouvelle si terrible m'apportez-vous donc, mes amisV' (iemahiia Arlevelde. Parlez, 'les léliards dé Termonde sont-ils en marche sur Gand? àùrafèift-ils battu 'nos hommes? Il n'y a pas lieu dé s'affliger de cela; on leur fera payer cher leur imf)ùâénté audace. Ne craignez donc rien.

— Ces paroles du capitaine général durent faire une impression péiîible sur l'esprit de ses àmîs; car Ghelnôôt "^an Lens et Pierre Zqètaerde baissèrent la tête, et rœilftxè vers la terre, restèrent muets et abattus. Le premier échevin seul comprima son émotion et pria Arlevelde de le suivre jusqu'à ime maison qui se trouvait à deux portées d'arbalète au bord du chemin. Après avoir échangé quelques mots avec lord Siurin, Artevei'dé se' dirigea avec ses aniis vers la ferme désignée. Là, le premier échevin pri$ lés gens ile la maison cie les laisser seuls quelque temps. 11 dit alors à'uné ypîx émue âu capitaine gênerai :

' ' — !^mi Jacques, nous vous apportons une nouvelle \ laquelle vôuà'ne vous' attendez certainement pas. Hier niatïn on s'est pronônci^ a Gahd sûr votre proposition. Elle est rejelçe.

289 Ll TRIBUN DB OAIIO.

Un Bombre nuBga de méconteatemeot cdMcuccit loot coup le visage d'Artevelde.

— Hier 7 demanda-l-il. Le banc dea échevina IniHBéa n*a?àltp-il pas arrêté que ce ne serait qu'après-demain qo'c délibérerait et prendrait une décision sur rafTaireT Àh\ soupçonne le motif de cette précipitation. Toujours de la fi blesse devant l'intrigue ! Eh bien, qu^ie est la dédw priser

—A une grande majorité on a déclaré que la conuasi de Gand n'abandonnerait jamais son souverain légitime, quelque prétexte qu'on pût avoir recoure pour l'y engagi Votre proposition, ca[»taiDe général, eat désapprouvée, U mée et repoussée avec indignation par les magistrata et pi le peuple. C'est un grand malheur pour la Flandre peut^ mais nous devons le supporter et courber la léle avec ni gnation sous ce nouveau coup.

— Une assemblée convoqué^ sans que je le susse, p surprise 1 dit Artevelde en soupirant : ma proposition rejeté par les magistrats et par le peuplai c'est incompréheasiUe La majorité du Danc des échevins partageait cependant omi sentimeut, et reconnaissait avec moi qu'il n'y a pas d autt moyen de sauver la patrie. Mon Dieu, mon Dieu, faut-il dos que je sois trahi aussi par mes meilleurs amis ! malheureof Flandre !

Le premier échevin lui prit la main et lui dit aveci profond découragement :

— Malheureuse Flandre, en efîetl Mais, maître JacqoQ avant d'accuser vos amis, écoulez-moi et apprenez la caai de cette résolution. Nous étions convenus avec vous qo'tf déhbérerait mardi sur votre proposition; l'assemblée fâ annoncée depuis plus de dix jours, et les métiers sont d$ consultés par leurs doyens et leurs anciens. Chacun att» «tait avec confiance le jour de la réunion ; la plupart des m

tiers, et par conséquent leurs doyens aussi, désiraient avant toul vous eniendre développer les motifs de votre proposition, avant de décider en quel sens ils voteraient; sur ces entrefaites, vos ennemis tramaient dans le plus grand mystère un coup habilement calculé. On ne comprend pas comment ils s*y sont pris : vendredi soir, quand la nouvelle de Tacceptation par Ypres se répandit à Gand, une foule de gens des piétiers se mirent tout à coup à parcourir les rues de la ville el à pousser mille imprécations ^contre votre proposition ; on répandait de l'argent à pleines mains parmi le peuple dans les tavernes; on criait sur tous lestons à la trahison, à la corruption ; on maudissait votre nom, toute la commune était en alarme. Ce soir-là, nous trouvâmes encore les poorters assez fidèles à la bonne cause; nous fimes circuler des gardes et réussîmes à maintenir la tranquillité publique. Mais le lendemain, au point du jour, plus de six cents compagnons des métiers en armes coururent au marché du Vendredi, en criant qu'il fallait prendre une décision dès le jour même sur votre proposition; sinon, ils s'empareraient de la maison des cchevins et en chasseraient les magistrats. Nous savions ce que cela signifiait; c'était une conspiration des léliards avec vos ennemis, pour vous empêcher d'assister à l'assemblée, parce qu'ils prévoyaient que votre puissante parole eût misa néant toutes leurs intrigues. Que pouvions-nous faire? Gérard Denis tenait avec les fauteurs de troubles; bien qu'il le niât, c'était assez évident par les clameurs des compagnons armés qui, dans leur sauvage exaltation, portaient le chefdoyen aux nues tandis qu'ils accablaient votre nom d'outrages et de malédictions. Nous avons épuisé tous les moyens : bons conseils, menaces, rien ne réussit. Nous ne pouvions employer la force; le chef-doyen, qui dispose des forces communales, se serait infailliblement rangé du côlé des émeutiers; une révolution complète aurait eu lieu à

Gand, et en tout cas le sang y eût coulé par torrents. Le sonvenir au mauvais hindi à effrayé le béhé'deS échëvinsyîla fait convoquer la collace des doyens et dés anciens, ëi a consenti à délibérer immédiatement sur vôtre proposition. Que vous diifaî-je de cette réunion? Gérard Denis y a joué sot rôle perfide' et à excité lèâ esprits contre vous; ses partisans ont Crie plus fort que tout lé monde, et pendant que celte audacJB calculée réduisait au silence la majorité du banc des èchevins, la rue éloii pleine d'une foule de gens dés métiers qui faisaient retentir jusques dans la salle du conseil des menaces de mort contre vous et vos amis. Dans la crainte de plus grands malheurs, nous avons donné à la multitude furieuse la satisfaction exigée, et rejeté votre proposition. Il ne nous restait pas d'autre nioyéh dé leur faire déposer lés armes et de sauver la commune d'une nouvelle eflusion de sang. Jugez maintenant. Pouvions-nous, entourés par la trahison et l'intrigue, réduits à Timpuissance par l'attitude du chef-doyen, dans cette situation critique, pouvions-nous faire autre chose que céder à la fatalité? Si le pervers Gérard Denis était aujourd'hui maître à Gand, s'il avait renouvelé le magistrat et installé ses partisans à l'hôtel de ville, cela eût-il été plus avantageux pour la Flandre? cela eût-il mieux servi vos vues ?

Le capitaine général se promena pendant quelques instants en réfléchissant profondément et en secouant la télé avec impatience. Puis il répondit :

— Il n'en pouvait être autrement : vous avez bien fait; mais rien n'est décidé par là. Je vais à Gand : nous verronî si un ramassis de mauvaises gens et de léliards conlinueron. de dominer par l'audace et la violence la majorité des ci" toyens de ma ville natale, et à décider par surprise dusoP. de la Flandre. Allons, plus nous perdons de temps, plo>; l'étal des choses peut s'empirer là-bas.

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A ces mots, il se dirigea vers la porte; mais en voyant que les autres rie faîsàieiV pas un pa's'jfoiir lé 'suivre/ ircfémaîrfa avec etonnémértt :

— Qu*'avez-v()us donc sur le cœur, mes amis? Avez-vous quelque choàe ^ me aire encore, ôii n'osëz-vdus 'retourner à Gand ? Vous m'eftràyez vraiment; îl est arrivé plus que ^ous ne m'avez révélé, je comprends maîn'tehant la muette tristesse de maître Van Lens et de maître jiôétaerde. Parlez donc franchemenl; croyez-vous que lacqiies Van Aftevefde ùe sait pas que tout est en jeu pour fui aussi bien que pour la Flandre?

Le premier échevin ramena Artevelde au milieu de la chambre et dit :

— Notre mission n'est pas terminée; nous sommes venus, capitaine général, vous conjurer de renoncer à votre projet et de vous rendre à Tinstant à Gand aVéc nous; pour annblicer vous-même que vous renoncez à menacer le comte d^une déposition, t'est le seul mioyen de prévenir une révolution à Gand.

Un amer sourire de pitié contracta les traits d'Artevelde.

Ghelnoot Van Lens lui saisit vivernent lés niaihs et lui dit d'une voix suppliante :

' — p maître Jacques, suivez donc ce bon conseil; le danger est plus grand que nous n'avons osé Vbiis le dire.

'— Vous vous êtes laissé guider par ée bonnes intentions, ajouta le vieux Pierre Zoétaerdé, niais n'en îdoutez pas, capitaine général, votre proposition était un acte d imprudence. Renoncez-y, pour l'amour de Dîéû, rènoncez-y f

Artevelde regarda ses amis avec une singulière hésitation comme s'il se fût efforcé de lire au fond dé leur ême pour ^: découvrir rénigmè Ide leur conduite. \

— Je ne vous comprends piâs, mes anais, dit-il; avez-vous donc ôubiîé que iTncTépèndance tfê^'lalÈ'lândre le demandé ?

Et croyez-vous que Jacques Van Artevelde soit homme à reculer, môme si la mort le menace? Non, non, je veux sans fléchir lutter jusqu'au bout; s'il y a à Gand un parti asseï pervers ou assez aveugle, pour s'efforcer de livrer notre jm» trie à la France, moi du moins je ne perdrai pas de vue moa devoir et je sauverai la Flandre, si Dieu lui-même ne l'a pas condamnée à la servitude!... Le temps est trop court, m amis, pour discuter davantage sur ce point; il faut partir.

— Ohl non, non, s'écria Ghclnoot effrayé, n'allez pasi Gand avec un tel dessein.

— Venez ! dit Artevelde : chemin faisant, vous me dira ce qui vous effraye tant.

Suivi de ses amis silencieux, il avait déjà atteint la porte de la ville. Tous montèrent à cheval et rejoignirent le dè^ tachement de cavalerie anglaise.

Quand toute l'escorte se retrouva en selle et qu'on se f* remis en voyage, le premier échevin dit à Artevelde :

— - Ne vous étonnez pas, capitaine général, de noif anxiété, ni du changement qui parait s'être opéré dansines senlimcnls et dans ceux de maitre Van Lens. La vérilat'^ situation des choses est celle-ci : vos ennemis ont prot. de votre Fatale proposition pour réveiller de nouveau coni.^ vous la haine d'un grand nombre do citoyens; leurs partisans ont osé depuis deux jours pousser des cris de m<' contre ceux qui, disent-ils, veulent déshériter le prince Ir [jiliine. Eux-mêmes sont les plus ardents ennemis du coin.dL vous ont persécuté, parce que vous avez refusé pemk si longtemps de le dépouiller violemment de ses dnc^ Liais cela n'y fait rien : quand la foule est prise de oo lièvre qui remporle, elle accepte, sans distinction, m-: les raisons qui peuvent donnera ses passions unear;{ rence de droit. C'est ainsi qu'aujourd'hui encore, on a M ci'j.rc à la plus gi-ande partie du peuple gantois, que vvii^

avez vendu la Flandre au roi Edouard pour une grosse somme d'argent et que vous vous êtes approprié les revenus du comte pour en augmenter vos biens. Et comme si^ messire Simon Van Haie, qui perçoit régulièrement ces revenus, Tavait fait avec intention, il a disparu depuis six semaines, en laissant derrière lui le bruit qu'il ne voulait pas servir plus longtemps de manteau à votre hypocrisie. Impossible de faire entendre raison sur ce point aux compagnons égarés. Ceux qui disent la vérité et vous justifient sont vos amis ; cela suffit pour qu'on soupçonne leur sincérité. Ainsi depuis ces trois derniers jours un parti furieux s'est élevé contre vous. Si vous rentrez à Gand avec la déclaration que vous avez renoncé à votre proposition, il n'arrivera vraisemblablement rien de pire, parce que la principale cause du mécontentement sera écartée par là ; — mais si vous provoquez les léliards triomphants et le parti de Gérard Denis à une nouvelle lutte sur cette question, alors, bien certainement, uu formidable soulèvement éclatera à Gand. Vos ennemis feront ce qu'annonçaient leurs clameurs homicides : ils assouviront dans votre sang leur envie et leur haine 1 Sans doute, c'est un grand malheur pour la Flandre que de voir son asservissement à la France sur le point d'être consacré ; mais nous croyons que ce serait un plus grand malheur encore pour le pays menacé, si, en ce moment périlleux, il lui fallait perdre un homme qui possède seul peut-être assez de génie et d'héroïsme, pour le diriger dans la tempête sur la mer orageuse de la liberté et de la puissance populaire. Nous ne sommes pas seuls de cette opinion : c'est au nom d'un grand nombre d'échevins et de vos fidèles amis que nous sommes venus à vous. Avant de les quitter, nous leur avons donné notre parole que vous ne reviendriez à Gand qu'avec le ferme propos de renoncer fo^eliement à votre dangereuse proposition.

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— Vous auriez tort, capitaine général, de persister dans votre intention, dit Pierre Zoetaérde. Quand on considm les choses avec sang-froid, on doit avouer que les Gantois ont bien raison de se refuser à ce que leur prince légitime soit dépose. De tels actes ne peuvent porter bonheur à un peuple et Dieu sait quelle suite do malheurs en résulteraienl C'est un attentat que mon cœur repousse de toutes ses foN ces. Ce n est pas que je soupçonne la pureté de vos inteà- 1 tiens ; vous le savez, Pierre Zoetaérde çsl demeuré votre ami dévoué dans la prospérité et dans le malheur : ilT^ encore aujourd'hui. Crovezle donc à cette heure et cédez I sa prière : suivez notre conseil et renoncez à votre dessein.

— Ah ! maître Jacques, dit Gheïnool en soupirant, pourquoi risquer votre vie pour des ingrats? S'ils aiment 11 servitude, laissez-leur accepter des chaînes ! N'avezvoi

pas assez travaillé et souffert pour des gens qui vous méconnaissent et vous haïssent, en récompense de vos grandes actions? Pourquoi resteriez-vous leur bienfaiteur cbntif leur gré ? Ne leur donnez pas la joie de vous faire plus d? mal ! Lnissoz-lcs traiter leurs affaires comrne ils Tenîendcnl ; et puisqu'ils ont l'esprit assez étroit pour n oser fa r? rien de grand, donnez-leur le plaisir de rester avecleu? esprit étroit. Quant h moi, dès demain je quitte Gand,els j'y acceple encore une charge quelconque, je veux que Dieu me punisse de ma folie î

Tous contemplaient Artevelde avec une inquiète attente, son morne silence leur faisait supposer qu'il était \m'':':. par le sentiment de la nécessité, et ils espêraien* qu'il oiîa:: consentir; mais le capitaine général, peu touché de ieuri discours, dit enfin :

— Je vous romercio de votre sympathie, mes bons pm:> c'est voire amilié pour moi qui vous fait négliger les inl'rets du pavs mêmes, parce que vous crovéz qu'un ffWD'

Ll TRIBUN DE 6AND. 239

m'âlheuir est sur le pôini 6e me frapper. Ces înptit^ personnels sont pëiilétre généreux et digues a'élogés eh vous; pqiiir moi ce ne serait qu'egoïsme et làclieté. Vous me conseillez de renoncer à ma proposition ? C'est impossible ! Si

^'é ië faisais, je scellerais dii mèihe coup l'éternel assuiettissêiîi'enl de ma patrie au bon plaisir de la cour de France, si

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enneinié de la liberté, le sacrifice de notre indépeiidance, la mort de notre industrie! Je le sais, il est dans la nature dès homln'és de se tromper; peut-être suis-je dans l'erreur; cependant, comme ma conscience me dit que l'idée qui me guide est U vérité, je ne puis me laisser arrêter par rien, quand même toîis mes amis se soulèveraient contre moi.

— £t si vos prévisions vous trompaient réellement, dit Pierre Zoetaerde, ne déploreriez-vous pas durant votre vie entière ce que vous auriez fait? car, dans ce cas, ia patrie ne serait pas sauvée et vous auriez privé de son patrimoine héréditaire votre légitime souverain.

— J'avoue que c'est iine résolution extrêmement grave que celle de priver un prince de ses droits^ répondit le capitaine général ; vous qui êtes mes amis et qui connaissez les derniers replis de mon cœur, vous savez combien il est reiiàpii de respect pour le droit, avec quelle énergie il s'est toujours soulevé contre la violence. Mais il y a des bornes à tout ; moi qui ai si souvent risqué ma vie dans l'intérêt général et qui ai tout sacrifié à celui-ci, mais tout : repos, famille, saug et honneur, j'ai le droit de prendre pour règle de conduite que là où un peuple est menacé de servitude et de ruine, tous les intérêts personnels, quelque sacrés^ quelque élevés qu'ils soient, doivent céder devant le salut de la patrie et de son indépendance I Rappelez-vous quel a été le sort de la Flandre pendant deux cents ans, et vous demeurerez convaincus avec moi que la nécessité mémç nous a irrésistiblement conduits à la démarche suprême

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ifue je Twn risquer. T a-l4l sur la terre nn fmfkb fri ail dA aoutenif une hitte auasi constante pour ééÊBùèn sa Iberté contre des attaques sans cesse r^aoui^^déee t Dss eestaines de révoltes» de batailles» de victoires, des skrihei d^rgent inouïs» du génie» un labeur incéasam, rie&nyt aUé 1 Peu d'années après la gjorieuae iMitaiUe deâ Egenv d*or» bien que nous y eussions remporté le plus Keia trio»! pbe, nous étions courbés sous une servitude phn dioe eal core qu'auparavant t Depuis que Gand a poussé àaAadn le cri de délivrance» nous av<Mis accompli des èmfqirini de géant; le bonheur» les différends entre les rois» TiKiatt aTec le Brabant» tout nous favorisait; nous sBàines jfm loin que nos ancêtres ne l'avaient jamais espéré de Faveoir: une armée régulière de soixante mine hommes se moavill comme un formidable mur protecteur sur le sèl fiaoïaad; la richesse» la gloire» l'influence» tout nous élevai! au luf de peuple puissant... Et cependant» qui de vous oaenit dire que nous ayons fait à l'heure qu'il est» vers notre vWtable indépendance, un pas de plus qu'alors que la France régnait sur nous en souveraine par l'intermédiaire de dos comtes? Qui de vous oserait affirmer que nous n'allow pas tomber à Tinsiant même et pour jamais dans un nouvel esclavage ?

Arlevelde cessa de parler un instant et fixa sur ses amis un regard interrogateur; mais ils penchaient la tête sur le cou de leurs chevaux et ne répondaient point.

— Je sais bien, poursuivit le capitaine général, qu'à N'es yeux aussi apparaissent les chaînes qui doivent de nouveau charger la Flandre. Eh bien, si, après de si surprenants efforts, si deux siècles d'héroïsme et d*elTusion de sang, si li triomphe, la constance, la force n'aident pas à la délivrance d'un peuple né libre, il faut qu'il y ait en dehors de ce peu pie une cause qui paralyse à jamais ses efforts et qui les

rendra toujours inutiles. Cette cause, c'est la soumission de nos princes à la volonté de la France; leur subordination est le lien qui traverse notre histoire comme une chaîne d'esclave que rien ne peut briser; — car à quoi nous sertil de combattre et de lutter pour devenir libres, si notre propre comte, sujet et serviteur de nos ennemis, se charge chaque fois de nous disputer et de nous enlever à leur profit ce que nous avons conquis? Ne méconnaissez donc pas ce que trois siècles d'une déplorable expérience nous ont appris. Si nos princes restent asservis à la France, comme ils le sont maintenant, la Flandre peut tenter à l'avenir tout ce qu'elle voudra ; ce sera toujours en vain. Qu'étaient les Baudouin de Hainaut? Qu'était Ferrand? Qu'était Guy? Qu'était Robert? Qu'est notre comte actuel Louis? Que sera son successeur? Des sujets de la France, des vassaux de l'étranger, des serviteurs obéissants et soumis du trône de France! A quoi bon donc sacrifier notre sang, notre génie, notre vie, h la poursuite d'un but impossible (1)? Croyez-vous peut-être que l'héroïque race flamande est capable de lutter sans relâche contre le géant du midi et qu'elle aura toujours assez de force' pour se relever, alors que le lien qui lui presse le cou menace de rétrangler?0 mes a mis, n'espérez pas autant d'un peuple! Il arrive un temps, — comme celui où nous vivons, — où la race la plus énergique et la plus courageuse, paralysée par la discorde et la désorganisation, s'affaisse et accepte avec joie la servitude comme une délivrance 1 C'est alors que ses ennemis lui rivent si étroitement

(I) « Arte?elde leur déduisit comme leur comte Louys, trop Français d'affec-' tion, avait travaiUé de tout son pouvoir k les réduire en servitude, punissant les uns de mort et les tu très de bannissement, exposant le reste à it convoiii&c du roy Philippe, aliénant leurs meilleures villes et levant sur eux des impôts eiceisifs, non pour défendre ie pays, mais pour aider à le subjuguer; que partant il ne devait plus être tenu pour leur seigneur ntlurel » M ëzerat, Paris 4643, p. 774.

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